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Bons baisers de Moruroa, ce lundi soir à 23h45

Un tiers du personnel ayant participé aux essais nucléaires dans le Pacifique était breton. Vingt ans après leur arrêt, force est de constater que les personnes exposées aux tirs et leurs descendants paient encore un lourd tribut. Larbi Benchiha nous emmène à leur rencontre ce lundi soir.

  • Par Catherine Deunf
  • Publié le , mis à jour le
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"Bons baisers de Moruroa", dès les premières images, ce titre vous cueille comme un uppercut. Le baiser en question serait un champignon atomique ? A peine remis, une deuxième claque vous rattrappe à travers le témoignage d'André Potin, un de ces sacrifiés du nucléaire français :

On pouvait regarder le champignon. C'était magnifique à voir. C'était beau à voir. Vous êtes en admiration devant un truc comme ça !






Le réalisateur de ce documentaire, Larbi Benchiha, le reconnaît : " Ce titre, c'est un clin d'œil. Ils sont partis là-bas comme s'ils partaient en vacances. C'était la belle vie, ils étaient bien payés ". Ils, ce sont ces jeunes Bretons partis en Polynésie , fiers de travailler à la grandeur de leur pays en participant aux essais nucléaires français. " Moi, j'y croyais beaucoup, servir mon pays ", ajoute André Potin.

Extrait doc Bons baisers de Moruroa_début


Entre 1966 et 1996, la France a effectué 193 essais nucléaires à Mururoa et Fangataufa en Polynésie française. Quarante-six ont même été réalisés sans aucune protection et dans l'atmosphère, c'est-à-dire en plein air. 150 000 personnels civils et militaires y travaillaient, un tiers d'entre eux était breton. Les retombées radio-actives ne les ont pas épargnés, comme elles n'ont pas épargné la population polynésienne locale.

On est dans une époque où tout est connu sur la toxicité des rayonnements ionisants,

explique le docteur Annie Thébaud-Mony, sociologue de la santé à l'INSERM (institut national de la santé et de la recherche médicale). Les essais nucléaires, ceux qui les ont organisés, étaient complètement conscients des risques."


Hypocrisie

Alors lorsqu'on (re)voit ces archives, où le général de Gaulle, en visite àTahiti pour assister à des essais nucléaires, déclare : "La Polynésie a bien voulu être le siège de cette grande organisation destinée à donner à la puissance française le caractère de dissuasion (...)", on prend la mesure de l'hypocrisie des décideurs de l'époque. D'autant plus que l'Etat savait la population autochtone génétiquement fragile à cause de la consanguinité sur les atolls. Mais une fois l'Algérie indépendante en 1962, il fallait bien trouver un autre terrain d'essais pour tenir le rang de puissance nucléaire tant revendiqué par la France.


De générations en générations

Vingt ans après l'arrêt des essais nucléaires, décidé par Jacques Chirac en 1996, Larbi Benchiha a retrouvé des témoins de l'époque. C'est leur histoire qu'il raconte. Une histoire faite de souffrance, de maladies, de handicaps, de stérilité, d'enfants mort-nés. Le cancer en a frappé plusieurs : certains sont encore en vie, d'autres non. Certains ont transmis à leur decendance des malformations ou des maladies dûes à des mutations génétiques. Des mutations génétiques, véritable épée de Damoclès pour ces familles, puisqu'elles peuvent apparaître plusieurs générations plus tard.


Reconnaissance 

En 2011, le délégué à la sûreté nucléaire de la défense, Marcel Julien de la Gravière, a déclaré qu'il fallait accepter que Mururoa et Fangatanta soient irréversiblement perdus, c'est-à-dire définitivement inhabitables. Aujourd'hui, les victimes des essais nucléaires français, réclament une reconnaissance de maladie professionnelle et des indemnités compensatrices.
Deux témoins du film sont décédés depuis le tournage, André pottin et Charles-André Fischer. Ce film leur est dédié.

Extrait doc Bons baisers de Moruroa_lagon

Bons baisers de Moruroa : un film de Larbi Benchiha. Production : Aligal production et France Télévisions.
Diffusion : lundi 15 février à 23h45
Rediffusion : jeudi 10 mars à 8h45


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