Damien Abad accusé de viols : le ministre conteste les faits

Publié le Mis à jour le
Écrit par Théo Touchais

Le député de l'Ain et désormais ministre des Solidarités, est accusé de viols par deux femmes. L'élu conteste en bloc toutes les accusations et juge que les faits auraient été impossibles en raison de son handicap.

A peine élu et déjà dans la tourmente. Damien Abad, le nouveau ministre des Solidarités, de l’Autonomie et des personnes handicapées, est accusé de viols par deux femmes, selon des révélations de Mediapart.

Député de la 5e circonscription de l'Ain, il rejette en bloc ces accusations. Dans sa circonscription, où l'élu est de nouveau candidat aux élections législatives, les électeurs accueillent cette polémique avec ambivalence.

"Il ne devrait plus se présenter", considère un électeur d'Oyonnax. "S’il se présente, il devrait le faire en tant que candidat dissident. Là, il sera obligé de financer lui-même sa campagne. De faire face aux électeurs sans étiquette. Ça risque de basculer défavorablement pour lui.".

Réaction plus modérée pour un autre électeur, rencontré ce matin : "Que ça soit lui ou un autre, de quel parti que ce soit, ce n’est pas le premier et c’est pas le dernier. Je trouve ça dommage qu’on étale ça comme ça sans avoir des jugements fermes et définitifs. Là, c’est nous qui avons jugé. Pour moi, il est cuit aux législatives."

Une jeune femme affirme avoir été droguée

Un premier témoignage concerne des faits qui remontent à l’automne 2010. Une jeune femme affirme avoir été droguée puis violée. Le 13 mai dernier, dans une lettre adressée à l'observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique, la plaignante accuse Damien Abad.

"Dans la lettre, elle décrit cette soirée où il a beaucoup insisté pour qu’elle boive une coupe de champagne. Ensuite, elle décrit un black-out et un réveil le lendemain matin dans sa chambre d’hôtel à lui, où elle n’a plus ses vêtements", détaille Fiona Texeire, de l'observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique.

"Aucune impunité"

L’association a transmis ce courrier à "La République en Marche" en début de semaine. Le parti de la majorité affirme ne pas en avoir pris connaissance. La nouvelle Première Ministère Elisabeth Borne assure qu’elle n’était pas au courant.

"Je vais être très claire. Sur tous ces sujets de harcèlement, d’agression sexuelle, il ne peut y avoir aucune impunité. Si la justice est à nouveau saisie, on tirera toutes les conséquences de sa décision."

"J'ai découvert l'article de Mediapart hier, je n'ai pas plus d'éléments que le fait que l'affaire a été classée sans suite. Je peux vous assurer que s'il y a des nouveaux éléments, si la justice est à nouveau saisie, on tirera toutes les conséquences de cette décision", a-t-elle conclu lors de son déplacement hier matin dans le Calvados.

"C'est un grand soulagement"

Un autre témoignage évoque des faits qui se seraient déroulés en janvier 2011. Selon le récit de Margaux G., à l’époque âgée de 22 ans, l'homme politique avec qui elle a eu une liaison l'aurait harcelée par messages à plusieurs reprises et l'aurait contrainte à des pratiques sexuelles non désirées, au cours d'un rapport sexuel consenti au départ. Une plainte contre Damien Abad a été déposée en 2017.

Sa plainte a été classée sans suite, les faits n’étant pas assez caractérisés. Joint aujourd’hui via téléphone par France 3, elle dit "ne pas être étonnée par ce nouveau signalement. C’est un grand soulagement que quelqu’un d’autre se fasse connaître parce qu’on a l’impression de pas être toute seule."

Impossible "d'imposer telle ou telle pratique"

Aujourd’hui, dans un communiqué, Damien Abad rejette les accusations. "Je conteste avoir exercé quelque forme de contrainte que ce soit sur aucune femme. Je conteste tout abuse de pouvoir lié aux fonctions que j’ai occupées."

Le ministre se défend notamment en évoquant son handicap. "Je suis contraint de préciser que, dans ma situation, l’acte sexuel ne peut survenir qu’avec l’assistance et la bienveillance de ma partenaire. Qu’il ne m’est nullement possible d’imposer telle ou telle pratique, tel ou tel geste."

Le Parquet de Paris a confirmé avoir reçu ce signalement le jour de la nomination de Damien Abad. Il dit étudier les faits avant de se prononcer sur l’ouverture ou non d’une enquête.