Incendie dans le Var : une catastrophe pour la tortue d'Hermann, espèce protégée

Le terrible incendie qui ravage le massif des Maures dans le Var est une catastrophe pour la faune et la flore. Et notamment pour la tortue d'Hermann, qui avait trouvé dans cet espace un lieu de vie préservé jusqu'alors. Heureusement, soigneurs et bénévoles s'organisent pour en sauver un maximum.

Aujourd'hui, l'incendie qui a déjà détruit plus de 7 000 hectares de végétation dans le Var, entre Gonfaron et Girmaud, a fait plusieurs victimes humaines. Mais elle impacte aussi très durement la faune et la flore de cette région.

Parmi les animaux très touchés : la tortue d'Hermann (nommée ainsi en l'honneur du naturaliste et médecin Jean Hermann). Un animal emblématique du massif des Maures, au point même qu'on l'appelle aussi... tortue des Maures ! Une espèce protégée au niveau français et international. 

Face aux flammes, des centaines d'entre elles ont péri. Comme en témoignent ces images déchirantes prises sur les lieux de l'incendie et partagées sur les réseaux sociaux. 

 "On vit une catastrophe écologique, car la réserve naturelle a été durement impactée", confirme Marie-Claude Serra, conservatrice de la réserve naturelle de la Plaine des Maures. Une véritable hécatombe. 

Certaines tortues blessées sont soignées à Carnoules

Pourtant, tout n'est pas perdu. En effet, les tortues d'Hermann ont peut-être mieux résisté aux flammes que d'autres espèces.

"Certaines d'entre elles ont la capacité de s'enfouir sous terre pour se protéger. Certaines sont mortes, mais d'autres vont survivre. Pour nous, l'urgence est donc de les hydrater pour en sauver le maximum" a expliqué Marie-Claude Serra sur notre antenne, dans le JT de France 3 Cote-d'Azur mercredi midi. 

La plupart des tortues retrouvées vivantes sont réhydratées et laissées sur place pour qu'elles retrouvent rapidement leur habitat naturel. Il est d'ailleurs formellement interdit de les déplacer. 

Mais parfois, pour quelques cas, les blessures nécessitent qu'elles soient transportées au centre de soins pour la faune sauvage du Village des tortues à Carnoules dans le Var.

Là bas, les tortues rescapées sont prises en charge par des soigneurs spécialisés.

Trois fois par jour, ils les réhydratent, leur appliquent de la crème cicatrisante lorsque leurs écailles sont ouvertes ou endommagées. 
Ils peuvent aussi leur injecter des antibiotiques si nécessaire. 

Des battues pour recenser les tortues

Mais le sauvetage de la tortue d'Hermann ne s'arrête pas là. 

Sur le terrain, le CEN PACA (Conservatoire d'espaces naturels PACA), la SOPTOM (Station d'observation et de protection des tortues et de leurs milieux) et les gardes de la Réserve naturelle de la Plaine des Maures organisent des battues pour recenser les tortues après le passage du feu.   

C'est le cas par exemple aux Mayons, un petit village à 10 kilomètres au sud du Luc en Provence, en plein coeur de la réserve naturelle de la plaine des Maures.

Nous avons pu y suivre une équipe en pleine traque. Entre les arbres calcinés, ils retrouvent de nombreux spécimens. Dont beaucoup sont encore vivants. 

En trois jours, 65 tortues ont été retrouvées, dont seulement dix sont mortes. Mais ce vendredi, sur une autre battue effectuée près du Lac des Escarcets, le bilan est un peu plus lourd : près de la moitié des tortues retrouvées sont décédées. Selon les premières estimations du Tortupôle France, 60 % des tortues trouvées cette semaine sur la zone brûlée seraient vivantes "mais il est à craindre fortement que le bilan ne s'alourdisse au fur et à mesure des missions quotidiennes de sauvetage."

Dans tous les cas, les tortues ne doivent pas être déplacées. "Ne ramassez pas les tortues survivantes après les incendies, ce serait une seconde catastrophe à la suite de ces feux", explique le vétérinaire et directeur du village des tortues Franck Bonin dans un communiqué. "C'est grâce à ces tortues que les populations sauvages se reconstitueront."

Le fait de les récupérer vous expose par ailleurs à une sanction de 3 ans de prison et 150 000 euros d'amende.

De son côté, l'Office français de la biodiversité organise lui aussi des reconnaissances pour tenter de retrouver des tortues et d'autres animaux.

D'autres espèces en danger

Mais pour Marie-Claude Serra, on doit aussi se préoccuper d'autres espèces qui, elles, auront moins bien résisté. C'est le cas notamment des chauves-souris, des reptiles ou encore des tortues cistudes, plus fragiles face à ce genre de catastrophe.

"Toute la question est de savoir si la nature parviendra à surmonter ces incendies à répétition", explique la Conservatrice du Parc naturel du Massif des Maures.

Ce sera aussi tout l'enjeu des suivis de la faune qui seront effectués, une fois que l'incendie sera totalement terminé.

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