HOMMAGE. "Au-delà de la nuit, des valeurs intangibles demeurent" : le travail de mémoire perpétué à la maison d'Izieu

44 enfants juifs et 7 adultes ont été arrêtés puis déportés le 6 avril 1944. C’était il y a 79 ans. Ce jeudi, date anniversaire de la rafle, un hommage solennel est rendu aux victimes à la maison d’Izieu. Retour sur cette cérémonie de commémoration.

Le 6 avril 1944, les enfants de la maison d’Izieu s’apprêtaient à prendre le petit-déjeuner. 44 d'entre eux âgés de 4 à 17 ans et 7 adultes sont raflés sur les ordres de Klaus Barbie, responsable de la gestapo à Lyon.

A l’exception de deux adolescents et de Miron Zlatin le directeur de la maison, fusillés en Estonie, le groupe est déporté dans les camps de la mort à Auschwitz-Birkenau.

Rassemblement autour de la stèle 

Ce jeudi 6 avril, la cérémonie s'est tenue devant la stèle de la Bruyère à Brégnier-Cordon. Sur place, le couple Klarsfeld est présent. Serge et Beate Klarsfeld, 87 ans et 84 ans, ont consacré leur vie à traquer les nazis. Le couple a contribué à la tenue du procès de Klaus Barbie, celui qui avait ordonné la rafle des enfants d'Izieu. "Il faut revenir pour toujours être dans cette histoire. Jusqu'au dernier moment tant qu'on pourra, on viendra commémorer", a insisté Serge Klarsfeld avant le début de la cérémonie.

A leurs côtés, Samuel Pintel et Roger Wolman, deux anciens enfants accueillis à la colonie des enfants de l'Hérault, des élus et des habitants d'Izieu. 

Le maire de Brégnier-Cordon a prononcé un discours rappelant l'histoire des enfants de la maison d'Izieu. Des gerbes de fleurs du conseil départemental et de la commune ont été déposées avant qu'une minute de silence solennelle ne soit observée.

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Dépôt de gerbes de fleurs devant la stèle de la Bruyère en hommage aux victimes ©FTV

Début de la cérémonie devant la maison aux volets bleus

La deuxième partie de la cérémonie se déroule devant la maison aux volets bleus devant une centaine de personnes. Toutes se recueillent en silence devant ce haut lieu de mémoire "C'est un lieu de vie de drame, de justice et aujourd'hui de mémoire", a déclaré Thierry Philip, président de la maison d'Izieu avant d'ajouter "notre but, c'est plus jamais ça". "Rappeler cette souffrance c'est aussi rappeler qu'au delà de la nuit, des valeurs intangibles demeurent".

Pierre-André Wiltzer, fils de l’ancien sous-préfet de Belley Pierre-Marcel Wiltzer, a ensuite pris la parole. “Il a consacré 6 ans pour réaliser ce lieu de mémoire. Aujourd’hui, quand nous pensons aux enfants d'Izieu pensons aussi aux milliers d’enfants juifs qui comme eux ont été victimes de la barbarie. Heureusement la maison d'Izieu est là pour porter ce message à l’intention des nouvelles générations”.

C'est avec beaucoup d'émotion que Serge Klarsfeld a ensuite déclaré : "Avec Beate notre objectif était un tribunal. Cet objectif atteint a eu un prolongement collectif. Vive la maison d’Izieu et merci à la valeureuse équipe qui la fait vivre".

Roger Wolman est à peine âgé de 5 ans quand il arrive à la Maison d'Izieu. Trop petit pour aller à l'école, le petit garçon occupe ses journées en dessinant. "Moi je suis un témoin, un acteur de cette époque-là (...). Je ne viens pas chaque année, mais depuis quelque temps, je me sens ... Peut-être parce que là j'avance et que je vais partir. Il faut que je profite encore de ces derniers moments pour dire ce que c'était et comment on s'est occupé d'enfants. Et qu'il y a eu des gens magnifiques. Ceux qui ont survécu, ils se posent des questions. Comment ils ont survécu, pourquoi ils ont survécu ?" 

"Cette maison est bien plus qu'un lieu d'arrestation tragique"

Liane Krochmal 9 ans, Martha Spiegel 10 ans… Les 51 noms des victimes sont lus par les élèves du lycée Ampère de Lyon à 11h30. "En travaillant sur la Maison d'Izieu, on a pu comprendre que cette maison est bien plus qu'un lieu d'arrestation tragique", a souligné une des lycéennes. Une autre ajoute : "venir à Izieu c'est s'ouvrir aux autres, accepter qu'un gamin de 7 ans vous donne la leçon. S'y rendre sensible c'est être mieux humain". "Izieu, c'est un lieu petit mais immense", conclut une autre lycéenne.

En octobre dernier, le groupe de lycéens a visité pour la première fois la maison aux volets bleus avant de travailler sur son histoire tout au long de l'année. "La première fois que je suis venue, j'étais très émue et impressionnée du courage de ces enfants", se souvient Stella Celle, en première année de classe préparatoire. "Quand on visite la Maison d'Izieu, on voit les dessins des enfants et on a l'impression qu'ils sont encore là", ajoute sa camarade Marie Coutens. 

Pour ces lycéens, pas de doute, la Maison d'Izieu laissera des traces. "Je pense en parler autour de moi à ma propre famille qui ne s'y intéresse pas forcément. On répand aussi cette histoire à nos camarades parce que tout le monde ne faisait pas partie du projet. Et après au niveau de mon avenir, j'en parlerai à mes enfants. C'est quelque chose d'important", insiste Stella. 

51 roses ont ensuite été distribuées par les élèves de CM2 de l’école Charles de Foucauld de Lyon. Toutes sont déposées devant la maison d'Izieu, avant une minute de silence. 

Un double anniversaire 

Il y a 80 ans, au printemps 1943, la "Colonie des enfants réfugiés de l’Hérault" est ouverte par Sabine Zlatin, infirmière de la Croix-Rouge, assistante sociale de l'Hérault et Miron Zlatin, ingénieur agronome. Des centaines d’enfants juifs venus de toute l'Europe y sont accueillis pour éviter les persécutions antisémites pendant environ un an.

Depuis 1993, la Maison des enfants d’Izieu est l’un des trois lieux de la mémoire nationale des "victimes des crimes racistes et antisémites de l’occupant nazi commis avec la complicité de l’État français (1940-1944)".

Pour le directeur du musée de la Maison d'Izieu : "c'est un véritable défi de faire vivre cette mémoire. On la fait vivre depuis 80 ans, maintenant il faut aller plus loin. Il faut trouver de nouvelles raisons d'intéresser les jeunes et les moins jeunes (...), il faut leur montrer comment l'Histoire peut leur permettre de comprendre le présent et puis le futur. Au-delà même du "plus jamais ça". Faire aimer la mémoire et le travail de mémoire".