Affaire Fiona : Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf face aux juges pour un quatrième procès

Mardi 1er décembre, le procès de Cécile Bourgeon et de son ex-compagnon Berkane Makhlouf s’est ouvert à Lyon. Ils sont jugés pour la quatrième fois pour la mort de Fiona à Clermont-Ferrand en 2013. Le procès doit durer trois semaines devant la cour d'assises du Rhône.
 
Mardi 1er décembre, Cécile Bourgeon, la mère de la petite Fiona est arrivée discrètement à la cour d'assises du Rhône.
Mardi 1er décembre, Cécile Bourgeon, la mère de la petite Fiona est arrivée discrètement à la cour d'assises du Rhône. © Maxime JEGAT / MAXPPP
Le quatrième procès de Cécile Bourgeon et de son ex-compagnon Berkane Makhlouf, jugés pour la mort en mai 2013 de la petite Fiona, 5 ans, s'est ouvert mardi 1er décembre à Lyon avec l'espoir de lever enfin les zones d'ombre qui demeurent autour de la disparition de la fillette. Plus de sept ans après les faits, ce nouveau procès en appel, cette fois devant la cour d'assises du Rhône, doit durer jusqu'au 18 décembre. Trois semaines pour tenter de démêler le vrai du faux dans les dires des co-accusés et déterminer la responsabilité de chacun dans les coups mortels portés à la fillette, dont le corps demeure introuvable. Cette première journée est consacrée à l'examen des personnalités des accusés.

Une accusée arrivée discrètement

Cécile Bourgeon comparaît libre pour la première fois. Peu avant 8H30, la jeune femme est entrée par une porte latérale du palais de justice, le visage dissimulé par un masque et des lunettes noires, la tête couverte d'une capuche et une écharpe léopard autour du cou.  "Cécile Bourgeon et tous, on souhaite que ce procès soit le dernier rendez-vous et pouvoir se projeter dans l'avenir", a déclaré à l'AFP avant l'ouverture de l'audience son avocat Me Gilles-Jean Portejoie. Ecroué depuis septembre 2013, l'ex-beau-père de la petite fille, Berkane Makhlouf, reste détenu. Son conseil, Me Jean-Félix Luciani, a fait valoir que son client rejetait "avec force l'accusation principale qui pèse contre lui, à savoir les coups portés qui ont contribué à la mort de cette enfant qu'il aimait beaucoup". Au premier rang des parties civiles, était présent mardi le père de la fillette, Nicolas Chafoulais. Quelques jours avant le procès, ce dernier avait déclaré : « La vérité, je la veux pour mes deux filles et elle la doit aussi à ses deux autres enfants, qui un jour vont se demander qui sont leurs parents. Si ma fille sait tout j’aimerais pouvoir finir par lui dire ce qui s’est réellement passé pour sa soeur. Mais au fond je sais qu’elle ne le dira pas ». Maître Charles Fribourg, avocat de Nicolas Chafoulais, explique : « Elle ne se préoccupe ni de sa fille ni de son fils. Sa préoccupation a été de faire un enfant, délaissant les deux qu’elle a eu. Cela le choque énormément ». Maître Renaud Portejoie, avocat de Cécile Bourgeon, indique : « Elle a essayé de refaire sa vie. Elle vit dans l’attente d’un procès. Elle n’a pas fait de calculs. De l’extérieur c’est vrai je comprends que cela puisse un peu heurter, de refaire un enfant, de se remarier alors qu’il y a cette épée de Damoclès, ce procès à venir avec cette issue judiciaire qui pour l’instant n’est pas claire. Je comprends que ces questions soient posées. Elle vit sans calculs, sans malice. Peut-être est-ce inopportun ? En tous cas c’est son choix ». Ce mardi matin, aucun des deux accusés n’a reconnu avoir porté des coups à Fiona.

"Depuis 7 ans à l'isolement"

"J'ai un coeur au fond de moi", s'est défendu mardi Berkane Makhlouf, au premier jour du procès - le quatrième - où il est jugé pour la mort de la petite Fiona. Interrogé longuement par le président sur sa vie afin de cerner sa personnalité, l'accusé explique d'abord être incarcéré "depuis sept ans à l'isolement, sans croiser aucun détenu. Je suis dégoûté". Il est écroué depuis septembre 2013 et a été condamné à 20 ans de réclusion criminelle en première instance. "Je n'ai pas de visite depuis 2014 et aucun soutien familial", ajoute-t-il avec un débit ralenti par les nombreux médicaments qu'il avoue prendre en prison "pour tenir le coup". Né en 1981 à Lyon, l'ex-beau-père de Fiona et ancien compagnon de Cécile Bourgeon, cheveux noirs coupés court et regard sombre au-dessus de son masque raconte être d'origine algérienne mais n'être jamais allé en Algérie. "Mon pays, c'est la France", répète-t-il à plusieurs reprises. "Mon père est mort quand j'avais quatre ans". "J'ai eu une enfance difficile et subi des violences de la part de mon frère aîné avant qu'il soit placé". La fratrie compte cinq enfants, de pères différents. La mère est femme de ménage. Berkane Makhlouf lui-même est placé parce que cette dernière - "une femme exemplaire", dit-il - n'y arrive plus.
           

