Coronavirus - Déconfinement (Ain) : Stéphanie, coiffeuse à Bourg-Saint-Christophe, se prépare à sauver des têtes

Stéphanie Dubois a fermé son salon de coiffure de Bourg-Saint-Christophe, dans l'Ain le 14 mars dernier, confinement oblige. Après sept semaines à l'arrêt, la jeune femme se prépare à accueillir ses premiers clients pour le 11 mai prochain. Comment s'organise-t-elle? 

A Bourg-Saint-Christophe (Ain), Stéphanie Dubois se prépare à rouvrir son salon de coiffure ... Avec sourire, masque et une énorme dose d'optimisme !
A Bourg-Saint-Christophe (Ain), Stéphanie Dubois se prépare à rouvrir son salon de coiffure ... Avec sourire, masque et une énorme dose d'optimisme ! © Stéphanie Dubois DR

Ce mercredi 6 mai, chez DS Cut, petit salon de coiffure de Bourg-Saint-Christophe, dans l'Ain, le carnet de rendez-vous de la première semaine d'après confinement est déjà complet. Entre sept et dix clients par jour. Et la semaine suivante s'annonce toute aussi remplie. Ce salon de coiffure mixte tenu par Stéphanie Dubois va rouvrir ses portes le 11 mai prochain. Et on se bouscule déjà au portillon. Stéphanie est l'unique coiffeuse de la commune et sa clientèle est impatiente de la retrouver. Cet établissement qu'elle gère en solo depuis 2013 n'a pas rouvert ses portes depuis le 14 mars dernier. Ce soir-là, le Premier ministre Édouard Philippe avait ordonné la fermeture des commerces non essentiels.  
 

Catastrophes capillaires en perspective ... 

Ses clients et clientes, la jeune femme de 31 ans les attend de pied ferme, avec un brin de malice dans la voix: "j'ai hâte de voir les coupes catastrophes, des clientes m'ont déjà prévenue." Et on ne vous parle pas des couleurs "home made" avec des colorations achetées en grandes surfaces. Stéphanie se prépare à sauver bien des têtes. Elle prévoit même de faire des photos "avant/après", "histoire d'en rire pour dédramatiser un peu mais aussi de rappeler que coiffeur, c'est un métier. Il s'agit aussi de valoriser notre savoir-faire parfois mal considéré," explique-t-elle. "Il faudra peut-être du temps pour rattraper une couleur ratée," explique-t-elle mais elle l'assure, "rien n'est impossible". Les clients devront s'armer de patience. Bernadette, habitante de Bourg-Saint-Christophe et cliente fidèle des débuts a déjà pris son rendez-vous. Sitôt vu le message publié par la coiffeuse en ligne annonçant la réouverture, elle n'a pas hésité et appelé tout de suite ... Après sept semaines de confinement, "on n'est pas à son avantage", a-t-elle confié.  Elle figure parmi les clientes de cette première semaine d'après-confinement et ne cache pas son impatience. 
 

Gestes barrières et sécurité sanitaire: Stéphanie ne laissera rien au hasard pour la réouverture

Face à la menace coronavirus, à quelques jours de la reprise, Stéphanie Dubois est très organisée. Elle a déjà publié sur la page Facebook du salon, une série de mesures à respecter rigoureusement. Port du masque, rendez-vous obligatoire et les clients sont priés de venir seul. Et pour les clients en culotte courte, "attention ce n’est pas la sortie de l’année donc mamie Michelle, papi Paulo et les cousins ne rentreront pas !"

La liste de recommandations avant de venir au salon le 11 mai prochain, paraît longue mais Stéphanie est intraitable :"AUCUNE exception n’est tolérée". On ne blague pas avec le coronavirus... Pour Bernadette, cette liste de précautions est loin de l'effrayer, bien au contraire : "On sait qu'on peut se rendre au salon en toute sécurité". Et elle ajoute : "Il faut que chacun y mette du sien"
Outre la désinfection et l'aération régulière de son salon, la professionnelle fournira un masque à usage unique, type masque chirurgical, à chaque client. Exit les masques lavables, Stéphanie préfère prendre le maximum de précautions. En professionnelle prévoyante, elle a pris les devants en se procurant des gants, du gel hydroalcoolique et une centaine de masques chirurgicaux avant la réouverture. En attendant les masques commandés par le biais de la Chambre artisanale et qui devraient être livrés entre le 11 et le 19 mai, elle en a donc acheté en grande surface. Hors de question de travailler sans ces protections. 

Concernant les serviettes de toilette nécessaire à tout coiffeur, elle dispose "d'un énorme stock". Idem pour les peignoirs, "certains sont très moches, mais ils vont bien servir et c'est un peignoir par client," et ensuite direction la machine à laver. Pourquoi n'a-t-elle pas opté pour des protections jetables ? Par souci de respect de l'environnement d'abord, et ensuite parce qu'elle utilise une lessive désinfectante. De son côté, Stéphanie utilisera une blouse par jour, travaillera masquée et "cheveux attachés". Impossible de se tenir à distance mais elle veillera à ne pas parler trop près des clients...
 

