Trafic de drogue et secteur bien fréquenté : les deux facettes du quartier d'Avignon où un policier s'est fait tuer

Les habitants et les commerçants sont sous le choc, au lendemain de la mort d'un policier, tué par balles au centre-ville d'Avignon, mercredi 5 mai 2021. Ils nous décrivent un quartier tout en contraste. 

Le secteur de la rue du Râteau, près de la place Pie à Avignon, sécurisé par les forces de l'ordre après qu'un policier s'est fait tuer par balles, mercredi 5 mai 2021.
Le secteur de la rue du Râteau, près de la place Pie à Avignon, sécurisé par les forces de l'ordre après qu'un policier s'est fait tuer par balles, mercredi 5 mai 2021. © CLEMENT MAHOUDEAU / AFP

Certains se réfugient derrière leurs volets, osant à peine glisser une tête ; d'autres se prêtent plus volontiers au jeu des journalistes.

Depuis le meurtre par balles d'un policier de 36 ans lors d'un contrôle pour trafic de stupéfiants, mercredi 5 mai 2021 en centre-ville d'Avignon, les habitants des rues attenantes à la place Pie ont caméras et micros braqués sur eux. 

"On en a marre, le gouvernement doit faire quelque chose. Les gens ont peur, vous comprenez ça ?", tance un septuagénaire, engoncé dans son sous-pull violet - il fait frisquet, ce matin-là. 

À deux pas de chez lui, ça traficote, ça deale, ça fait "du marchandage", comme il dit. Cinq ou six gamins, toujours là, qui vont, qui viennent.

"Quand je rentre ma voiture, je ne suis pas tranquille, raconte-t-il encore. On a peur de se faire tuer !"

Les mots sont forts, peut-être exagérés, aurait-on pu penser il y a quelques jours. Plus depuis qu'un policier s'est fait descendre, pour un rien, "pour deux barrettes de shit", nous confiera un collègue.

En septembre déjà...

"Ça va finir en drame", alertait déjà en septembre 2020 la gérante du Café Thiers, dans une vidéo largement relayée sur Facebook

Avertissant les parents ("je vois tous les jours vos enfants se faire interpeller, tous les jours on leur propose de la drogue"), exhortant les autorités à réagir, la commerçante allait jusqu'à proférer des menaces ("je n'ai pas envie de terminer en prison, j'ai travaillé comme une con toute ma vie").

"On sait très bien qu'il y a des trafics, ça fait trente ans qu'il y a des trafics. Mais les bars ont toujours tourné, nuance Richard Hemin, président de l'union des commerçants d'Avignon. Et ce n'est certainement pas au commerçant de se substituer à l'État ou au préfet."

En clair, ce n'est pas au commerçant de jouer les héros.

Un quartier ordinaire

Et quel besoin de montrer les gros bras dans ce secteur résidentiel et commerçant présentant bonne figure, fait de vieille pierre, ceint de remparts, peuplé de quelques maisons d'hôtes et d'hôtels particuliers ?

"On croise ici des classes moyennes assez élevées", relate une habitante, nous décrivant aussi ces parents qui mènent chaque jour leurs enfants bien élevés dans la grosse école privée du coin. 

"Ce n'est pas un quartier où règne l'insécurité, acquiesce David Fiorentini, délégué départemental Alliance police pour le Vaucluse. On n'a pas besoin d'intervenir plus que cela." Mais...

Supermarché de la drogue

Le gros hic ici, c'est la drogue, qui par définition, pourrit tout. David Fiorentini poursuit : "Il y a beaucoup de deal, je dirais même que les dealeurs font du click and collect."

Charmante image pour décrire un supermarché de la drogue à ciel ouvert. Un coup de fil, et vous êtes sûrs d'obtenir ce qu'il vous faut, quitte à venir sur place récupérer la marchandise. 

Un tel point de vente en centre-ville, voilà qui reste suffisamment rare pour être souligné : on trouve plutôt ce genre d'endroit loin des regards, en périphérie. 

Le problème n'est pas circonscrit à Avignon : on dénombrerait 156 "plans stups" du même acabit, rien qu'à Marseille

Le débat sur l'insécurité relancé

La police en fait-elle assez contre ces dealeurs de rue ? Un fait divers, aussi exceptionnel et dramatique soit-il, et c'est tout le débat sur l'insécurité qui est relancé dans la capitale du Vaucluse. 

Très affable, une habitante du centre-ville nous parle carrément de "propagande sur l'insécurité" : "Jusqu'à présent, il ne m'est jamais rien arrivé, même quand je travaille tard le soir."

D'autres au contraire noircissent le tableau, jetant dans le même panier les "bandes de jeunes", les "incivilités", les "pickpockets au marché des Halles", "les extincteurs que les gamins s'amusent à ouvrir sur les parkings", "le nouveau mobilier urbain de Mme le maire", un appel du pied soi-disant pour les squatteurs.

Tous au moins sont d'accord sur un point : la mort d'un flic, c'est une catastrophe, c'est du jamais vu, c'est un traumatisme. 

"On est tous remués, confirme la responsable d'une boutique de prêt-à-porter féminin. J'espère que les gens ne feront pas d'amalgame ! Ce sera à nous, commerçants, de redoubler d'efforts pour montrer qu'Avignon, ce n'est pas ça."

Un tel événement risque en effet d'écorner durablement l'image de la cité des papes. Combien de temps encore ce quartier restera-t-il en odeur de sainteté, après avoir connu l'irréparable ? 

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