Un nouvel hôpital de jour pour soigner l'obésité (MAJ)

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Écrit par Fabien Gandilhon avec Evelyne Rimbert

Un nouvel hôpital de jour est en train de naître à Clermont-Ferrand pour aider les patients atteints d'obésité. Il proposera une prise en charge à la fois physique et psychologique.

L'an dernier, à pareille époque, Assia pesait 92 kg pour 1,57 m. En divisant son poids par sa taille au carré, elle obtenait 37, son Indice de Masse Corporelle. Or celui-ci est largement supérieur à 23, la valeur préconisée pour l'ado de 13 ans qu'elle était. Autrement dit, Assia était obèse.

Après une année scolaire au sein de l'établissement TZA NOU à la Bourboule, spécialisé dans le traitement des enfants obèses, Assia a réussi à perdre 23 kg. Mais ce n'est pas encore assez. Aujourd'hui, elle compte sur le nouvel hôpital de jour de Clermont-Ferrand pour l'aider à atteindre son objectif. "J'aimerais bien perdre encore 10 kg, pour être mieux dans mon corps" explique-t-elle.

A la différence de la Bourboule, ici tout se fait en ambulatoire. Les patients peuvent rentrer chez eux le soir. De plus, les familles sont associées à cette nouvelle forme de prise en charge. Mais surtout, cette structure est ouverte aux adultes. Dix adultes et autant d'enfants peuvent être accueillis dans cet établissement de Soins de Suite et de Réadaptation pour personnes souffrant d'obésité, avec un objectif de réalisation de 6 000 journées par an.

Une prise en charge globale

"C'est un établissement de santé" explique Tewfik Guettouche, le directeur de l'hôpital de jour. "Cela suppose une consultation médicale auprès de nos médecins, et un suivi adapté, individualisé et pluridisciplinaire. Il y aura des actions de groupe, par exemple des ateliers d'éducation thérapeutique en diététique, des ateliers en sport, etc... Tout patient sera accompagné : nous avons des psychologues qui vont les soutenir dans leur démarche et les aider à dédramatiser leur vécu par rapport à la pathologie de l'obésité".

Pour Elodie Bonnet, médecin nutritionniste, "ce qu'on apporte aussi c'est cette couleur de prise en charge en thérapie cognitive et comportementale." Pour l'instant, c'est vrai que l'offre de soin n'existait pas dans le bassin auvergnat par rapport à ce type de prise en charge, avec l'aspect éducation thérapeutique et motivationnelle qui est vraiment la clé dans la prise en charge de cette pathologie chronique sur le long terme".

Dix emplois créés, seize à terme

Cet établissement a permis de créer une dizaine d'emplois, pour arriver à 16 prochainement. Le budget de fonctionnement en année pleine est annoncé à un million d'euros, financé par l'Agence régionale de santé qui voit dans cette réalisation la première pierre de la mise en œuvre du plan obésité en Auvergne.

Dans la région, 14,4% d'adultes sont concernés par l'obésité. Un peu plus de 14% également pour les enfants de 6 ans et plus. Contre 12% au niveau national.

 

La chirurgie de plus en plus prisée par les adultes obèses

Autre forme de prise en charge de l'obésité : la chirurgie. La chirurgie bariatrique, du grec "baros" (poids) et "iatros" (médecin). Depuis près de trois ans, le Centre Hospitalier de Thiers s'est spécialisé dans ce type de chirurgie. Une unité qui dépend du Centre de recherche en nutrition humaine d'Auvergne, à Clermont-Ferrand.  En février dernier, l'unité fonctionnelle a rejoint de nouveaux locaux, ceux du Point Santé, toujours à l'hôpital de Thiers. Où elle reçoit ses patients le jeudi après-midi. Des patients qui sont directement dirigés vers la chirurgie (10% des cas), refusés (10%) ou orientés vers un suivi prolongé (80%). Il se passe généralement un an entre le premier rendez-vous et l'opération. C'est le médecin conseil de la Sécurité Sociale qui a le dernier mot. Parmi les critères imposés par la Haute Autorité de Santé, il est obligatoire que le patient soit âgé de 18 à 60 ans.
L'an dernier, l'unité de Thiers a réalisé une vingtaine d'opérations. Elle prévoit de doubler ce chiffre en 2013.
 

Le docteur Sébastiaan Lambert est l'un des deux chirurgiens digestifs du Centre Hospitalier de Thiers. Il est spécialisé en chirurgie de l'obésité. Il était l'invité de notre journal jeudi soir.

Quelles sont les types de chirurgie que vous proposez à Thiers?
Nous proposons 3 types de chirurgie. Uniquement pour les adultes. Nous n'opérons pas les adolescents. Aujourd'hui, nous proposons encore l'anneau gastrique. Un anneau modulable disposé autour de l'estomac. Nous proposons de moins en moins cet anneau qui était à la mode dans les années 90, mais qui engendre à long terme de nombreuses complications.  La "sleeve gastrectomy" ou gastrectomie longitudinale est la technique en vogue actuellement. On procède à une ablation d'une partie de l'estomac. Ce qui réduit le volume de l'estomac et donc le patient pourra moins manger. La 3ème technique s'appelle le "by-pass" gastrique. Ou le court circuit gastrique. Une  technique qui existe depuis 40 ans et qui a fait ses preuves sur le long terme. On réduit le volume que le patient peut ingérer et on modifie le circuit alimentaire. Ce qui fait que pas toutes les calories sont absorbées. Et puis, il existe aussi une 4ème technique que nous ne proposons pas à Thiers. Elle est réservée aux super obèses et il n'y a que 3 centres en France qui la pratiquent.

Quelles sont les contraintes pour le patient avant et après l'opération?
Notre but c'est d'abord de changer le comportement alimentaire avant l'intervention. Donc, le patient ne doit plus grignoter, ni boire de coca par exemple. Il doit faire un vrai effort sinon on ne le prendra pas en charge au niveau chirurgical. Et après l'opération, il y a aussi un suivi sur un, trois, six et douze mois. Puis un suivi à vie avec des bilans sanguins réguliers.

A combien évaluez-vous le pourcentage de réussite de la chirurgie?
A 95% si on pose la bonne indication.

L'obésité est une maladie chronique. Peut-on guérir aujourd'hui de cette maladie?
Je pense que oui. Si le patient adapte effectivement son comportement alimentaire et reprend une activité physique, alors oui, je pense qu'il peut guérir. Mais de temps en temps, il a besoin d'un petit coup de pouce qui peut être la chirurgie.