Vers une reprise sans consignes officielles 

La jeune coiffeuse l'avoue sans détour : elle a glané ces préconisations sanitaires deci-delà sur des sites internet et lors de sa pratique de secouriste bénévole. Et elle ne cache pas son incompréhension.

"On annonce le déconfinement le 11 mai et nous n'avons toujours aucune consigne officielle pour notre profession alors que nous sommes déjà le 6 mai. Ce n'est pas sérieux," déplore la jeune femme. "On ne sait toujours pas si on pourra prendre deux clients en même temps dans le salon. Par exemple pour faire une coupe sur une personne pendant qu'une couleur pose sur une autre cliente," explique-t-elle.


Et comment vont faire les salons qui emploient plusieurs personnes, s'interroge la chef d'entreprise. 
 

Une activité à forte valeur sociale ajoutée .... 

Si ceux qui ont hâte de retrouver leur dignité capillaire sont sur des charbons ardents, la réouverture du salon de coiffure de Stéphanie est aussi très attendue par les Bourtoirs et Bourtoires qui ont hâte de retrouver du lien social. "Certains sont pressés de retrouver leur coiffeur pour changer de tête mais aussi pour sortir et discuter," constate-t-elle. Un rendez-vous chez le coiffeur, c'est un peu comme un retour à la vie d'avant le coronavirus, c'est aussi une manière de rompre l'isolement.
"Et avec le temps, on connaît nos clients, leurs habitudes, on parle, on les écoute, on entretient des liens privilégiés," explique Stéphanie. "On comprend ainsi que notre profession est importante. On n'en avait pas forcément conscience avant cette crise." Et d'ajouter : "J'ai hâte aussi de retrouver tout ça!" Une profession de service et de "proximité", surtout en zone rurale. C'est d'ailleurs ce qui a conduit la jeune femme à faire ce choix professionnel. Pour Bernadette, sa cliente, ce petit salon de village, c'est surtout un endroit intime, "au calme",  où l'on prend soin de soi, loin des grandes chaînes ou des grandes enseignes des centres urbains. Et avec Stéphanie, "on a l'impression d'être avec une copine". 
 

... et une jeune coiffeuse engagée 

Pendant le confinement, de nombreux clients ont téléphoné à Stéphanie, simplement pour prendre de ses nouvelles. "Beaucoup de clients ont appelé pour prendre rendez-vous et pour savoir si j'allais bien. J'ai trouvé ça trop sympa et très surprenant. Je ne m'y attendais pas," confie-t-elle. Une inquiétude légitime car la jeune femme, qui est également secouriste bénévole depuis l'âge de 15 ans, s'est trouvée en contact avec des malades Covid durant ses missions. 
Avec la crise du coronavirus, elle figurait dans les rangs de la Protection Civile de Leyment. Elle est notamment intervenue à l'hôpital de Saint-Julien-en-Genevois, auprès du personnel soignant et des malades en zone Covid. A-t-elle eu peur de la contamination ? Pas le moins du monde. Au contraire, Stéphanie s'est sentie plus utile que jamais face à la détresse. "Aller à l'hôpital a été la meilleure expérience de ma vie," a-t-elle confié avec enthousiasme. Si elle devait changer de métier, elle se tournerait vers la profession d'infirmière ou d'aide-soignante, dans un service d'urgences. 
 

Un optimisme à tout crin ...

Quid de l'avenir du salon? Comme beaucoup d'indépendants privés d'activité, le coronavirus a plongé Stéphanie Dubois dans les difficultés financières. Mais ce chef d'entreprise est plutôt du genre fourmi que cigale. Avisée, elle avait fait des économies destinées à d'autres projets. "Quand on est un chef d'entreprise et que l'on est à son compte, si on ne prévoit rien, c'est mort," résume-t-elle. Elle a donc puisé dans sa cagnotte. La jeune femme, qui ne se verse plus de salaire depuis la crise, a également fait appel aux pouvoirs publics pour les diverses aides publiques proposées mais elle se refuse à emprunter de l'argent, préférant se priver de salaire pour l'instant. 

Son sentiment au soir de l'annonce de la fermeture des activités non essentielles peut paraître surprenante: "du soulagement".  Mieux valait selon la coiffeuse, cesser toute activité pour freiner la propagation du coronavirus plutôt que travailler petitement en perdant de l'argent et courir ainsi à la catastrophe sanitaire. Stéphanie avait une grande crainte: devenir un potentiel "vecteur" du Covid et transmettre le virus à des proches ou des clients fragiles.
Pour la jeune femme, il s'agit à présent d'aller de l'avant et de repartir sur de bonnes bases... 

 Voir aussi ; l'actualité professionnelle de la Coiffure avec le syndicat UNEC 
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