Livre. Florence Aubenas se penche sur le meurtre de la postière de Montréal-la-Cluse (Ain)

Dans "L'inconnu de la poste", Florence Aubenas revient sur l'affaire du meurtrier de la postière de Montréal-la-Cluse, dans l'Ain. Une affaire aux multiples rebondissements. Mais, au-delà du crime, la journaliste raconte également une France rurale "oubliée", dit-elle. Interview. 


Aujourd'hui encore on ne sait toujours pas qui a tué Catherine Bourgault, la postière de Montréal-la-cluse, dans l'Ain. "L'inconnu de la poste", aux éditions de l'olivier.
Aujourd'hui encore on ne sait toujours pas qui a tué Catherine Bourgault, la postière de Montréal-la-cluse, dans l'Ain. "L'inconnu de la poste", aux éditions de l'olivier. © IP3 PRESS/MAXPPP

L'actualité littéraire du moment c’est  la sortie de "L'inconnu de la Poste", un ouvrage de la journaliste Florence Aubenas qui nous ramène à une affaire qui a fait couler beaucoup d’encre dans notre région, l'affaire du meurtre de la postière de Montréal-la Cluse en aout 2008... A l'époque les enquêteurs orientent leurs soupçons vers le comédien Gérald Thomassin...

Que s'est-il passé ce 19 août 2008 à Montréal-la-Cluse dans l'Ain?

Le corps sans vie de Catherine Burgod est découvert dans le bureau de poste où elle travaille. Cette mère de famille a été poignardée de 28 coups de couteau. La caisse a été dérobée. L'arme jamais retrouvée. Parmi les suspects, les soupçons se portent plus précisément sur Gérald Thomassin. Jeune espoir du cinéma français césarisé, il vit dans le village et tout semble le désigner comme meurtrier. Sa vie de marginal, sa toxicomanie, les rumeurs.

En 2013, Gérald Thomassin est interpellé et mis en examen pour vol avec arme et meurtre aggravé. Il est emprisonné, et ne sortira qu'en 2015. Il est alors placé sous bracelet électronique. Jusqu'en 2016, toute l'instruction se concentre sur le jeune acteur. Et pourtant, il n'y a ni témoin, ni élément matériel, mais il y a de l'ADN. Celui retrouvé sur la scène de crime matche, mais avec un autre homme, un marginal. À Lyon, une confrontation entre les 3 suspects doit avoir lieu dans le bureau du juge, le 29 août. Gérald Thomassin ne s'y rendra pas. Depuis cette date, il ne donne plus aucun signe de vie. En juin 2020, soit un an après sa disparition, la justice conclut en ce qui le concerne, à un non-lieu pour assassinat. 

Une affaire aux multiples rebondissements que Florence Aubenas explore dans son livre. Mais au-delà du crime, la journaliste raconte également une France rurale «oubliée».

Fred Llop : jusqu’à l'été 2020 où Gérald Thomassin a finalement été blanchi par la justice. Il a été depuis le début désigné comme le coupable idéal. 

Florence Aubenas : C'est vrai que Gérald Thomassin est installé dans ce village depuis un an, quand le meurtre a lieu exactement en face de chez lui. Et c'est vrai que c'est un acteur. C'est aussi un marginal et sa manière de se comporter dans le village attire les premiers soupçons. Et c'est là-dessus qu'il se fait d'abord mettre en examen, puis incarcéré.

Fred llop : dans votre livre, vous ne réécrivez pas l'enquête, mais vous la faites revivre à travers des témoignages dans la commune. Vous avez essayé de mettre ce fait divers en perspective à travers le regard des gens qui ont vécu ce drame. 

Florence Aubenas : oui, c'est vrai, et une famille m'a particulièrement touchée, la famille de Catherine Burgod. Son père, ses enfants qui, depuis 10 ans, attendaient la résolution de cette enquête, ils se sont accrochés et ont voulu de toute leur force, essayer de trouver qui avait pu tuer Catherine dans ce bureau de poste. Et c'est vrai qu’ils se sont obstinés, ils ont été extrêmement courageux.

Fred Llop : pour en revenir à la culpabilité supposée de Gérald Thomassin au moment des faits, vous n'y croyez vraiment pas, on le voit dans votre dans votre livre, puisque pour vous, aucun élément ne vient prouver sa culpabilité. 

Florence Aubenas : Je ne suis ni enquêteur, ni magistrat, ni juré, donc je ne me prononcerai pas sur la culpabilité ou pas, de Gérald Thomassin. Mais ce qui est sûr, c'est que dans le dossier judiciaire, aucun élément matériel ne le met en cause. Il n’y a pas d'aveux circonstanciés, pas d'ADN, pas de témoin. Et c'est vrai qu’à l'heure où nous parlons, rien ne le met en cause, et d'ailleurs la justice l'a mis hors de cause, il a obtenu un non-lieu depuis presque un an.

Fred llop : vous avez cherché à rencontrer le père de la victime, pour obtenir son témoignage. Vous êtes dans cet état d'esprit. Est-ce que ça a été facile de l'aborder ? 

Florence Aubenas : Je pense que la famille était un petit peu sur ses gardes, c'est à dire que vous avez quelqu'un comme moi qui débarque de Paris, qui vient raconter leur vie, leur expliquer comment les choses sont faites etc…. ça peut être assez agaçant. Je comprends la prudence dont ils ont fait preuve au départ.

Fred Llop : et finalement ça s'est bien passé ?

Florence Aubenas : Finalement, ça s'est bien passé et c'est vrai qu'avec monsieur Burgod une relation s'est installée. C'est quelqu'un auquel je suis maintenant attachée. C’est un homme courageux. 

Fred Llop : vous avez passé beaucoup de temps à écrire ce livre, notamment à Montréal-la-cluse et à travers vos écrits, on sent bien que vous vous êtes quand même attachée à cette commune et à sa population. 

Florence Aubenas : ça a été une découverte. Moi, je suis urbaine et je ne pensais pas m'attacher à une commune avec des sapins, un lac, des montagnes et au début d'ailleurs, c'était quelque chose de compliqué pour moi? Est-ce que je vais savoir raconter ce pays-là, c'est cette région-là. Et c'est vrai que, au bout d'un moment, je me suis retrouvée à aller y passer mes vacances. C'est une région merveilleuse et sur laquelle on a finalement assez peu de visibilité, c'est la Plastics Vallée. Moi, j'ignorais tout à fait le destin industriel de ce secteur, et j'ai trouvé ça passionnant. 

Aujourd'hui encore, on ne sait toujours pas vraiment qui a tué Catherine Burgod, la postière de Montréal-la-Cluse. "L'inconnu de la poste", aux éditions de l'Olivier. 

durée de la vidéo: 06 min 38
Ain. Interview Florence Aubenas sur l'affaire de Montréal-la-Cluse

 

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