La drogue avec Cécile Bourgeon

En échec scolaire, il finit, selon lui, l'école en 4e. A 16 ans. "Mais j'ai perdu la notion du temps en prison". "Je voulais  travailler avec les enfants, se souvient-il, mais je n'ai pas réussi à avoir mon Bafa". Il laisse aussi tomber plus tard des formations de maçon ou couvreur au bout de quelques mois... Dans sa vie, très peu de place pour le travail, sauf des petits boulots au noir. En revanche, beaucoup de violence comme en témoignent des antécédents judiciaires fournis et beaucoup de drogue, cannabis,  héroïne, cocaïne... et du deal. "Avec Cécile (Bourgeon), on se droguait beaucoup et la drogue ça détruit les gens", reconnait Berkane Makhlouf, en ajoutant que "Cécile faisait pousser des champignons hallucinogènes et moi de l'herbe...". Mais le couple de toxicomanes consommait aussi des stupéfiants bien plus durs et en continu.
           

On a eu le coup de foudre l'un pour l'autre

Avant de rencontrer Cécile Bourgeon, Berkane Makhlouf énumère à la demande du président ses précédentes relations amoureuses. "Des relations passionnelles, et ça finit mal le plus souvent !", note-t-il. "J'ai rencontré Cécile à Clermont-Ferrand quand elle venait de se faire violer. On a eu le coup de foudre l'un pour l'autre". A 32 ans, il s'installe rapidement chez elle et assure que "cela lui faisait plaisir de jouer avec les petites (Fiona et sa soeur), de les emmener à l'école". "Cela m'a donné envie de faire un enfant avec Cécile". La jeune femme était enceinte de leur futur enfant quand Fiona est morte. Le petit garçon est depuis placé.
 

 Une mère en larmes devant les caméras           

En mai 2013, la mère et le beau-père de Fiona cachent sa mort en faisant croire à son enlèvement dans un parc de Clermont-Ferrand. Cécile Bourgeon, en larmes face aux caméras, avait alors ému la France entière. Mais confronté à ses contradictions, le couple de toxicomanes finit par avouer le décès de l'enfant à son domicile de Clermont-Ferrand puis reconnait l'avoir enterrée de nuit, à la hâte, dans un bois. Toutes les recherches pour retrouver cette sépulture de fortune sont restées vaines.

Un premier procès

En 2016, en première instance, à Riom (Puy-de-Dôme), Berkane Makhlouf est condamné à 20 ans de réclusion criminelle pour avoir porté des coups mortels à Fiona. Cécile Bourgeon écope pour sa part de 5 ans de prison, notamment pour dénonciation mensongère. Premier des multiples rebondissements judiciaires de ce dossier, le procès en appel au Puy-en-Velay, devant les Assises de Haute-Loire, tourne court en octobre 2017, autour d'accusations de subornation de témoin.

Le suivant se déroule en février 2018. Les deux accusés sont alors condamnés à 20 ans de réclusion criminelle pour coups mortels aggravés sur Fiona. Mais la Cour de cassation casse ce verdict en février 2019 suite à la demande de renvoi du procès formulée par Cécile Bourgeon, après un apéritif polémique partagé par le président de la cour d'assises avec des avocats de la partie civile.L'affaire est alors renvoyée en appel à Lyon et Cécile Bourgeon sort de prison, ayant purgé sa peine prononcée en première instance. Elle a accouché en février de son quatrième enfant, placé par la justice dès sa naissance.

Une violence continue

Mariée, elle vit désormais près de Perpignan. La ligne de défense de Cécile Bourgeon reste la même, a déclaré à la presse un de ses avocats Renaud Portejoie : "Elle reconnaît avoir été une mauvaise mère mais assure ne jamais avoir levé la main sur Fiona". Dans son réquisitoire, en février 2018, l'avocat général avait estimé que l'ancien couple avait agi de concert dans la mort de la fillette, victime d'une "violence continue".
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