Création d'un ordre : les psychologues dénoncent l'absence de consultation du gouvernement

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Écrit par Annie Vergnenegre
Journée de mobilisation des psychologues. Une centaine de manifestants devant l'hôpital de Nice.
Journée de mobilisation des psychologues. Une centaine de manifestants devant l'hôpital de Nice. © Sylvain Bouillot FTV

Les psychologues manifestent leur colère ce jeudi 10 juin face à de nouvelles mesures prises par le gouvernement, sans concertation. Ils s'opposent notamment à la création d'un conseil national de l'ordre, que dénonce aussi le professeur Roland Gori, psychanalyste, initiateur de l'appel des appels.

Depuis la crise du Covid, le moral des Français a chuté. Confinements, couvre-feu, cours en distanciel, télétravail, gestes barrières et arrêt de bon nombre d'activités... les restrictions de liberté liées à la pandémie ont impacté la santé mentale des plus fragiles.

Les psychologues sont au coeur de l'accompagnement des personnes en souffrance, enfants, étudiants, adultes ou personnes âgées. 

Ce 10 juin, la profession se mobilise dans toute la France, y compris à Marseille et à Nice.

Le syndicat professionnel dénonce la volonté du gouvernement de remettre en question aussi bien leur formation, leurs tarifs que leurs compétences avec des "rapports et des réglementations qui dénigrent chaque fois davantage les psychologues et menacent de plus en plus leurs pratiques." 

En ligne de mire notamment le passage imposé chez un médecin généraliste avant consultation du psychologue pour un remboursement de la sécurité sociale. C'est le cas des nouveaux "chèques psy" créés pour les étudiants et les "forfaits psy" pour les 13-17 ans, pris en charge uniquement sur prescription médicale et chez un psychoplogue "partenaire". 

Autre sujet de mécontentement, le projet de loi déposé le 7 avril dernier à l'Assemblée nationale pour créer un conseil national de l'ordre des psychologues. 

Le refus de paramédicaliser la profession

Il traduit "l’intention" selon eux "manifeste" du gouvernement "à vouloir contrôler la profession, la mettre sous tutelle, la paramédicaliser, la disqualifier, l’instrumentaliser pour répondre à une idéologie et une volonté politique". 

C'est "un coup de force" que décrit depuis des années le psychanalyste Roland Gori, professeur émérite de Psychopathologie clinique à l'Université d'Aix-Marseille, initiateur du collectif l'appel des appels. Ce mouvement a été créé en 2008 pour dénoncer les tentatives pour contrôler les professions du soin, du travail social, de la justice, de l'enseignement, de l'information ou de la culture. Un modèle de "taylorisation" appliqué selon lui aujourd'hui aux psychologues.

Toutes ces réglementations n'ont pour but selon lui que de "déposséder les psychologues de leur autonomie professionnelle, à les soumettre à des méthodes de formation complémentaire avec le chantage à l'emploi", explique-t-il.

"Vous allez avoir une subordination d'un psychologue à un médecin généraliste qui a une compétence, mais pas du tout en psychopathologie ou psychothérapie, ce n'est pas normal, c'est une façon de les obliger à entrer dans le Code de la santé, et à partir de là, de les paramédicaliser."

Une aberration selon Roland Gori alors que les psychologues n'interviennent pas tous dans le domaine de la santé. 

"La psychologie a plusieurs méthodes, plusieurs approches, plusieurs théories et surtout plusieurs champs de compétences", insiste-t-il.

Les faire rentrer dans le domaine de la santé c'est un coup de force technocratique autoritaire pour pouvoir mieux contrôler les psychologues.

Roland Gori

Les députés LR à l'initiative du projet de loi mettent en avant quant à eux la nécessité d'encadrer une profession en pleine expansion. 

"On estime à environ 60 000 le nombre de psychologues en France. Il y a eu une augmentation de 32 917 psychologues entre 2010 et 2018, soit près de 4 115 nouveaux psychologues par an sur 8 ans. En 8 ans, il y a eu plus de 50 % de nouveaux psychologues sur un marché déjà très saturé, avec une formation qui demeure inégale," écrivent-ils. 

L'argument ne tient pour Roland Gori d'autant que 25 associations existent déjà, qui travaillent depuis des années à l'élaboration d'un code de déontologie et que "ce travail est sur le point d'aboutir".

"Depuis 1968, toutes les tentatives de légiférer un statut des psychologues ont échoué, rappelle encore Roland Gori.

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