Affaire des bébés nés sans bras dans l'Ain : une première audition a eu lieu, "finalement ça avance"

La mère d'un enfant né avec une malformation de la main, une agénésie, a été entendue par les enquêteurs de la police de l'environnement début février, une "première étape" pour son avocat qui espère l'ouverture d'une information judiciaire.

L'affaire dite des "bébés nés sans bras" dans l'Ain a peut-être connu une première avancée. Après la plainte d'Axelle Laissy, la mère d'un enfant né avec une malformation, celle-ci a été entendue début février par les enquêteurs de la police de l’environnement à Marseille.

Aujourd'hui, Louis a 8 ans dans le petit village de Saint-Jean-de-Thurigneux.

"Ça avance un peu"

Sa mère, Axelle, est la première en France à avoir déposé une plainte contre X pour mise en danger de la vie d’autrui. "Je me suis dis que finalement ça avance. Tout doucement mais ça avance un peu". Axelle a fourni de nombreux éléments pour cette enquête. Elle nous précise: "Je ne lâcherai rien, et je continuerai ce combat, jusqu'à connaître la vérité."    

"Il dira : maman s'est battue pour savoir la vérité"

Pour l'instant la mère de famille est la seule à porter ce dossier devant la justice: "Je fais toutes ces démarches pour mon fils, parce que je pense que plus tard, il me demandera 'pourquoi je suis né comme ça'. Actuellement c'est 'tu es né comme ça parce que ça n'a pas poussé dans le ventre de maman'. Quand il sera grand il demandera comment ça se fait. Et puis il saura qu'il y a eu d'autres enfants. Il dira maman s'est battue pour savoir la vérité. Et le plus important pour moi c'est ça."

Axelle, la mère de Louis nés sans la main droite, a été auditionné par la police de l'environnement, une "première étape". ©FTV

"Ce n'est pas dû au hasard"

Axelle est persuadée qu'il y a un lien avec les autres enfants atteints de la même malformation dans le département de l'Ain: "Ce n'est pas dû au hasard s'il y a 7 enfants sur un périmètre de 15 km. Le hasard, il peut y en avoir, mais pour moi, non, c'est bien dû à quelque chose."

"C'est une première étape"

L'enquête est pour l'instant secrète et non contradictoire. C'est seulement après cette première étape que la décision sera prise si une informations judicaire doit être ouverte, ou non.  "Cette audition, c'est un premier pas, c'est une première étape, qui en appelle d'autres, et notamment, c'est mon souhait, l'ouverture d'une information judiciaire et la désignation d'un juge d'instruction" nous explique Me Fabien Rajon, avocat d'Axelle. "Ce juge disposerait de moyens d'investigations. Et nous, partie civile, nous aurions un rôle à jouer. Nous pourrions être tenus informés de l'avancée des investigations. C'est ce qu'on souhaite. Avec mes clients, on a bien conscience d'être des précurseurs. Notre démarche est inédite." L'avocat espère surtout une enquête de terrain avec des investigations, notamment sur les terrains agricoles qui étaient proches du domicile d'Axelle Laissy et sur l'eau potable.

L'agénésie reste très rare

L'affaire dite des "bébés nés sans bras" a été rendue publique en 2018. Le registre des malformations en Rhône-Alpes (Remera) signale 8 cas entre 2009 et 2014 dans un rayon de 17 km dans l'Ain, auquel s'ajouteront par la suite 5 autres cas signalés sur la période 2006-2016.

Mais l'agence Santé Publique France ne reconnait pas pour ce territoire, de façon significative une "anomalie statistique". Cette conclusion a été publiquement contestée par le Remera et sa présidente, Emmanuelle Amar, le tout dans un contexte de vives tensions, l'INSERM et la région Auvergne-Rhône-Alpes ayant annoncé vouloir cesser le financement de cette structure associative.

L'agénésie transverse est une malformation rare: moins de 2 cas pour 10.000 naissances en Europe. Il s'agit d'une anomalie congénitale de type réductionnel, c'est-à-dire qui se caractérise par l'absence totale ou une malformation importante de l'un des avant-bras de l'enfant.

 

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