Marseille : paroles de comédiens, à la rue la détresse du monde de la culture

Masques barrés d'une croix, ils sont artistes, comédiens, musiciens, danseurs a avoir manifesté mardi 19 janvier à Marseille. Le monde de la culture dénonce "un sacrifice" de leurs métiers en pleine crise sanitaire. Témoignages. 

Manifestation pour la culture à Marseille le 19 janvier 2021, asphyxiée par la crise sanitaire du coronavirus SARS-CoV-2.
Manifestation pour la culture à Marseille le 19 janvier 2021, asphyxiée par la crise sanitaire du coronavirus SARS-CoV-2. © Marion BD /FTV

L’angoisse. L’isolement. "Ça va trop loin". Ce sont les mots forts des manifestants pour dénoncer le sacrifice du monde de la culture en pleine crise sanitaire.

Ce 19 janvier à Marseille, ils sont un peu moins d'une centaine à s'être rassemblés devant la Cité de la Musique, porte d’Aix. Tout un symbole. Si à midi les voix s’élèvent dans le micro du syndicat CGT, c’est pour partager ce sentiment d’abandon général et exiger la réouverture des théâtres et cinémas, fermés depuis des mois.

C’est l’AVC du métier.

Catherine Lecoq, comédienne

Catherine Lecoq, comédienne s’inquiètent des grands oubliés de l’histoire. Les artistes et techniciens sont dans des situations précaires, absolument intenables sur le long terme. "C’est l’AVC du métier", déplore-t-elle.

La comédienne syndiquée CGT dresse un constat alarmant pour les droits sociaux des acteurs de la culture, notamment ceux sous le régime d’intermittents du spectacle. 

Culture en danger par Catherine Lecoq
Culture en danger par Catherine Lecoq © Marion.BD/FTV

"Les mutuelles sont dans le rouge absolu". En cas de grossesse ou d’arrêt maladie par exemple, les intermittents se retrouvent dans l’incapacité de travailler, donc de cotiser. Au bout du compte le résultat est simple. Pas d’indemnités.

"Des réponses concrètes, on est pas assez naïf pour y croire." Si le gouvernement a bien renouvelé son soutien au monde de la culture le 14 janvier dernier, l’allocution de la ministre Roselyne Bachelot n’a pas convaincu Catherine Lecoq.

"On maintient les lieux existants mais sans s’occuper de ceux qui fabriquent le contenu artistique". Pour elle comme pour les manifestants il n’y a qu’une seule solution. Réinvestir les lieux de culture et retravailler.

Sa dernière interprétation sur scène, c’était il y a un an

Mandy, artiste chanteuse
Mandy, artiste chanteuse © Marion.BD/FTV

Mandy, jeune chanteuse et intermittente s’inquiète de l’isolement dans lequel sont plongés les artistes indépendants. Mais comment vivent-ils concrètement ? Elle nous raconte dans le podcast ci-dessous les difficultés rencontrées par les artistes individuels en début de carrière :

Podcast de Mandy

2022. C’est la date de reprise envisagée pour certains festivals, spectacles, sorties de films reportés sur un planning imaginaire. Impossible pour les artistes de se projeter. De créer un projet sans aucune date concrète de réalisation. Aujourd’hui théâtres, cinémas et salles de spectacles naviguent à vue et se noient.

Le plus difficile, ce sont les angoisses.

Nathalie, comédienne, marionnettiste et chanteuse

Avec ces deux acolytes, elle ne passe pas inaperçue. Nathalie est comédienne, marionnettiste et chanteuse. Ses bras parlent pour elle mais ses grands yeux en disent long. Cette artiste a perdu plus d’une quarantaine de dates cette année. Inquiète et privée de cachets, elle est secourue par ses indemnités de chômage, un minimum.   

Manifestation pour la culture à la cité de la Musique de Marseille
Manifestation pour la culture à la cité de la Musique de Marseille © Marion.BD/FTV

Elle est venue soutenir tous ceux qui portent son univers à bout de bras. "Le plus difficile, ceux sont les angoisses" confie-t-elle. Nathalie raconte ses échanges avec ses amis, artistes eux aussi. "Manque de sommeil, crises de larmes…" Combien de temps le flou artistique peut-il encore durer ?

Le petit cortège de manifestants avance au rythme des chants (joyeux), des applaudissements (parfois) et des reprises de textes théâtrales. Si l’ambiance est conviviale, les esprits bouillonnent de frustration.

Pour Magalie, productrice de musique traditionnelle, "le pire est à venir". Elle a pu sauver sa boîte cette année. Mais jusqu’à quand les aides de l’État vont-elles continuer ?

Manifestation pour la culture à Marseille
Manifestation pour la culture à Marseille © Marion.BD/FTV

Parmi les manifestants, il y a Boris. Ce comédien fait partie d’un collectif sur Marseille privés de travail depuis des mois. Seul terrain de jeu, les écoles. Un dispositif léger.

"De la poudre aux yeux" lâche-t-il amer. Tous les établissements ne permettent pas les représentations artistiques. Quand le problème n’est pas lié au Covid, il vient du plan Vigipirate. C’est vraiment la double peine. Leur quotidien ? Répéter toute la journée leurs prochains spectacles, sans être payés.  Il ne faudrait pas en plus tout oublier…

Tous, comédiens, musiciens, chanteurs entretiennent patiemment leur talent dans l’espoir d’un retour sur scène imminent. Présent eux aussi, des musiciens de l’Opéra de Marseille s’expriment timidement. Depuis des mois leurs journées consistent à jouer seuls chez eux ou en visio-conférence, jusqu’à huit heures par jour.

Aucun cluster n’a été révélé à la suite d’un rassemblement culturel.

Isabelle Desmero, chanteuse et comédienne

"La situation va beaucoup trop loin". Isabelle Desmero, chanteuse et comédienne a vu comme tant d’autres ses représentations repoussées une fois, deux fois… et maintenant trois.

Pour l’artiste, les théâtres et cinémas ont largement prouvé qu’ils pouvaient faire respecter les gestes barrières au public.  

Le cabaret des absents
Le cabaret des absents © Marion.BD/FTV

Elle plaide, dégoutée : "Aucun cluster n’a été révélé à la suite d’un rassemblement culturel". Dans cette période pandémique éprouvante, les acteurs de notre culture d’esprit se défendent de faire du bien et non l’inverse. "On est dans une période d’incompréhension totale".

Une chose est sure pour nos artistes, même avec une salle à moitié pleine, il vaut mieux une réouverture avec une jauge réduite que pas de réouverture du tout.

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