La Chanson de Craonne sera-t-elle chantée aux cérémonies du Chemin de Dames ?

Lettre manuscrite d'un Poilu avec le texte de La Chanson de Craonne. / © DR
Lettre manuscrite d'un Poilu avec le texte de La Chanson de Craonne. / © DR

En juillet 2016, la Chanson de Craonne, qui était prévue pour la cérémonie au cimetière allemand de Fricourt, lors des commémorations du centenaire de la bataille de la Somme, avait été déprogrammée...

Par SM

Retirée du programme d’une cérémonie franco-allemande à Fricourt, dans la Somme, en 2016, La Chanson de Craonne,  -qui dénonce l'absurdité de la guerre- sera bien chantée lors des cérémonies du centenaire du Chemin des Dames, dimanche 16 avril, sur ses terres d’origine.

Le secrétaire d’État aux Anciens combattants, Jean-Marc Todeschini, a confirmé que la chanson est au programme des commémorations et sera interprétée pour la toute première fois au cours d'une cérémonie officielle en présence du chef de l’État.


La chanson, qui a eu plusieurs titres au fil du temps, était chantée par les soldats dès 1915. Elle a connu plusieurs versions, toujours basées sur un air populaire, Bonsoir M’amour, datant de 1911. Une simple chanson d'amour... Inventer une chanson qui s’appuie sur une mélodie connue était très courant à l’époque, et pas seulement dans les régiments. 

La Chanson de Craonne procède ainsi de l’amalgame et aura par conséquent plusieurs auteurs, au fil du temps, tous anonymes.

En 1914, la chanson est plus connue sous le titre de Chanson de Lorette. Le texte évolue au fil des mois... et des affres de la guerre. Elle évoquera le plateau de Champagne à l’automne 1915, puis la bataille de Verdun en 1916. Elle devient La Chanson de Craonne après l’offensive Nivelle du 16 avril 1917, sur le plateau de Californie qui surplombe le village de Craonne, théâtre de combats violents et meurtriers.

"C’est à Craonne, sur le plateau, qu’on doit laisser sa peau"


La Chanson de Craonne


Une chanson devenue un symbole


Après que les mutinés du chemin des Dames la chantèrent, La Chanson de Craonne, est controversée. 

Il y a eu un nombre important de versions et d'enregistrements, notamment depuis les années 1950. Les événements de Mai 1968 en France lui ont donné un nouvel écho. 

Ce 16 avril 2017, La Chanson de Craonne sera interprétée lors de la cérémonie officielle du centenaire du Chemin des Dames, à laquelle assistera François Hollande. C'est inédit.


Elle sera entonnée par 50 choristes provenant de trois groupes régionaux (basque, corse, occitan), accompagnés d'un groupe de trente marcheurs et une classe d’élèves du collège Léopold Sédar Senghor de Corbeny, dans l'Aisne.

La chanson figurera sur un CD initulé "Adieu la vie, adieu l’amour", qui sera distribué gratuitement.
 

Les paroles de La Chanson de Craonne

Voici le texte le plus courant, diffusé par l'écrivain et militant communiste Paul Vaillant-Couturier après guerre.

Quand au bout d’huit jours, le repos terminé, 

On va reprendre les tranchées, 

Notre place est si utile 

Que sans nous on prend la pile. 

Mais c’est bien fini, on en a assez,

Personn’ ne veut plus marcher, 

Et le cœur bien gros, comm’ dans un sanglot 

On dit adieu aux civelots. 

Même sans tambour, même sans trompette, 

On s’en va là haut en baissant la tête…

Refrain :

Adieu la vie, adieu l’amour, 

Adieu toutes les femmes. 

C’est bien fini, c’est pour toujours, 

De cette guerre infâme. 

C’est à Craonne, sur le plateau,

Qu’on doit laisser sa peau 

Car nous sommes tous condamnés,

C’est nous les sacrifiés !

Huit jours de tranchées, huit jours de souffrance,

Pourtant on a l’espérance

Que ce soir viendra la r’lève 

Que nous attendons sans trêve. 

Soudain, dans la nuit et dans le silence, 

On voit quelqu’un qui s’avance,

C’est un officier de chasseurs à pied, 

Qui vient pour nous remplacer. 

Doucement dans l’ombre, sous la pluie qui tombe, 

Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes…

(refrain)

C’est malheureux d’voir sur les grands boul’vards 

Tous ces gros qui font leur foire ; 

Si pour eux la vie est rose, 

Pour nous c’est pas la mêm’ chose. 

Au lieu de s’cacher, tous ces embusqués, 

F’raient mieux d’monter aux tranchées 

Pour défendr’ leurs biens, car nous n’avons rien, 

Nous autr’s, les pauvr’s purotins. 

Tous les camarades sont enterrés là, 

Pour défendr’ les biens de ces messieurs-là.

(refrain)

Ceux qu’ont l’pognon, ceux-là r’viendront, 

Car c’est pour eux qu’on crève. 

Mais c’est fini, car les troufions 

Vont tous se mettre en grève. 

Ce s’ra votre tour, messieurs les gros,

De monter sur l’plateau, 

Car si vous voulez faire la guerre, 

Payez-la de votre peau !

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