Ain : "La vie en suspens" d'Agnès et ses filles, victimes du terrorisme

Ce 11 mars 2021 est, pour la deuxième année consécutive, une journée d'hommage aux victimes du terrorisme. Dans l'Ain, des témoignages ont été lus lors d'une cérémonie. Agnès et ses filles ont été victimes de l'attaque terroriste sur la Promenade des Anglais à Nice. C'était le 14 juillet 2016.

Le 11 mars est une journée d'hommage aux victimes du terrorisme depuis 2005 au niveau européen. Elle est désormais célébrée en France depuis son instauration en novembre 2019.
Le 11 mars est une journée d'hommage aux victimes du terrorisme depuis 2005 au niveau européen. Elle est désormais célébrée en France depuis son instauration en novembre 2019. © Cedric Jacquot/MaxPPP

La vie en suspens. C'est le titre donné par Agnès à son témoignage. Cette habitante de l'Ain a longuement retranscrit ce qu'elle a vécu, et ce qu'elle vit depuis maintenant près de 5 ans. Agnès est une victime du terrorisme. Et son témoignage a été lu en cette journée d'hommage du 11 mars par des lycéens de Bourg-en-Bresse lors d'une cérémonie organisée dans la cour de la préfecture.

"Et la mort est entrée dans nos existences, dans l'horreur et la brutalité"


"Par la volonté d’un individu, ma vie, et celle de mes filles ont été suspendues à 22h30, le 14 juillet 2016, sur la Promenade des Anglais à Nice. Parce que nous étions libres, et que nous avions décidé de profiter des cadeaux de la vie, donc de vivre, un individu a décidé que nous devrions payer le goût de la vie et de la liberté." (...) Agnès raconte qu'un ami très cher a alors perdu la vie sous ses yeux, alors qu'elle et ses deux filles ainsi que deux amies ont échappé de justesse, "miraculeusement" au camion meurtrier. Qu'à partir de cet instant, "nos vies ont alors été mises en suspens, instantanément, et pour de longs mois, des années."

Culpabilités

"Nous avons côtoyé la mort, et on a essayé de nous tuer, pour rien. Mais nous ne sommes pas mortes.
Après quatre heures en enfer, il faut réapprendre à vivre. Se télescopent ensuite la culpabilité d’être en vie, la culpabilité de n’avoir pu sauver notre ami, et la culpabilité de ne pas parvenir à profiter de cette vie qui continue comme un sursis.
"(...)

Dans son témoignage, Agnès détaille ensuite pourquoi il lui est difficile de "jouir de cette chance inouïe" d'avoir été épargnée. "La simple gestion du quotidien devient un fardeau, alourdi par le poids de ces culpabilités". Panser ses propres plaies, et celles de ses enfants. "La vie devient alors une bataille". Contre ces images épouvantables qui la hantent jour et nuit, contre des angoisses incontrôlées qui polluent l’existence, contre ces culpabilités qui rongent... Elle avoue également se battre contre elle-même : pour continuer à aller travailler malgré un cerveau devenu défaillant, pour gérer le quotidien d’une maison et d’une famille. "Et je me demande alors si je vais pouvoir gagner ces multiples combats qui semblent tous insurmontables. Ou s’ils vont avoir raison de moi".

"Le deuil de qui j'étais avant"

Presque cinq ans après, Agnès dit avoir gagné certains de ses combats, parfois depuis peu. "Mais d’autres restent et resteront sans doute". Et puis, il y a la gestion du deuil. Celui de l’ami décédé en premier lieu. "Mais également de certaines amitiés qui ne comprennent pas que le retour à la vie soit si long. Et le deuil d’une certaine manière de vivre. Peut-être aussi celui de qui j’étais AVANT".

Agnès évoque enfin les soutiens "précieux" : famille, amis et professionnels, ainsi que la reconnaissance de l’État comme victime. "Et je sais ce que je leur dois. Ce que nous leur devons mes filles et moi-même. Telle la rampe d’un escalier sans fin sur laquelle on peut s’appuyer pour le gravir, marche après marche".

Aujourd’hui, je sais d’où nous revenons, mes filles et moi. Et chaque éclat de rire, chaque moment de joie et de gaieté, chaque nouvelle « victoire » dans nos vies, personnelles, scolaires et professionnelles ont une saveur très particulière. Quelque chose de précieux, comme la Vie.

Agnès, victime du terrorisme

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L'aide de la Nation, via divers organismes comme l'Onacvg ou l'Avema, une autre victime du terrorisme en a bénéficié dans le département de l'Ain. Il s'agit de Sédik, dont toute la famille a basculé dans l'horreur du terrorisme le 17 août 2017, jour d'attentats en Catalogne.
"Même près de 3 ans et demi après, le souvenir de cet évènement fait ressurgir l’émotion de ce jour funeste jusqu’à rendre impossible la simple narration des faits vécus". Le témoignage est bref, mais révèle des maux comparables à ceux d'Agnès et l'importance de ces soutiens "qui nous aident, non pas à oublier, mais à mieux vivre avec".
 

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