Pénurie d'acétate : comment s'en sort-on à Oyonnax, fief des lunetiers ?

Publié le Mis à jour le
Écrit par D.Mazzola (avec F.Grassaud et M.Zammit)

Dans la plastic Vallée, on a du mal à y voir clair sur l'approvisionnement en acétate. Ce composant indispensable à la fabrication des montures de lunettes est difficile à trouver depuis la crise sanitaire. Pourtant, une entreprise a décidé de reprendre la production.

Pénurie d'acétate : comment s'en sort-on à Oyonnax, bastion des lunetiers ? Toutes les industries souffrent d'un manque de matières premières depuis la crise sanitaire. Les fabricants de lunettes n'échappent pas à la tendance. 

Pénurie d'acétate

Les lunettes en acétate demandent un savoir-faire manuel, du découpage à la finition. Les leaders sur ce marché sont les Français et les Italiens. Cette matière est l'un des composants des montures et branches. L'acétate de cellulose est même un basique de la lunetterie. Utilisée à Oyonnax depuis le 19e siècle, c'est une matière historique. Douce au toucher, c'est aussi une matière réputée pour sa solidité et sa flexibilité. Elle ne provoque pas d'allergies. En outre, elle n’a pas besoin d’être vernie. 

Elle est très prisée par les professionnels du "fait main" et notamment de la lunette. Cette matière est utilisée pour réaliser montures et branches. Mais elle se fait rare sur le marché. La pénurie ralentit l’activité. "Quand on lance la production d'un modèle, lorsqu'il manque deux couleurs sur quatre, on ne peut pas livrer. Lorsqu'un opticien commande une couleur, il n'en veut pas une autre. Il faut s'adapter, il faut se débrouiller", explique Fabrice Poncet, lunetier à Oyonnax.

A Oyonnax, certaines entreprises ont bien du mal à être livrées. Une commande d’acétate en Chine peut prendre 8 semaines pour être acheminée dans le pays de Gex, en raison notamment de la saturation des transports internationaux. Conséquence : l'activité de certains fabricants de lunettes s'en trouve sévèrement pénalisée. Autre conséquence de cette pénurie : sur le marché mondial de l'acétate, les prix ne cessent de grimper, 3% en 2021 et 10% en 2022.

Alors pour voir venir, Fabrice Poncet fait des réserves, dès qu'il le peut. Il s'est même constitué un véritable petit stock de guerre. "On doit avoir entre 40 et 42 tonnes," explique le lunetier. 

Acétate de cellulose : une alternative locale

Mais le professionnel a aussi une nouvelle source d’approvisionnement. Elle est locale : une entreprise de la Plastics Vallée a repris la production d'acétate.  A quelques kilomètres du fabricant de lunettes, toujours sur le territoire d'Oyonnax, la dernière usine d’acétate de cellulose en France, l’une des rares en Europe, a vu le jour. 

"Autrefois, l'acétate était fabriqué avec du coton, maintenant du bois. On va récupérer cette pulpe de bois, on va la mélanger avec du plastifiant. Ce dernier peut être d'origine naturelle - huile de lin, huile de ricin - ou d'origine pétrole", détaille Alexis Convert, Directeur général de l'entreprise "Décoracet". 

Le métier de l'acétate a failli disparaître en France

Alexis Convert

Directeur général "Décoracet"

Selon le chef d'entreprise, si la production d'acétate a été abandonnée en France, après-guerre, c'est notamment à cause de l'arrivée des matières pétrolifères. Ces dernières avaient des propriétés plus intéressantes en matière de plasticité, plus adaptées aux procédés de transformation tels que l'injection, le thermoformage ou encore le thermo-moulage. L'argument prix a également joué pour détrôner l'acétate de cellulose en France.

Pénurie d'acétate, tensions sur le marché de la lunette... des facteurs qui sont autant de nouvelles opportunités pour cette petite entreprise de moins de dix salariés. Alexis Convert est sans cesse approché par de nouveaux clients. Et l'avenir s'annonce plutôt radieux pour la PME : "ça va nous être favorable pendant encore un moment. Aujourd'hui, si quelqu'un décide de se remettre à fabriquer de l'acétate de cellulose, ce sont des process industriels assez lourds. C'est un métier qui nécessite beaucoup de savoirs très précis". Créer une entreprise dans cette filière ne se fait pas d'un claquement de doigts, explique le responsable. "C'est un investissement assez lourd," précise-t-il. Un bémol : des tensions sur le marché de la cellulose, plus cher et plus rare. 

Pour l'heure le petit producteur d'acétate aindinois n'est pas prêt de concurrencer la Chine. Mais des travaux à l'arrière de l'usine laissent penser qu'un virage est négocié.