Hautes-Alpes : pourtant classé "espèce vulnérable", le Tétras-lyre pourrait être chassé

Il ressemble à une grosse poule noire, avec une queue magnifique et une crête rouge vif. Contrairement à sa cousine la poule, il vole très vite. C’est un oiseau des Alpes, on l’appelle le Tétras-lyre. La LPO veut le protéger, les chasseurs veulent le chasser, et la préfecture décide.

Noir, blanc, rouge, une cible bien visible
Noir, blanc, rouge, une cible bien visible © Andy Rouse / Maxppp

Rien n’est arrêté encore. Les décisions se prendront à l'automne prochain. La préfecture des Hautes-Alpes publie un tableau avec le nombre de Tétras-lyre autorisés à "l’attribution", c’est-à-dire "la chasse". Un vocabulaire adouci, comme le "prélèvement". Quelques soient les mots, 135 Tétras-lyre des Hautes-Alpes pourraient être stoppés en plein vol en 2021 pour finir dans une casserole.

D'ici là, une consultation publique est organisée. C’est une étape obligatoire initiée par le Grenelle de l’environnement. Vous pouvez donner votre avis jusqu'au 26 avril.

Selon Alain GIRODON, administrateur LPO et SAPN-FNE des Hautes-Alpes, ces consultations ne sont pas forcément prises en compte "Lorsque des dizaines de milliers de personnes protestent contre la chasse à la tourterelle des bois, on l'autorise quand même".

Sur le site de la préfecture des Hautes-Alpes, on trouve une présentation détaillée des oiseaux qui peuvent être chassés et leur répartition par zone

Après la consultation, c'est la Fédération de Chasse des Hautes-Alpes  qui statuera sur le nombre d'oiseaux pouvant être chassés, en fonction de leur taux de reproduction. 135 oiseaux sera le maximum. Chaque société de chasse reçoit quelques bagues. Une bague par oiseau autorisé "à l'attribution". 

Ce nouveau calcul du quota de chasse se rapproche du casse-tête.

Quand la justice défend les galliformes

En 2017, 2019 et 2020, le Tribunal administratif de Marseille annule ou suspend la chasse aux galliformes.

Des décisions de justice qui ne pèsent pas sur les quotas puisqu'ils restent identiques. "Après trois décisions de justice, ce choix est incompréhensible", souligne Alain Girodon, "il y a suffisamment de gibier dans les Hautes-Alpes pour ne pas s'attaquer aux oiseaux menacés de disparition."   

Pourquoi protéger cet oiseau ?

"Parce que c’est une espèce emblématique des Alpes", explique Alain Girodon, "ses effectifs sont en régression. Cette espèce est menacée de disparition."

Au printemps, les mâles paradent avec leur queue en forme de lyre. Ils se réunissent dans des clairières pour séduire les femelles. "Le spectacle est magnifique", décrit Alain Girodon, "le reste de l’année, c’est un oiseau solitaire."

On l'appelle lyre pour la forme de sa queue (quand il est amoureux)
On l'appelle lyre pour la forme de sa queue (quand il est amoureux) © Norbert Chardon / PLO Paca

L’hiver, le Tétras lyre se réfugie sous la neige, dans une sorte d’igloo. Souvent dérangé par les skieurs ou promeneurs en raquettes, il sort de son abri et s’expose au danger.

Le réchauffement climatique l’oblige à monter au-delà de 2000 mètres d’altitude, il est perturbé car il change de milieu. Cela gêne sa reproduction. 

Les protecteurs des oiseaux veulent démontrer que cet oiseau a besoin d’être épargné. Selon eux, les effectifs sont en régression.

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