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Reportage. Dans l'atelier de Schwartz, auteur avec Yann d'une aventure de Spirou : “La Femme-léopard”

Olivier Schwartz  / © éric guillaud
Olivier Schwartz / © éric guillaud

En plein marathon de dédicaces, entre deux déplacements et avant une bonne cure de sommeil, Olivier Schwartz a accepté de nous recevoir dans son atelier rezéen pour nous parler de son nouvel album, une aventure de Spirou au Congo...

Par Eric Guillaud

Spirou au Congo ? Exactement. Plus de 85 ans après Tintin, Spirou prend lui aussi le bateau pour ce qui était autrefois la dixième province de Belgique.

Avec quelques clins d'oeil bien évidemment aux aventures du célèbre reporter à houppette, quelques clins d'oeil et surtout une aventure rocambolesque qui commence à Bruxelles au lendemain de la seconde guerre mondiale avec un Spirou ivre mort, une femme-léopard à la recherche d'un fétiche, un Fantasio complètement zazou qui traîne ses guêtres du côté de Saint-Germain-des-Prés, quelques scientifiques nazis qui tentent de poursuivre leurs sombres desseins sous d'autres horizons, une reporter de Life plutôt sexy, un missionnaire liégeois qui fait le tour de la brousse avec des films burlesques, un mégalomane qui veut atomiser Bruxelles... et un Congo qui crève la page, magnifique, sauvage.

Alors pourquoi ne pas avoir appelé cette aventure africaine "Spirou au Congo", plutôt que " La Femme Léopard" ou "Le Maître des hosties noires", titre du deuxième volet sorti en ce mois de mars ? Une très bonne question, la première que nous avons posée au dessinateur Olivier Schwartz qui, en guise de réponse, a fièrement extirpé de sa bibliothèque l'édition bruxelloise de l'album (à droite sur la photo). Surprise : la couverture reprend dans les grands traits celle de "Tintin au Congo" et le titre est sans équivoque : "Spirou au Kongo Belche".
Trois éditions différentes, un même album
Trois éditions différentes, un même album

"En fait, je souhaitais appeler cette aventure Spirou et Fantasio au Congo mais Yann n'a pas voulu".

Reste donc cette singulière couverture de l'édition bruxelloise pour témoigner aujourd'hui du clin d'oeil. À moins que ce ne soit un hommage ? 

"C'est un peu tout ça à la fois et en même temps ce Spirou au Congo est le contraire d'un Tintin au Congo. On le sait, le personnage de Tintin a été créé par des gens plutôt conservateurs, très conservateurs même, et Spirou lui a été imaginé dans un milieu proche de la tradition des prêtres ouvriers. On est dans un clivage droite gauche finalement. Notre Spirou à Yann et moi se passe dans les années 40, une époque où les aventures de la série mère de Spirou ne collaient pas vraiment à l'actualité, c'était encore assez comique au temps de Jijé et au début de Franquin en 1946. On voyait les surplus de l'armée américaine dans les bandes mais c'est tout, le contexte était simplement suggéré. Nous, avec le recul, on peut montrer ce qui était important à l'époque, sans risque."

Dans l'atelier de Schwartz / © éric guillaud
Dans l'atelier de Schwartz / © éric guillaud

Dans son atelier rezéen, quelques planches ou couvertures originales décorent les murs blancs, des recherches graphiques au dessus de sa table de travail pour quelques projets actuels ou futurs, plus loin des BD et livres de documentation, le tirage de tête de son nouvel album "Le Maître des hosties noires" et en très bonne place une splendide reproduction de la DS de Fantasio signée Michel Aroutcheff. Aucun croquis de Tintin à l'horizon !

Reprendre Tintin, tu en rêves ? "Oui bien sûr mais il y a des rêves qu'il vaut mieux laisser à l'état de rêves. Et puis, si j'e faisais partie des ayants droits d'Hergé, je pense que j'essaierais de trouver un dessinateur proche de son trait. Moi, ça ne ressemble pas vraiment à du Hergé, c'est trop rond, trop souple"

Tu as dit récemment dans une interview que Tintin représentait pour toi la perfection et Spirou, l'approximation. "C'est méchant, il y a des Spirou qui valent largement un Tintin, ceux de Franquin bien sûr mais aussi celui de Bravo qui est très très fort. Et puis chez Yoann et Vehlmann, il y a des choses vraiment intéressantes. J'adore aussi le travail d'Alec Severin qui est un ami".

