PORTRAIT. Sylvette, éleveuse d'alpagas et de lamas : "leur mauvais caractère" est un cliché

Au Domaine du Chevalier, Sylvette Chemarin élève des lamas et des alpagas depuis une dizaine d'années. L'équipe de VOST a rencontré cette amoureuse des animaux à Saint-Trivier-sur-Moignans, dans la Dombes. La mauvaise image du lama est largement usurpée.

Autour de sa maison, lamas et alpagas gambadent et déambulent en toute liberté. Mazette, mojito, looping ... Sylvette reconnait tous ses camélidés d'un seul coup d'oeil. Ces boules de poil aux allures de "nounours"  et leurs cousins au port altiers marchent silencieusement. Ces animaux sauvages, venus des hauts plateaux andins, sont discrets. 

Amour et frustration

D'instinct grégaire, plutôt farouches, il est difficile de les approcher. Elever un lama ou un alpaga, c'est toujours un peu "frustrant". "Ils ne sont pas affectueux comme les autres animaux. Ils sont gentils, curieux mais ce sont des animaux de groupe, qui fuient dès qu'ils ont peur, dès qu'on veut les attraper. Ça reste sauvage, ou plutôt semi-sauvage. Il faut vraiment s'en occuper tous les jours pour avoir de bonnes relations avec eux". "Ce sont des animaux qui calment". Leur beauté "suffit" au bonheur de Sylvette.

On dit toujours ça crache. Ça crache, mais pas sur les gens qui les regardent. C'est surtout dans Tintin. Les gens sont restés sur cette image.

Sylvette Chemarin

éleveuse de lamas et d'alpagas

Malgré l'allure de grosse peluche de l'alpaga, Sylvette en pince davantage pour le lama, "plus proche de l'Homme". Une question de caractère. 

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Un élevage de lamas et d'alpagas dans l'Ain ©France tv

Pour ceux qui ne feraient pas la différence : "le lama est plus grand, le cou est plus long, les oreilles sont en banane. L'alpaga est plus rond, il ressemble davantage à un nounours", explique Sylvette. Et autre différence de taille, elle concerne la toison de ces camélidés : "on peut brosser les lamas. Mais les alpagas, il ne faut pas brosser leur laine. Il ne faut pas y toucher. Ça abîme la laine. Les alpagas se nettoient seuls." Autre qualité de ces animaux rustiques : ils entretiennent les terrains, les débroussaillent sans les endommager. Et la mauvaise réputation du lama ? Largement usurpée selon l'éleveuse.

Au Domaine du Chevalier, l'éleveuse dresse ses camélidés lorsqu'ils ont quelques mois pour pouvoir les attraper afin de les vacciner, les soigner ou encore les tondre une fois par an. Tout simplement les vendre. L'exercice paraît simple à première vue : leur mettre un licol et les faire marcher à la longe.  "Les premières fois, c'est un peu hard. Je tire de toute mes forces et ils résistent de tout leur poids", explique-t-elle en tenant le tout jeune Looping qui se laisse faire en poussant de petits gémissements de mécontentement. Le jeune mâle est vendu et doit rejoindre deux autres congénères chez une particulière. L'éleveuse est à cheval sur les conditions d'accueil de ses petits protégés. Elle ne les confie pas au premier venu. 

Arche de Noé

Lorsqu'on lui demande ce qu'elle fait de ses lamas, Sylvette répond avec un brin de malice et un grand sourire : "je les mange !". Belle tentative de plaisanterie, mais impossible d'y croire une seule seconde. Car la ferme de Sylvette a des allures d'Arche de Noé. Des chevaux qui coulent des jours paisibles, des chats, des chiens, des perroquets, un mouton, une chèvre, des poules. Quand on le lui fait remarquer, elle répond amusée : "l'arche de Noé, vous trouvez ?". Blague à part. Sylvette fait de l'élevage "pour le plaisir". Ses camélidés sont destinés à être vendus à des particuliers ou à d'autres éleveurs. Sylvette fait également tisser de la laine de luxe et vend les pelotes. 

J'adore les animaux, tout me fait craquer chez les animaux. N'importe quel animal me fait craquer. C'est ce qui me fait vivre. Je pense que je vais finir ma vie avec les animaux. C'est une passion, ça ne se discute pas.

Sylvette Chemarin

Eleveuse de lamas et alpagas

"Mon adresse était connue, on abandonnait beaucoup d' animaux devant ma porte. Je récupère un peu tout ce qui est malheureux !". On ose : "vous êtes un peu la Brigitte Bardot aindinoise". Sylvette ne se démonte pas : "c'est comme ça qu'on m'appelait, la Brigitte Bardot de l'Ain, avec moins de charisme surement". Pas certain.