Mémorial d'Izieu : pour la première fois depuis 1944, des dessins d'enfants sont de retour au musée

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Pour la première fois depuis 1944, des lettres et dessins originaux vont revenir au musée-mémorial des enfants d'Izieu (Ain), pour y être présentés au public à l'occasion d'une exposition.

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Ces fragiles documents - des lettres et dessins d'enfants - ont été extraits avec d'infinies précautions de la réserve de la bibliothèque nationale de France dépositaire du fonds Sabine Zlatin, du nom de l'ancienne directrice de la colonie qui avait récupéré ces documents après la tragique rafle de 44 enfants juifs et de leurs six éducateurs en 1944 sur ordre de la Gestapo de Lyon.

Ce retour des dessins dans leur lieu d'origine nous donne l'occasion de rendre la mémoire des enfants forte et palpable. C'est un acte important à une époque où certains voudraient remettre en doute les pages sombres de notre passé

défend Dominique Vidaud, directeur du musée-mémorial d'Izieu.

Les vingt-deux documents sélectionnés ont été réalisés par les enfants d'Izieu. Cinq documents du même type proviennent aussi des archives de Serge Klarsfeld, l'avocat qui a reconstitué le parcours et l'identité des enfants déportés à Drancy puis exterminés à Auschwitz.

Séparés de leurs familles qui fuyaient les persécutions nazies, une centaine d'enfants juifs sont passés entre 1943 et 1944 dans la maison située dans les montagnes du Bugey. Agés de 3 à 17 ans, ils avaient bénéficié d'une parenthèse d'insouciance, avec jeux, activités, et même une classe, grâce à l'aide bienveillante du sous-préfet local.

Leurs dessins montrent toute l'innocence des enfants, leur formidable créativité, et la présence des éducateurs à leurs côtés

détaille Dominique Vidaud.

Absente le jour de la rafle, parce qu'elle recherchait un autre refuge dans le sud de la France, Sabine Zlatin a pu récupérer dessins, lettres et photos qui avaient été abandonnés dans la maison vide.

Ces documents avaient constitué une partie des preuves judiciaires du crime contre l'humanité imputé à l'ancien chef de la gestapo de Lyon, Klaus Barbie, au moment de son procès en 1987.

Après ce procès historique, le projet de mémorial a incité Sabine Zlatin à confier ces précieux documents en 1993 à la bibliothèque nationale de France, qui les a soigneusement restaurés et numérisés.

"Lorsque Sabine Zlatin nous a confié ces précieux documents, elle nous a assigné une mission mémorielle. La mémoire est vivante. Il ne s'agit pas seulement de cultiver le souvenir, il nous faut donner à voir les documents historiques", explique Laurence Engel, présidente de la Bibliothèque Nationale de France.

L'exposition temporaire sera inaugurée le 6 avril, jour de commémoration de la rafle