"Ont-ils le droit d’avoir leur place dans le monde du travail, eux, les handicapés mentaux ? ". La question se veut choc, mais au moins, elle est posée…

En décembre 1974, se déroule une "journée d’études sur le devenir professionnel des handicapés". 

L’équipe de télévision se rend alors dans un Centre d’Aide par le Travail. Le reportage débute par cette question et se poursuit avec d'autres, au moniteur de l’atelier : "Est-ce qu’il y a des erreurs commises ? Quelle est la différence de rendement entre des ouvriers en usine et ces ouvriers ?"
Dans sa blouse, l’homme sourit, et répond : 'Il n’y a pas d’erreur, enfin,  plutôt moins qu’ailleurs et ils sont heureux de venir ici…"

En 1974, il faut encore convaincre. 20 ans plus tard, où en sommes-nous ?

Le combat des familles


Les CAT ont à peine 20 ans. Les premiers centres ont été créés dans les années 1950,  le plus souvent par les associations de familles de jeunes en situation de handicap. En ces temps de plein emploi, tout le monde avait un travail… sauf, les personnes handicapées ! 

A l’époque, les travailleurs ne touchaient qu’un petit pécule et les postes des encadrants étaient parfois financés par les dons des parents.
On ne comptait alors 6 000  places en CAT pour toute la France. Il y en a plus de 100 000 aujourd’hui.


Il ne faut pas mettre nos travailleurs en difficulté


Les 86 établissements bretons font travailler quelques 6 000 personnes en situation de handicap. Et tous partagent la même philosophie : ils ne s’attardent pas sur ce que la personne ne peut pas faire mais s’intéressent à tout ce qu’elle est capable d’accomplir.


"Ce n’est pas la personne qui est handicapée, c’est la situation qui peut être handicapante", explique Christian Guitton le directeur de l’Esat de La Mabilais à Noyal sur Vilaine. Et c’est aux ESAT de trouver des solutions pour permettre aux personnes de travailler dans des conditions où elles se sentent bien.

Alors les moniteurs inventent, imaginent des solutions pour chaque poste de travail, chaque personne… un travailleur a des difficultés avec la lecture, on passe les consignes par des pictogrammes, des photos… 

Un autre a du mal à compter, Patricia Delaunay, monitrice à l’Esat des Ateliers Sévigné à Vitré crée des gabarits… il n’y a plus qu’à poser les petits chocolats dans les cases et les 25 bouchées qui doivent aller dans chaque paquet sont prêtes !


Et partout, dans les ateliers, on évite le stress, la pression. "Il ne faut pas mettre nos travailleurs en difficulté" insiste Laurent Bourgeon, directeur de l’Esat des Ateliers Sévigné.


Le talent n’a pas de handicap


Et petit à petit, mis en confiance, complimentés, encouragés, les travailleurs avancent, progressent, travaillent et produisent.


L’Association Régionale des Esat a créé un dispositif  "Différent et Compétent", tous les ans, au cours d’une cérémonie, elle remet des diplômes aux travailleurs pour valoriser leurs savoir-faire… dans l’association, on répète souvent que le talent n’a pas de handicap !

Car les Esat participent à l’économie de la région. En 2015, le chiffre d’affaires des établissements bretons et ligériens dépassaient les 280 millions d’euros.

Chaque jour, les travailleurs d’Esat tondent des kilomètres carrés de pelouse, repassent des milliers de chemises, emballent des tonnes de produit… leur travail est indispensable pour des dizaines d’entreprises et pour bien des particuliers. 



Alors, "ont-ils le droit d’avoir leur place dans le monde du travail, eux, les handicapés mentaux ?"


Si vous avez regardé les vidéos de ce grand format, vous ne pouvez plus vous poser cette question.

Vous y avez découvert le professionnalisme d’Enora, de Franck, d’Adeline et de tant d’autres, l’application de Véronique et  de Claudine ; vous aurez observé la bienveillance de tous les moniteurs et avez certainement été touché par les sourires de Ghislain, Samuel ou de Léa… 

Finalement, vous ferez peut-être votre le joli slogan de l’UNAPEI (Union Nationale des Associations de Parents, de Personnes Handicapées Mentales et de leurs Amis) : "Vivre ensemble, c’est pas débile !"

 

Comment ça marche ?


Pour avoir une place en en ESAT (Établissement et services d’aide par le travail, le nouveau nom des CAT depuis 2005) il faut être orienté par la Commission des Droits et de l’autonomie des personnes.

Les personnes choisissent alors un secteur d’activité, blanchisserie, espaces verts, restauration, menuiserie, conditionnement… en fonction de leurs goûts et de leurs capacités… Aujourd’hui, les ESAT proposent plus de 700 métiers différents.