© Dupuis / Yann & Schwartz
© Dupuis / Yann & Schwartz

Connu et reconnu pour son style inspiré de la ligne claire tendance Chaland, Olivier Schwartz a développé au fil des albums et notamment des 18 volets de la série "Les enquêtes de l'inspecteur Bayard" parus chez Bayard Presse un univers bien à lui alliant un trait résolument moderne et des atmosphères à l'ancienne, un brin surannées, qui nous ramènent vers les années 40/50.

Ses influences ? Hergé bien sûr mais pas que. Chaland, Franquin, Jijé, Jacobs, Giraud, Tillieux, Peyo... et surtout Jack Kirby ont également nourri son art. "Très jeune j'ai adoré Jack Kirby, je reconnaissais tout de suite son trait mais c'est Sempé qui m'a donné envie de faire de la bande dessinée. Il passait alors dans un journal, Paris-Match peut-être. Et puis j'ai lu très tôt Pilote, Spirou bien sûr vers l'âge de 13 ans, j'ai adoré Franquin. En ce qui concerne la ligne claire, je ne suis pas sûr d'être plus dans la ligne claire que Jack Kirby dans les années 60. Moi je mets des noirs, je mets des ombres. Après, tout se tient, les uns inspirent les autres, la bande dessinée est une grande famille. Et quand tu aimes un auteur, il est en toi. Chaland a eu les mêmes influences que moi, c'est pour ça qu'on est finalement si proches".

© Dupuis / Yann @ Schwartz
© Dupuis / Yann @ Schwartz

Mickey, Lucky Luke, Blake et Mortimer, Bob Morane, Michel Vaillant... Que penses-tu de toutes ces reprises ? "j'y suis extrêmement favorable. Et j'apprécie fortement quand un éditeur confie un héros à un auteur qui a déjà fait ses preuves par ailleurs et qui montre des ficelles, des cordes qu'on ne lui connaissait pas à son arc. Du coup on peut adhérer à un auteur qu'on détestait ou du moins qu'on méconnaissait. Exemple : j'adore Cosey... depuis son Mickey. Je n'avais jamais lu jusque là un de ses livres, je crois que je vais aujourd'hui acheter tout ce qu'il a produit". 

Et reprendre la série mère de Spirou ? "C'est impossible pour moi, les aventures de Spirou se déroulent à notre époque et je suis incapable, Yann le dit en tout cas, de dessiner un univers contemporain. Je suis condamné, je crois, à des univers à l'ancienne comme dans "Les enquêtes de l'inspecteur Bayard" qui se déroulaient pourtant de nos jours mais qui respiraient les années 40/50".

Yann/Schwartz, c'est un bon tandem ? "Oui, on s'amuse beaucoup. Je suis très heureux d'avoir écrit ces récits de Spirou hors série même si, c'est vrai, j'étais parti pour reprendre Gil Jourdan qui est plus proche de ce que j'aime. À chaque album, j'ai eu l'impression d'apprendre énormément. Mais un album, ça ne se fait pas comme ça. Pour écrire un livre, on se réunit, on lance des idées, je dessine, il renchérit, je redessine.... Et puis chacun repart de son côté. Une fois qu'il a fait son scénario, je ne discute plus. Je respecte son travail".

Dans le secret de son atelier, Olivier Schwartz dessine Aniota et Fantasio

L'Afrique tu connais ? "L'Afrique noire, non. Nous avons fait un mix entre nos souvenirs de lecture et ce qu'on voit, ce qu'on connaît, d'elle aujourd'hui. Ce n'est pas évident de traiter de l'Afrique parce qu'on est vite suspecté de tas de choses mais je n'ai pas peur. Je n'ai pas peur parce que je sais ce que je pense et je crois savoir ce que pense Yann. Bien sûr, j'avais un peu peur que l'histoire fasse trop cliché. Au final d'ailleurs, elle fait cliché mais c'est ça qui est amusant et c'est du Spirou".


Des projets? "On travaille sur une nouvelle série avec Yann mais je ne peux rien dévoiler... Et j'ai aussi d'autres projets en tête mais c'est pareil...". Même sous  la torture ? "Impossible..."

Propos recueillis par Eric Guillaud le 13 février 2017
Olivier Schwartz sera en dédicaces à la Fnac de Nantes le mercredi 1er mars

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