De nombreux kiosquiers azuréens refusent de vendre Paris Match

Message d'un kiosquier niçois ce jeudi à l'adresse de ses clients. / © Alexandre Dequidt
Message d'un kiosquier niçois ce jeudi à l'adresse de ses clients. / © Alexandre Dequidt

Paris Match publie ce jeudi des images de l'attentat de Nice jugées insupportables pour les familles de victimes. De nombreux kiosquiers azuréens ont retiré spontanément de la vente l'hebdomadaire.

Par Laurent Verdi avec AFP

"Chers clients, la tristesse d'une ville et de ses victimes ne se monnaie pas", ce message d'un kiosquier niçois est affiché sur son lieu de travail, quai des Etats-Unis, juste à côté du lieu de l'attentat de Nice.

"Chers clients, la tristesse d'une ville et de ses victimes ne se monnaie pas", dit un message affiché par un kiosquier.


Comme lui, des dizaines de marchands de journaux et kiosquiers azuréens ont retiré spontanément Paris Match de la vente ce jeudi.

Pas de trace de Paris Match cette semaine dans ce kiosque niçois / © Alexandre Dequidt
Pas de trace de Paris Match cette semaine dans ce kiosque niçois / © Alexandre Dequidt


Le parquet de Paris demande le retrait de la vente



Le parquet de Paris a assigné en référé jeudi Paris Match pour obtenir en urgence le retrait du numéro du magazine publié ce jour et contenant des images de la vidéosurveillance de l'attentat de Nice, qui suscite la colère des victimes et de leurs proches.

Le ministère public, qui assigne Hachette Filipacchi Médias et la directrice de publication de Paris Match, "demande au tribunal d'ordonner le retrait de la vente" du magazine et "l'interdiction de diffusion sous tous formats, notamment numérique", a indiqué le parquet de Paris.

Ce référé, une procédure d'urgence, sera examiné à 14H00 dans la salle de la première chambre civile du tribunal de grande instance de Paris. "Informés hier (mercredi NDLR) de la publication de Paris Match, nous avons immédiatement ouvert une enquête pour violation du secret de l'instruction et recel" de ce délit, a ajouté le parquet de Paris.

Les investigations sont confiées aux enquêteurs de la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP).


Les victimes touchées par les images


La Fédération nationale des victimes d'attentats et d'accidents collectifs (Fenvac) et l'association Promenade des anges, qui rassemble les proches des victimes de l'attentat au camion bélier, dont le chauffeur a été tué par la police, qui a fait 86 morts le 14 juillet 2016 à Nice, avaient demandé mercredi au parquet de Paris d'intervenir pour "faire cesser ce trouble manifestement illicite"


Ces photos sont publiées "uniquement pour faire du sensationnel" et "créer une atmosphère morbide et voyeuriste", avaient dénoncé les associations.



"Ces captures d'écran, publiées sans précaution aucune, portent atteinte à la dignité des victimes et de leurs proches" et sont publiées "uniquement pour faire du sensationnel" et "créer une atmosphère morbide et voyeuriste", avaient dénoncé les associations.

Christian Estrosi, le maire de Nice, a aussi critiqué la publication d'images "insoutenables et abjectes", "qui ne manquera pas de raviver la douleur des familles".


Les kiosquiers niçois boycottent Paris Match
Auteurs : Marc Brucker et Alexandre Dequidt


Paris Match se défend


"Notre rédaction a voulu rendre hommage aux victimes en allant à leur rencontre un an après, dans un devoir de mémoire, pour que la société n'oublie pas", s'est défendu Olivier Royant, directeur de la rédaction de Paris Match, dans un communiqué mercredi soir.

"Quant aux photos du camion cette nuit-là, largement publiées et relayées par nos confrères depuis un an, et encore ces jours-ci dans des émissions de télévision à grande audience, il s'agit de vues de loin, de plans larges, sans identification possible des victimes ni atteinte à leur dignité", a-t-il expliqué, invoquant une publication par "souci de compréhension des événements".

Réaction de la société des journalistes de Paris Match et du Syndicat National des Journalsites

La Société des journalistes (SDJ) du magazine a estimé jeudi dans un communiqué qu'une interdiction semblait "disproportionnée" et "remettrait en cause le droit de la presse à informer librement". De son côté, le syndicat national des journalistes (SNJ) trouve "choquant" qu'une telle demande de retrait des kiosques soit "encouragée" à travers "une procédure rarissime, plus mise en oeuvre depuis l'époque de la guerre d'Algérie".

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