Mort de Lucas aux urgences d'Hyères : une enquête pour homicide involontaire ouverte, l'IGAS également saisie

Le jeune homme de 25 ans est mort d'un choc septique dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre 2023, après son admission aux urgences de l'hôpital d'Hyères dans le Var. Sa famille avait déposé plainte.

Le parquet de Toulon vient de confirmer l'ouverture d'une enquête concernant la mort de Lucas aux urgences de l'hôpital d'Hyères (Var), après la plainte pour homicide involontaire déposée le 12 décembre dernier par sa famille.

Les investigations, confiées au commissariat d'Hyères, sont "dans une phase de recueil de données techniques" et "nous apprécierons ensuite s'il convient de saisir un juge d'instruction" a expliqué à l'AFP le procureur de la République de Toulon, Samuel Finielz.

La direction du Centre hospitalier d'Hyères avait indiqué à France 3, par communiqué le 18 décembre, son intention de "collaborer pleinement à l’enquête menée par l’autorité compétente".

Par ailleurs la ministre de la Santé, Catherine Vautrin, a confirmé ce mercredi matin dans la matinale d'RMC-BFMTV qu'une enquête administrative avait également été confiée à l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS).

C'est capital, car cette enquête administrative va être versée à la procédure pénale. Si elle relève des dysfonctionnements, elle pourra avoir une traduction judiciaire.

Me Thomas Callen, avocat de la mère de Lucas

L'avocat de la famille de Lucas s'étonne cependant que la ministre n'ait pas encore eu connaissance du courrier que lui a adressé Corinne Godefroy, la mère de Lucas : "Certes elle est en poste depuis 15 jours. Mais le recommandé a bien été reçu par le ministère le 19 décembre, il y a plus d'un mois."

"Ca va extrêmement mal"

Lucas est décédé dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre aux urgences de l'hôpital de Hyères, victime selon sa famille d'un choc septique.

Durant la journée du samedi 30, souffrant de violentes douleurs abdominales, Lucas avait appelé le 15, puis avait été transporté par les pompiers à l'hôpital d'Hyères. Il a été admis aux urgences à 15h50.

S'en suivent alors, selon le récit de sa famille, plusieurs heures pendant lesquelles l'état de Lucas s'aggrave.

Un médecin l'ausculte pour la première fois vers 20h, "vite fait", d'après les messages de Lucas à sa mère. Vers 21h30, il fait un malaise.

Un jeune homme voisin de brancard, Damien Arnoux, a témoigné du déroulement des faits : "Je voyais qu'il faisait un malaise et deux infirmiers sont passés sans rien faire, raconte-t-il. J'ai interpellé un troisième qui l'a positionné pour que ça aille mieux. Il lui prend ensuite sa tension, elle est à 5.3. Le médecin qui avait déjà vu Lucas sort et lui demande si ça va. Lucas répond que ça va "extrêmement mal". Je pense qu'à cause du fait qu'il puisse parler, le médecin a dit "C'est pas un vrai 5.3" et il est re-rentré dans son bureau."

Un peu plus tard, on l'envoie faire un scanner. "Mais c'était déjà trop tard", regrette la mère de Lucas. Son fils décède à 2h du matin d’une septicémie liée à un méningocoque, selon son dossier médical.

Je pense que sa mort aurait pu être évitée (...). Ce qui est sûr, c'est que tous les moyens n'ont pas été mis en œuvre pour le sauver.

Corinne Godefroy, mère de Lucas

Interviewée par France 3 le 18 décembre

"Chacun a contribué par sa négligence à la mort de Lucas", commentait alors son avocat, Me Thomas Callen.

La ministre "décorrélée de la réalité"

Depuis, Corinne Godefroy se bat pour que la vérité soit faite sur ce qui a conduit au décès de son fils, mais aussi "pour que cela ne se reproduise pas".

Jointe par téléphone, cette mère endeuillée s'est dite "très choquée" par les propos de la ministre de la Santé Catherine Vautrin ce mercredi matin : "Elle nous dit qu'on a encore un des meilleurs systèmes de santé en France, alors qu'on est en train de l'interpeller sur le fait que des gens attendent dix heures aux urgences. Elle est décorrélée de la réalité !"

"Comment la ministre va-t-elle gérer l'afflux de patients pendant les Jeux Olympiques ?" s'interroge encore Corinne Godefroy.