Cérémonie : trois soeurs de Voiron "Justes parmi les nations" au mémorial de Montluc

Ce matin, plus de 70 ans après, une famille de l'Isère, va recevoir officiellement à titre posthume la médaille des Justes parmi les Nations. Durant la Seconde Guerre Mondiale, Marie Charreton et ses deux sœurs, aujourd'hui décédées, ont caché chez elles une famille juive originaire de Dijon.

© Sylvie Cozzolino, France 3 Rhône Alpes
La démarche, c'est Camille Wagner, aujourd'hui âgé de 77 ans, qui en est à l'origine. Il souhaitait que le Comité Yad Vashem leur rende l'hommage qu'elle méritaient. Et c'est donc ce matin au mémorial de Montluc (Lyon) que Marie Charreton et ses sœurs,  anciennes institutrices et directrice d’école, sont honorées. (pour voir voir la fiche du comité français pour Yad Vashem, cliquez ici)

Etant toutes les trois décédées, c'est Pierre Ailloud (à gauche) petit- fils de Marie Charreton qui a reçu la médaille de Yad Vashem. Ici avec Camille Wagner (à droite) enfant caché par Marie.
Etant toutes les trois décédées, c'est Pierre Ailloud (à gauche) petit- fils de Marie Charreton qui a reçu la médaille de Yad Vashem. Ici avec Camille Wagner (à droite) enfant caché par Marie. © Sylvie Cozzolino, F3RAA
Camille, l'ancien commerçant dijonnais, était un enfant pendant la guerre. Le 14 juin 1940 à l’approche des troupes allemandes, les Wagner quittent Dijon en voiture et partent d’abord vers Pau et ensuite à Toulouse. Finalement ils s’installent à Villeurbanne dans la banlieue de Lyon où ils vont vivre pendant deux ans.

Trois ans d'errance pour la famille

Léon, le père, est arrêté par la police mais réussit à s’évader après quelques jours, la famille se réfugie alors chez des amis, juifs eux aussi. Au printemps 1943, les Wagner arrivent à Coublevie par Voiron dans l’Isère chez Madame Charreton. Les sœurs Charreton les accueillent, en sachant le danger qu'elles courent.

Camille explique : "Nous avons prévenu Madame Charreton que nous étions israélites et cette dame est devenue ma mémé. L'une de ses soeurs m'a fait rentrer à l'école Saint-Joseph, à Voiron, en me disant : tu ne dis à personne que tu es juif". Ginette, la fille, est elle inscrite au Collège de jeunes filles de Voiron. Elle y est interne, mais pendant les vacances elle rejoint sa famille chez Madame Charreton.

Pour Camille, le fils, des années d'insouciance

Là, Camille Wagner se fait, dans l'insouciance la plus totale, des dizaines d'amis. S'il se souvient de s'être caché une après-midi en ne voyant que les bottes d'un officier allemand venu poser des questions à Marie Charreton, pour lui, la guerre ce sont au final plutôt des "bons souvenirs".

« Mémé Charreton » et ses deux sœurs ont hébergé la famille Wagner jusqu’à la Libération. Elles les aidaient à se cacher derrière du matériel agricole ou dans le bois à côté de la maison quand les Allemands faisaient des rafles dans le village. Après la Libération la famille Wagner a gardé des relations avec Marie Charreton et ses soeurs.

Le 16 octobre 2013, l’Institut Yad Vashem Jérusalem a décerné le titre de Juste parmi les Nations à Madame Marie Charreton, Louise Drevon et Joséphine Drevon. La cérémonie officielle se déroule ce matin à 11h au Mémorial de Montluc.
Il reste deux justes encore en vie dans le Rhône. Monsieur Jean Nallit (ici lors de la remise de Médaille des soeurs Charreton) et Mme Andrée Gay.
Il reste deux justes encore en vie dans le Rhône. Monsieur Jean Nallit (ici lors de la remise de Médaille des soeurs Charreton) et Mme Andrée Gay. © Sylvie Cozzolino, F3RAA

3760 "Justes" en France

Les personnes reconnues « Justes parmi les Nations » reçoivent de Yad Vashem un diplôme d'honneur ainsi qu'une médaille sur laquelle est gravée cette phrase du Talmud : « Quiconque sauve une vie sauve l'univers tout entier ».  Il s’agit de la plus haute distinction civile de l’état d’Israël.
Au 1er janvier 2014, le titre avait été décerné à 25 271 personnes à travers le monde, dont 3 760 en France.

Le mémorial de la prison de Montluc
Réquisitionnée par les Allemands en 1942, la prison de Montlucdevint un lieu d’internement où furent détenus plus de 7 700 juifs, résistants et otages dont la plupart furent torturés par la Gestapo, fusillés ou déportés dans des camps de concentration ou d'extermination. La prison fonctionnait en liaison avec le siège de la Gestapo, avenue Berthelot dans les locaux de l’Ecole de Santé Militaire, où étaient effectués les interrogatoires (locaux actuels du Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation).
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