Municipales en Vaucluse : le jeu du Rassemblement national au second tour

Le 28 juin, les électeurs de 27 communes du Vaucluse sont appelés aux urnes. Le Rassemblement national est présent dans six d'entre elles. Christel Lagier, maître de conférences en science politique à l’université d’Avignon, analyse les enjeux et les rapports de force de ce second tour. 

Dans le Nord Vaucluse, la tenue d'un second tour à Orange est une des nouveautés de ces municipales.

Habitué à retrouver son fauteuil dès le premier tour avec des scores à 60 %, Jacques Bompard doit cette fois repartir à la charge pour décrocher un cinquième mandat, dans une quadrangulaire où il affronte le Rassemblement national.

Les Bompard en ballotage

Quant à son épouse, Marie-Claude Bompard, elle est au coude-à-coude avec le président de l'intercommunalité Anthony Zilio (LDIV) pour garder sa mairie de Bollène. Au premier tour, trois voix ont séparé les deux candidats qui s'affrontent en duel.

"Ce sont des choses nouvelles, mais qui sont liées assez largement à un taux d'abstention beaucoup plus élevé que d'habitude et qui a touché cette fois-ci l'électorat du Rassemblement national et de la Ligue du Sud", explique la politologue Christel Lagier.

"C'est l'un des électorats qui s'est le moins mobilisé, parce que c'est l'un des plus anxieux et défiants à l'égard du pouvoir". 

Le RN joue la carte de la relève

Mais la politologue y voit aussi une certaine usure des leaders de la Ligue du Sud. "Ces notables de l'Extrême droite s'appuient sur un électorat assez fidèle depuis des années, et un partie ne s'est pas déplacée".

"Le Rassemblement national joue la carte de l'épuisement de Jacques Bompard, en se disant il y a un électorat à récupérer et si ce n'est pas ce coup-ci, ce sera le coup d'après". 

"C'est dans une perspective de prendre la relève, parce qu'il y aura cet électorat qui va se maintenir et qui ira choisir le candidat d'extrême droite. Bompard tient la maison, mais ça ne va pas durer," ajoute-elle. 

Une quadrangulaire à Avignon

A Avignon, Cécile Helle part favorite. Elle est arrivée en tête mais qu'avec 11% des inscrits. Faute d'accord, elle affronte le candidat écologiste, Jean-Pierre Cervantes, qui maintient sa liste et le candidat LR Michel Bissière qui a fait un score très bas. 

"Et il y a Anne-Sophie Rigault, qui est quand même en dessous de ce qui était annoncé, note Christel Lagier. Le Rassemblement national ne performe pas par rapport à 2014 où le candidat FN était arrivé en tête".

"On est aussi sur des élections où la prime au sortant est très forte, rappelle la politologue, et Cécile Helle, sans être très populaire sur Avignon, va représenter la stabilité dans cette élection. Elle a une image crédible, intègre, de technicienne du politique, qui peut rassurer dans cette période d'incertitude".

Le Rassemblement national semble avoir peu de chance de changer la donne dans la triangulaire de Carpentras ou le duel de Cavaillon.

"Cavaillon fait vraiment partie des communes où il fait des scores très élevés sur les présidentielles et les scrutins européens, mais ensuite quand il s'agit d'élections locales, on a quand même une droite populaire qui est trop à droite pour que le RN puisse faire sa place".

Duel droite-gauche à Morières

Morières-les-Avignon aura quoi qu'il en soit un nouveau maire puisque le sortant, arrivé troisième, s'est retiré au profit de son ancienne adjointe Annick Dubois (29,44 %). La candidate DVG est arrivée loin derrière le candidat de l'extrême droite Grégoire Souque (45,94 %). 

"Morières fait partie de ses communes du secteur péri-urbain d'Avignon, où on a des situations très contrastées avec le Pontet et un maire RN réélu au premier tour, et Sorgues où la droite républicaine reste bien ancrée avec une figure locale". 

"On est dans un duel droite-gauche où le candidat RN peut incarner la droite dans une commune comme Morières". A Morières comme ailleurs, tout se jouera sur la mobilisation des abstentionnistes du premier tour (52,18%). 

"Globalement dans ce second tour, on se retrouve dans une configuration qui est assez classique, droite-gauche, de manière assez significative avec des écologistes, qui pensaient jouer plus les arbitres". 

"Ils sont souvent dans des positions où ils sont quand même obligés, à quelques exceptions près, d'être dans une alliance avec les restes du parti socialiste qui finalement ne s'en sort pas si mal non plus parce que cela fait partie des partis de notables assez implantés au niveau municipal". 

On organise ce second tour parce que sanitairement il peut être organisé.

Pour Christel Lagier, ce deuxième tour pose une vraie question démocratique. "On a des candidats qui ont été élus ou qualifiés au premier tour avec des scores ridicules, et on organise ce second tour parce que sanitairement il peut être organisé".

"On aurait pu laisser le temps aux citoyens de se repositionner, tant pis s'il fallait réorganiser deux tours l'année prochaine, cela pouvait être une manière de prendre acte du fait qu'on avait vécu un épisode inédit, analyse la politologue.

"On aurait pu prendre le temps de réfléchir à quelle société on veut, quel modèle économique, le financement des services publics, autant de questions centrales dans cette crise", conclut-elle.

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