"Personne ne s'en est occupé" : l'hôpital de Hyères visé par une plainte après la mort d'un homme de 25 ans aux urgences

Dans la nuit du samedi 30 septembre dernier, Lucas, 25 ans, est décédé aux urgences de Hyères après avoir passé plusieurs heures à souffrir avant d'être pris en charge. Sa famille veut dénoncer les négligences qu'il a subies et qui ont mené à son décès. Elle a porté plainte.

"Je pense que sa mort aurait pu être évitée. On ne saura jamais. Ce qui est sûr, c'est que tous les moyens n'ont pas été mis en œuvre pour le sauver." Quand elle parle de lui, la maman de Lucas reste digne. Comme pour être sûre qu'on entende bien son message.

Le 12 décembre dernier, Corinne Godefroy a porté plainte pour homicide involontaire contre l'hôpital de Hyères, le directeur de l'hôpital et contre X "pour chaque personne identifiée comme ayant participé aux négligences" dans le traitement de Lucas, détaille Maître Thomas Callen, son avocat.

Dans la nuit du samedi 30 septembre au dimanche 1ᵉʳ octobre, Lucas est décédé aux urgences de Hyères. 

"Il a commencé à ne pas se sentir bien le vendredi soir", retrace sa mère. Alors qu'il devait partir pour la soirée à Marseille, il décide de faire demi-tour et rentrer chez lui avec sa compagne parce qu'il se sent trop mal. Après une nuit mal en point, il décide d'appeler SOS Médecins le matin. Finalement, en début d'après-midi, comme SOS Médecins n'est toujours pas venu chez lui, il compose le 15.

"Le médecin a décidé de l'envoyer aux urgences de Hyères pour que ça aille plus vite que SOS Médecin", explique Corinne Godefroy. Les pompiers l'emmènent alors au centre hospitalier. Il intègre le service des urgences à 15h50. Ensuite, que s'est-il passé ? "Rien", souffle la mère à France 3 Provence-Alpes Côte d'Azur.

Des heures de souffrance sans traitement

Se suivent plusieurs heures pendant lesquelles l'état de Lucas s'aggrave. Il en est conscient et en parle à sa famille présente à l'hôpital, mais dans l'incapacité d'être avec lui. Son voisin de brancard dans le couloir en est témoin aussi. "Je ne suis pas médecin, mais je voyais bien qu'il souffrait", se souvient Damien Arnoux, un homme du même âge venu parce que son dos était bloqué.

Après avoir vu pour la première fois un médecin qui l'ausculte "vite fait" (d'après les messages de Lucas à sa mère) vers 20h, le temps passe. Vers 21h30, il fait un malaise. Cet épisode a particulièrement marqué Damien Arnoux, placé à côté de lui. "Je voyais qu'il faisait un malaise et deux infirmiers sont passés sans rien faire, raconte-t-il. J'ai interpellé un troisième qui l'a positionné pour que ça aille mieux. Il lui prend ensuite sa tension, elle est à 5.3."

Damien Arnoux voit l'infirmier s'inquiéter et interpeller le médecin.

Le médecin qui avait déjà vu Lucas sort et lui demande si ça va. Lucas répond que ça va "extrêmement mal". Je pense qu'à cause du fait qu'il puisse parler, le médecin a dit "C'est pas un vrai 5.3" et il est rerentré dans son bureau.

Damien Arnoux, témoin de la scène

Un peu plus tard, on l'envoie faire un scanner. "Mais c'était déjà trop tard", regrette la mère de Lucas. Elle reçoit un dernier appel de son fils vers 23 heures. Il lui dit qu'ils s'occupent désormais de lui et qu'elle peut rentrer avec son père chez eux. "Il voulait me rassurer, mais on n'est pas rentrés", retrace-t-elle. "On nous a laissés le voir quand il était déjà dans le coma et intubé vers minuit", se souvient-elle. 

Lucas décède à 2h du matin d’une septicémie liée à un méningocoque.

En récupérant son dossier médical, Corinne Godefroy dresse un constat :

Personne ne s'en est occupé. Il avait le cœur qui battait à 120 en arrivant. On m'a dit que c'était normal, qu'il avait pu être affolé en arrivant aux urgences. Mais ensuite ça monte, 121, 136... Non, le cœur ne bat pas comme ça pendant des heures à 120 sur un brancard. 

Corinne Godefroy, mère de Lucas

Damien Arnoux a été si choqué au lendemain de l'événement qu'il a contacté six administrations différentes en décrivant ce dont il avait été témoin, a précisé l'avocat de la famille.

"Lucas ne peut pas être mort pour rien"

Deux mois et demi plus tard, sa famille a décidé de porter plainte. Corinne Godefroy explique leur démarche : "Je pense qu'il y a beaucoup de gens qui ont vu Lucas dans cette journée et qui n'ont pas réagi donc je veux que la lumière soit faite. Je veux dénoncer cette situation. Il ne faut pas que ça se reproduise, je pense qu'il y a des choses à faire pour que ça change. Lucas ne peut pas être mort pour rien."

"Chacun a contribué par sa négligence à la mort de Lucas", martèle Me Thomas Callen. Et il compte bien le prouver. "Le dossier médical, les messages envoyés par Lucas et le témoin sont trois éléments qui prouvent cette succession de négligences", selon l'avocat. 

Maintenant qu'une plainte a été déposée, c'est au tour de la police de faire une enquête. Une enquête administrative en interne pourrait également être diligentée. "On attend deux choses de cette procédure, précise l'avocat. Premièrement, que la responsabilité pénale des personnes soit engagée et deuxièmement que ça ne se reproduise plus."

L'avocat lance d'ailleurs un appel à témoignages :

Si des personnes ont envie de partager leur expérience si elles estiment avoir reçu une prise en charge anormale dans cet établissement, c'est important de nous le faire savoir.

Thomas Callen, avocat de la famille.

La direction de l’hôpital n’a pas souhaité répondre à France 3. Dans un communiqué, elle invoque le secret médical, mais entend "collaborer pleinement à l’enquête".

-avec Sylvain Bouillot

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