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Lyon : neuf skinheads jugés pour l'agression sauvage d'un couple

Les prévenus à leur arrivée au Palais de Justice. / © Jean Perrier, France 3 Rhône-Alpes
Les prévenus à leur arrivée au Palais de Justice. / © Jean Perrier, France 3 Rhône-Alpes

Neuf militants d'extrême-droite de 21 à 26 ans comparaissent à partir de ce mardi devant le tribunal correctionnel de Lyon pour avoir agressé un jeune couple en janvier 2011, au seul motif qu'il aurait été d'extrême-gauche. Ils encourent jusqu'à 10 ans de prison.

Par S.M. avec AFP

Le 15 janvier 2011, peu avant minuit, Anne-Cécile et son petit ami Léo avaient été lynchés en rentrant d'un concert donné dans une petite salle de Villeurbanne, fréquentée notamment par des sympathisants libertaires. Pour rejoindre plus rapidement le métro, ils décident de passer par une station-service et le parking d'un grand magasin. Ils tombent alors sur une bande attroupée autour de deux voitures, dont deux des membres, armés d'une barre et d'une batte, fondent subitement sur eux.

Anne-Cécile est la première touchée, d'un très violent coup à la tête, et s'effondre. Voulant la protéger, son petit ami se jette sur elle. Le groupe se déchaîne alors sur les deux victimes au sol. Sous la violence des coups portés, la batte se casse en deux. "C'est de la part des fafs (fachos, ndlr)", entend, encore conscient, le jeune Léo, avant que ses agresseurs ne prennent la fuite, laissant le couple dans une flaque de sang.

Transportée aux urgences dans un état grave, victime d'une entorse cervicale et d'une fracture du crâne, la jeune femme se voit prescrire une incapacité totale de travail de 60 jours. Elle souffre ensuite d'un effondrement dépressif majeur, de phobie sociale et d'une perte de poids. Son compagnon a des crises d'épilepsie quelques jours après les faits et marche difficilement. Il a lui aussi été traumatisé psychologiquement par cette agression d'une rare violence.

Des victimes choisies au hasard

Pour l'expliquer, plusieurs des jeunes agresseurs présumés, confondus par la vidéosurveillance du parking, ont expliqué qu'un des leurs, Anthony Tracanelli, avait voulu riposter à des jets de pierres d'"antifascistes" sur sa voiture, plus tôt ce soir-là. Le but était de "corriger", d'"humilier", voire de "donner une petite claque", diront certains lors de leurs auditions. Ils avaient fondu au hasard sur les premières personnes croisées près du concert, prises pour des "antifascistes".

En garde à vue, tous ont reconnu s'être trouvés sur les lieux en revendiquant leur appartenance à des groupes identitaires ou nationalistes. Certains étaient déjà connus de la police car interdits de stade à Gerland. Dans le bar qu'ils avaient l'habitude de fréquenter à Lyon, on les surnommait "les skins".

Quatre des prévenus, selon l'accusation, sont soupçonnés d'être plus impliqués que les autres dans le lynchage. Après un an de détention provisoire, ils comparaissent devant le tribunal correctionnel pour "violence aggravée par trois circonstances, suivie d'ITT supérieure à 8 jours", un délit passible de 10 ans d'emprisonnement. 

Des agresseurs proches des jeunesses nationalistes

Parmi eux, Anthony Tracanelli, 24 ans, dit "Trakan", est défendu par Me Pierre-Marie Bonneau, l'avocat toulousain d'Yvan Benedetti et Alexandre Gabriac, anciens dirigeants de l'Oeuvre française et des Jeunesses nationalistes, deux groupuscules d'extrême-droite radicale dissous à l'été 2013. Jonathan Chatain, dit "Malko", 24 ans, fervent supporteur de l'Olympique lyonnais, est lui connu comme "l'homme violent et le bras armé des identitaires" locaux, selon une source proche du dossier.

Les cinq autres sont jugés pour ne pas avoir empêché "un crime ou un délit contre l'intégrité d'une personne", "non assistance à personne en danger" et "participation à un groupement en vue de la préparation de violences".

 "Mes clients n'appartenaient ni l'un, ni l'autre à un groupe d'extrême gauche", souligne Me Bertrand Sayn, avocat des deux victimes qui souffrent toujours de séquelles et traumatismes importants.

L'un des prévenus, au moins, a depuis quitté la mouvance identitaire, relève de son côté Me Jean-François Barre, qui défend David-Arnaud Mollaret. A 23 ans aujourd'hui, celui-ci "a su évoluer et quitter la mouvance qui était proche de lui à l'époque, et a l'intention d'exprimer ses regrets aux victimes", selon l'avocat.

Le point à la mi-journée avec Jean Perrier :
Neuf skins jugés pour violence

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