Etude des Petits Frères des pauvres sur les personnes âgées et le confinement : "le besoin de parler" selon une bénévole

L'association Les Petits Frères des pauvres, dans son 4e rapport consacré aux effets du confinement suite à l'épidémie de Covid-19, met en évidence la souffrance des seniors pendant cette période et tout particulièrement les femmes aux revenus modestes.

Une dame âgée dans le Vieux Nice le 22 avril dernier durant le confinement.
Une dame âgée dans le Vieux Nice le 22 avril dernier durant le confinement. © VALERY HACHE / AFP

Comment les personnes âgées ont-elles vécu ce confinement de plus de deux mois, consécutif à l'épidémie de Covid-19 ?
L'association Les Petits Frères des Pauvres  leur consacre un rapport.

Première conclusion :  4 % des plus de 60 ans, soit 720 000 seniors  n’ont eu aucun contact avec leur famille pendant cette période alors que 1 % seulement faisaient état d’une telle situation avant l’épidémie.

"En dépit d'un bel élan de solidarité familiale et citoyenne, de nombreuses personnes âgées, en particulier les femmes âgées aux revenus modestes, ont encore davantage souffert de solitude et d'isolement", relève l'association.

L'expérience d'Annie Valette, bénévole à Toulon

Depuis octobre 2018, Annie Valette est l'une des 48 bénévoles qui suit les seniors dans le centre de Toulon. 

Chaque bénévole suit une personne. Je m'occupe particulièrement de Solange, 68 ans, qui vit seule avec 4 chats et qui avait besoin de parler plus que d'habitude. J'ai multiplié les appels et exceptionnellement, j'ai laissé mon numéro de téléphone. Elle avait besoin de parler plus souvent qu'en temps ordinaire.

Elle pécise que la règle était de garder un lien téléphonique, mais que ponctuellement, les Petits frères des Pauvres de Toulon se sont déplacés pour faires des courses ou apporter des masques.

Les personnes âgées avaient très peur d'être contaminées avec des visites. Yvonne, 95 ans, ne voulait personne à la maison, y compris pour réparer sa chaudière tombée en panne. Elle a connu la guerre. Elle me disait que le confinement, c'était pire, parce que l'ennemi est invisible.

Des contacts téléphoniques, l'envoi régulier de petites cartes a permis de maintenir un lien très fort, conclut Annie Valette qui rappelle que ces personnes sont seules, sans ou avec peu des contacts familiaux, sans gros revenus. Certaines ne sortent plus de chez elles, et l'isolement pour elles, c'est toute l'année.

Les Petits frères accueillent 42 rue Clappier à Toulon :

Le numérique contre l'exclusion

Le rapport des Petits Frères des Pauvres met en évidence l'importance du numérique pour rétablir des contacts: 59% des seniors disposant d'un accès à internet ont passé des appels en "visio" avec leurs proches (et même 43% des plus de 85 ans).

Pour autant, soulignent les "Petits frères", "4,1 millions de Français de 60 ans et plus n'utilisent jamais internet, surtout les plus âgés et les plus modestes".

Les propositions

Pour Annie Valette, de Toulon, cette période a mis en évidence qu'il reste encore un grand chemin à parcourir. Ceux qui prennent contact avec nous sont encore " dans le système", il y a de nombreuses personnes âgées qu'on n'arrive pas à toucher.

Penser l'après Covid, c'est faire en sorte que les anciens ne soient plus jamais invisibles.  


Pour l'association, il importe de "prévenir" l'isolement des plus âgés. Pour ceux qui résident encore chez eux, cela doit passer par une amélioration de l'aménagement urbain et de l'offre de transports, pour favoriser les déplacements, mais aussi par le maintien des services et commerces de proximité.


Pour ceux qui vivent en maison de retraite, il faut "systématiser les lignes téléphoniques dans les chambres", "équiper tous les établissements en outils numériques à l'usage des résidents", ou encore "faciliter l'intervention de bénévoles d'accompagnement" et leur "donner un statut clair", prône l'association.

 

 

LES PETITS FRERES DES PAUVRES
Armand Marquiset fonde les Petits Frères des Pauvres en 1946, association reconnue d’utilité publique sans appartenance politique ni confessionnelle. Ils représentent aujourd'hui en France un réseau de plus de 12 000 bénévoles et plus de 600 salariés sur plus de 300 lieux d'action. 
Ils accompagnent  les personnes isolées, en habitat précaire, mal logées ou sans domicile fixe.
 
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