"Quand on est au sommet, c’est le Graal", Jonathan est un pompier sur le "toit du monde"

A seulement 25 ans, Jonathan Lamy a déjà gravi trois sommets de plus de 8000 mètres. Ce passionné de montagne, sapeur-pompier volontaire et moniteur de ski dans la vie se prépare à fouler une nouvelle fois les neiges éternelles du mont Everest, surnommé le "toit du monde".

Une seule ascension ne lui aura pas suffi. Après avoir mis les pieds sur le plus haut sommet de la planète au printemps dernier, Jonathan Lamy s'apprête à escalader pour la seconde fois le mont Everest, culminant à plus de 8800 mètres d'altitude sur les chaînes de montagnes de l'Himalaya. "J'ai envie de revivre mon rêve", confie celui qui a déjà gravi au lendemain de l'Everest le Lhotse, quatrième plus haut sommet du monde, puis trois mois plus tard le Manaslu, s'élevant lui aussi à plus de 8000 mètres.

Rêves d'Everest

Le jeune homme d'à peine vingt-cinq ans a le goût de l'aventure et des sommets enneigés. Fier habitant de Thoiry, une petite commune de l'Ain située de l'autre côté de la frontière Suisse, il est né dans les bras des montagnes jurassiennes. Dès son enfance, il sillonne les pistes de ski des stations environnantes, s'équipe de crampons et de piolets, escalade la pierre comme la glace. "Quand on se met à skier on peut monter jusqu'à 3000 mètres, on voit du beau paysage, puis on s'intéresse aux montagnes en France, en Suisse, dans les Alpes en général, dans le monde... Et puis on s'intéresse un peu trop à l'Everest parce qu'on sait que c'est le plus haut" explique, amusé, Jonathan Lamy. 

"On passe beaucoup de temps isolés, on n'a pas d'électricité, pas d'eau courante"

Pour se préparer à une telle ascension, aussi éprouvante physiquement que psychologiquement, Jonathan Lamy a redoublé d'efforts passant des heures à s'exercer à la salle de sport, à faire du trail en montagne et des randonnées à dos de ski. Sur le long terme, son engagement en tant que sapeur-pompier volontaire à la caserne de Thoiry l'a beaucoup aidé à mener sa course de fond : "Je suis un petit alpiniste et un petit pompier du SDIS de l'Ain", glisse-t-il dans un sourire, "Grâce aux pompiers j’ai acquis beaucoup de compétences qui sont très utiles en montagne, j'ai gagné en lucidité, en confiance, je me suis renforcé mentalement... Il faut être assez rustique pour la montagne."

En effet, l'expédition ne ménage pas les alpinistes qui osent emprunter les chemins sinueux de l'Himalaya. Le grand départ a lieu au Népal. Organisé par des agences de voyage spécialisées, l'itinéraire est pensé sur deux mois dont soixante jours en montagne traversés dans des conditions difficiles : "On passe beaucoup de temps isolés, on n'a pas d'électricité, pas d'eau courante... On mène une vie assez dure", témoigne le jeune homme qui a perdu cinq kilos à l'issue du périple.

Quand on est au sommet c'est le Graal mais on n'est qu'à la moitié du chemin donc il faut forcément penser au retour.

Jonathan Lamy, sapeur-pompier volontaire et alpiniste

"On espère se réveiller le lendemain"

Pendant deux mois, Jonathan Lamy s'est exposé à des conditions de vie quotidiennes difficiles mais aussi à des risques. Avalanche, météo capricieuse, grand froid... Les lois de la montagne ne font pas cas de la fragilité du corps et de l'esprit humains. "On a des moments comme au camp 4 à 8000 mètres où on a un vent écrasant qui foudroie la tente, on est dans des situations un peu compliquées, on espère se réveiller le lendemain", confie-t-il. 

"Le risque zéro n'existe pas" même pour les plus aguerris, fins connaisseurs de l'accidentologie comme Jonathan Lamy. Habitué à partir en intervention d'urgence en tant que pompier, celui qui s'auto-proclame "roi de la prévention" s'est préparé au pire avant de gravir l'Everest, même à "croiser des corps". Chaque année, plusieurs sont emportés dans les entrailles de cette région périlleuse, comme ceux retrouvés le 8 novembre de trois jeunes alpinistes français pourtant formés à l'alpinisme de haut niveau. 

"Les guides népalais gravissent jusqu'à 10 à 20 fois l'Everest" 

Parmi ceux qui sont le plus exposés au danger : les guides népalais. Ces sherpas, boussoles des alpinistes par tout temps, "gravissent entre dix et vingt fois l'Everest" soutient Jonathan Lamy : "Ils n'ont pourtant aucune reconnaissance. C'est leur travail, certes, mais ils n'ont pas plus de reconnaissance que moi alors que je ne l'ai gravi qu'une seule fois."

50 000 euros de budget

Tutoyer les cieux du haut de l'Himalaya a un prix. Les expéditions dans cette région du monde coûtent très cher, raison pour laquelle le jeune sapeur-pompier a mené tout un travail de recherche de fonds : "On n'est pas tous riches. Moi je ne suis pas riche. Pourtant j'ai réussi à financer ces expéditions qui coûtent en moyenne 50 000 euros pour l'Everest quand on a besoin de tout le matériel, le permis pour l'avion et la logistique générale", détaille-t-il. "J'ai donc organisé des soirées, créé des cagnottes, cherché des sponsors et c'est comme ça que j'ai réussi à obtenir même plus que prévu." Avec les bénéfices qu'il a réalisés, Jonathan Lamy a choisi de faire un don de 5500 euros à l'Œuvre des Pupilles, une association destinée à soutenir les orphelins des Sapeurs-Pompiers. 

Pour suivre sa deuxième ascension en direct au printemps 2022, retrouvez Jonathan Lamy sur ses pages Facebook et Instagram dédiées. 

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