A Clermont-Ferrand, les Roms, des citoyens européens dans une situation inextricable

Depuis le 1er janvier 2014 les restrictions sur le marché du travail ont été levées pour les citoyens roumains et bulgare dans l'espace Schengen. Les Roms présents à Clermont-Ferrand ont donc le droit de travailler. Pourtant leur situation ne s'est pas vraiment s'améliorée. 

Simona, 24 ans cherche à travailler à Clermont-Ferrand
Simona, 24 ans cherche à travailler à Clermont-Ferrand
Simona a 24 ans et une petite fille de cinq ans. Après avoir vécu longtemps en Espagne et perdu son mari elle a rejoint il y a un an sa famille qui squatte une maison abandonnée à Clermont Nord. Ionut lui a 26 ans, avec sa femme Nicolletta, ils ont cinq enfants à charge. Arrivée à Clermont-Ferrand en 2011 la famille est depuis deux mois hébergée dans un hôtel de Monferrand. Originaires de Roumanie, ces Roms sont donc des citoyens européens, ils sont en France en quête d'une vie meilleure. 
En attendant ils sont de façon formelle domiciliés à l'accueil de jour à Clermont-ferrand." Ils ont fuit leur propre pays" explique Chantal Charrade, coordinatrice du Collectif pauvreté précarité qui gère l'accueil de jour. "Ils sont  bien souvent passés par d'autres pays européens, la France c'est effectivement un espoir de terre d'accueil définitif, ils ne retourneront pas en Roumanie ça c'est sur . Ils y ont des racines mais ils n'ont plus de famille, plus de biens.  Il n'a y pas de raisons qu'ils repartent en Roumanie."

Fort de son expérience dans les travaux agricoles ou le bâtiment en Grèce et en Italie Ionut Nica attendait avec impatience la fin des mesures transitoires pour l'accés au marché du travail des ressortissants roumains dans l'espace Schengen. Depuis le premier janvier 2014 Ionut a donc le droit de travailler.
" Il y avait un énorme espoir de la part de Monsieur Nica qui attendait cette fameuse date du mois de janvier  2014 vraiment comme si c'était la date qui allait  changer toute  sa vie" regrette Florence Marrand, assistante sociale à l'antenne Medico-social du Conseil général du Puy-de-Dôme qui reçoit régulièrement Ionut Nica depuis un peu plus d'un an. " Aujourd'hui il est profondément déçu. Certes il a pu s'inscrire à Pôle emploi,  il a pu s'inscrire en missions intérimaires, il a pu s'inscrire sur des demandes d'emploi.  Mais concrètement ça n'a absolument rien changé, absolument rien..."
Ionut Nica entend bien trouver du travail, 
"Pour les Roumains c'est dramatique en France. Pour tous les Roumains !" explique Ionut Nica "C'est vrai que beaucoup de Roumains sont venus en France pour profiter. Mais moi je veux m'intégrer ici en France. Tous mes enfants sont déjà scolarisés et ils ont de très bons résultats ! "
Ce jeune père de famille n'est pas là pour profiter du système. Dans son cas les aides sont très peu nombreuses. 
" Il ne peut pas prétendre aux prestations familiales quelles qu'elles soient,  ni au RSA  " poursuit Florence Marrand "il ne peut pas prétendre à la CMU. Contrairement à ce qu'on croit il n'a pas droit à la couverture médicale universelle. Il peut prétendre simplement à l'aide médicale d'état, comme pour les demandeurs d'asile. Juste l'aide médicale. Aucune aide possible. Ça c'est leur réalité. Leur réalité quotidienne."
Ionut et Nicolleta survivent avec à une allocation de deux cents euros par mois dans le cadre de l'aide social à l'enfance du conseil général du Puy-de-dôme, qui finance également l'hôtel. Deux chambres pour neuf personnes. Contraint de recourir à la mendicité Ionut Nica ne renoncera pas. Il se bat pour sa famille

Simona, elle aussi, compte travailler. Ce matin là elle a rendez-vous à la mission locale, le pôle emploi pour les jeunes. Depuis le 1er janvier la jeune femme à le droit de travailler et de suivre une formation lui explique Zoulikha Mederreg conseillère en insertion à la mission locale de Clermont-Ferrand.
Pour travailler, dans le secteur du ménage ou l'hôtellerie-restauration , la jeune femme doit pouvoir parler français.
Une formation est donc envisagée. Zoulikha Mederreg contacte une association qui dispense des cours de français. Mais très vite il faut se rendre à l'évidence, dans sa situation Simona ne pourra pas suivre ces cours. " Elle n'a pas les minimas sociaux, elle n'a pas le RSA, elle ne peut pas y prétendre, elle n'est pas éligible" constate, dépitée, la conseillère en insertion.
Malgré tous ces obstacles Simona ne veut pas renoncer  "Je ne le ferai pas pour gagner beaucoup d'argent, ni pour vivre dans le luxe" réagit la jeune femme.  "Je le ferai pour ma fille parce que je veux vraiment qu'elle ait le meilleur. Même si on ne trouve pas de solution je dois en trouver une parce que j'ai une fille et c'est ce que j'ai de plus précieux dans ma vie "

Citoyens européens dans une Europe en crise ces Roms se retrouvent dans une situation inextricable. Malgré leur envie de travailler et la bonne volonté des acteurs locaux et des organisations caritatives ils semblent condamnés à voir leur situation ne s'améliorer que très lentement.

durée de la vidéo: 04 min 26
Emploi des Roms, une situation inextricable

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
social