Témoignages. Maison d'Izieu : "les nuits sont longues et pleureuses", les enfants réfugiés évoquent l'absence de leur maman

Hélène, Roger, Diane font partie des enfants qui ont trouvé refuge à Izieu à partir du printemps 1943. Ils en étaient repartis au moment de la rafle du 6 avril 1944. Ils témoignent de ce qu'ils ont vécu lors de cette période de leur vie dans l'Ain. ©France Télévisions
Publié le Écrit par Aude HenrySylvie Cozzolino et Arnaud Jacques

ll y a 80 ans, en 1943, la "Colonie des enfants réfugiés de l’Hérault" s'installe dans l'Ain. Durant près d’une année, plus de 100 enfants juifs de toute l’Europe sont accueillis à la maison d’Izieu pour échapper aux persécutions des Nazis. Ils sont séparés de leurs parents. Témoignages.

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Le 6 avril 1944, 44 enfants juifs et 7 adultes sont arrêtés à Izieu et déportés vers les camps de la mort sur ordre de Klaus Barbie, alors chef de la Gestapo à Lyon. Le jeudi 6 avril 2023, est une journée de commémoration comme chaque année depuis 1946. Un hommage solennel sera rendu aux victimes de la rafle, en présence de Serge et Beate Klarsfeld et d'anciens enfants accueillis à Izieu. Ces derniers témoignent de cette époque de leur vie où ils ont été séparés de leurs parents. Episode 3 de notre série de témoignages : l'absence d'une mère.

Des nuits pleureuses

"Nous étions des enfants qui fuyaient de partout, qui avaient vécu à plein d'endroits", raconte Roger Wolman. Il a 5 ans lorsque sa mère décide de l'envoyer avec son frère aîné chez un oncle à Lyon. Les deux garçons passeront ensuite quelques semaines dans la maison d'Izieu. "Quand on est un petit enfant, on ressent le manque d'affection, le manque de protection d'une maman en particulier. La maman, c'est quelque chose de plus que le père. Notre père, lui, il avait été arrêté, il était à Auschwitz, à Birkenau."

"Mon frère est le tuteur, le père, la mère... C'est lui le responsable de vie, d'éducation", raconte Roger. Le grand frère endosse tous les rôles. Ce qui n'empêche pas le manque. "L'atmosphère est joyeuse dans la journée. Les nuits sont longues et pleureuses."

Toutes les nuits, tous les soirs, ça pleurait beaucoup dans la chambrée où on dormait. Y avait des incontinences.

Roger Wolman

"Y avait des enfants qui disaient je veux voir papa, je veux voir maman. C'était très émouvant. J'ai du faire partie de ces enfants-là car mon frère m'a toujours dit que j'ai beaucoup, beaucoup, beaucoup réclamé ma maman." Roger Wolman confie ne pas avoir de souvenirs de sa maman. "C'est terrifiant, mais c'est comme ça".

"A la merci de tout"

A Izieu, les enfants souffre de l'absence de leur mère. L'arrivée du facteur est chaque matin très attendue. Peut-être une lettre sera-t-elle au courrier ? Du haut de ses 8 ans, Hélène Waysensson vit très mal la séparation maternelle. Malgré la présence de son petit frère, le manque est terrible.

"Je l'ai très mal vécu. J'ai voulu compenser en m'occupant de mon frère, pour être utile on va dire. Ce n'est pas moi qui vivait ma vie, quoi. C'était pas une vie d'enfant. C'était une survie", estime Hélène, 80 ans plus tard.

Depuis son arrivée à Izieu, Hélène puise en elle des ressources infinies pour affronter l'éloignement. "Il se passe beaucoup de choses troubles dans la tête. L'enfant, il est paumé. Et on est à la merci de tout. Heureusement, mon frère m'aidait à rester avec nous quoi."  

"C'est incroyable, le courage de ma maman"

Les enfants ne le savent pas, mais nombreux sont ceux qui, au fil des mois, sont devenus des orphelins. Les rafles et les déportations se sont intensifiées. Diane Fenster est née au Luxembourg. Elle a à peine quelques mois lorsque ses parents décident de partir face à l'avancée des Allemands "qui venaient chercher des Juifs". Direction Montpellier, chez un oncle. Face à la menace nazie, la mère de Diane décide de se séparer de sa fille. Et pour la sauver, elle la confie à Sabine Zlatin qui, avec son mari, encadre la colonie des enfants d'Izieu.

"Je ne peux pas imaginer. Quel courage qu'elle avait !", dit aujourd'hui Diane de sa maman. "Je suis une mère. J'ai quatre enfants et qutre petits enfants et je ne peux pas m'imaginer donner un de mes enfants. Ne pas savoir si on va les revoir, si on va savoir où ils sont. C'est incroyable, le courage de ma maman. Et malheureusement je ne l'ai pas connue."

Diane Fenster est âgée de 3 ans lorsqu'elle passe par Izieu. Elle est alors bien trop jeune pour comprendre. Puis se souvenir. Hélène, Roger et Diane ont séjourné à la colonie d'Izieu entre quelques semaines à plusieurs mois. Seule Hélène a ensuite retrouvé sa mère. La grande maison aux volets bleus a continué d'accueillir des enfants juifs jusqu'au 6 avril 1944. Jusqu'à la rafle.

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