Cet article date de plus de 6 ans

Avec la série 3D, le court prend du relief

Cette année encore, le festival propose une séance de courts-métrages en 3D relief. Chaussez vos lunettes : voici un petit compte-rendu - forcément subjectif - de ce programme ...
Avant d'entamer la séance, un avertissement : "il nous a été difficile de sous-titrer en français certains films sans nuire à l'effet relief ... En raison de ces difficultés techniques, deux d'entre eux vous seront donc proposés avec un sous-titrage anglais." 

Du film historique ...

Lunettes sur le nez, c'est donc parti pour "Sie heißt jetzt Lotte!", 16 minutes en VO allemande sous-titrée dans la langue de Shakespeare. Fort heureusement pour les non-anglophones de la salle, l'histoire est facile à comprendre. Le film raconte l'histoire de deux amies, l'une juive, l'autre femme d'officier nazi et dont les liens vont être mis à l'épreuve par les lois du régime. Joliment réalisé, c'est le film le plus accessible de la série. La 3D est habilement utilisée : une colonnade au premier plan par ci, une branche par là, un pistolet menaçant qui surgit de la toile ... La salle aime et applaudit.

... à l'expérimentation aérienne ...

Elle devient plus circonspecte lorsque commence "A.D.A.M.", un quart d'heure de prises de vue aériennes en 3D ponctuées de communications radio entre une sonde spatiale subitement douée de conscience et son contrôle. On est quelque part entre "Vu du Ciel" de Yann Arthus-Bertrand (pour la beauté de la géométrie du sol), l'introduction de Wall-E (pour le côté desespéré et apocalyptique) et la voix monocorde de HAL dans 2001, l'Odyssée de l'Espace. On croit saisir un message contre la surexploitation des ressources terrestres. Applaudissement timides. 

... en passant par l'animation ...

La salle va vite se réveiller avec "Bless You", un (très) court-métrage qui prend le parti de nous narrer un éternuement... dantesque. Extrêmement efficace, doté d'une patte graphique indéniable, le concept fonctionne. Le public rit, se dégoûte parfois de quelques audaces anatomiques et finit par encourager chaudement la performance. Le relief sert parfaitement ces quelques secondes de pure énergie.

"Contrast" semble avoir été lui aussi écrit pour la 3D. On plonge à travers les épaisseurs d'herbes pour assister à un combat dantesque entre deux insectes. C'est esthétiquement léché, organique, plein de bruit, de fureur et de liquides qui dégoulinent ... "Un peu court" pour mes voisins de rangée.

"Le petit blond avec un mouton blanc", tendre adaptation d'une bande-dessinée de Pierre Richard et Gwendal le Bec, va lui mettre beaucoup de monde d'accord. Cette histoire d'un petit garçon qui rêve sur son banc d'école provoque rires et sourires tout au long de ses 9 minutes. Les tâches d'encre dessinent sur l'écran moutons, perroquets et montagnes, un monde naïf et poétique avec juste ce qu'il faut de relief pour détacher les plans les uns des autres ... A la sortie de la séance, beaucoup ne parlent que de celui-là.

... un seul point commun : la 3D.

Retour aux interrogations avec "Strip-tease volcanique". Une femme fume une cigarette et nous voilà propulsés dans un volcan d'où naissent des corps féminins. Ils dansent, volent et s'éfeuillent peu à peu ...  Ce kaléidoscope érotico-musical n'est clairement pas le film le plus accessible du lot. Accueil plutôt frisquet sur les strapontins.

Plus "grand public", "EVE" ressemble à une grosse production de science-fiction qui aurait été concentrée sur 6 minutes. C'est sans aucun dialogue que le réalisateur nous emmène d'une ventilation de chambre à coucher jusqu'à la fin du monde. Cette ode à la toute-puissance de la nature plutôt bien ficelée trouve tout son sens dans le plan final. La 3D sert le récit juste ce qu'il faut.

Quasi documentaire, "Nordlys over haldetoppen" s'intéresse quant à lui aux aurores boréales en nous plongeant dans un observatoire en 1917. Les silhouettes des personnages se découpent sur fond de ciels étoilés zébrés de vert. Ajoutez un relief subtil et le film emporte finalement l'adhésion.

Dernier morceau de cette sélection, "Red Lady" prend un pari intéressant : celui de superposer des morceaux de vidéos d'archive sur de vieilles photos dont on a "restauré" la profondeur. La perspective est respectée, les personnages semblent se retrouver le plus naturellement du monde dans un cadre qui n'était pourtant pas le leur au départ. L'idée est belle, le résultat plutôt charmant.


La 3D met-elle les films en relief ?

En posant les lunettes à la sortie de la salle, on se dit qu'on a vu de beaux moments et des idées intéressantes. Pourtant, une question finit par surgir, semblable à celle qui se pose dans le monde des longs métrages : ces films auraient-ils été moins puissants sans leur effet relief ?

C'est vrai pour certains, mais clairement pas pour l'ensemble ...
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
festival du court-métrage de clermont-ferrand