Allier : pourquoi un élevage de chiens est visé par des défenseurs de la cause animale

A Gannat dans l'Allier, la société MBR Farms élève des chiens destinés à l'expérimentation. Une activité que dénoncent les défenseurs de la cause animale.

Un élevage de chiens de Gannat (Allier), géré par la société MBR (Marshall Bio Ressources) Farms, est régulièrement pointé du doigt par les défenseus de la cause animale. Parmi eux, le collectif Animal1st qui appelait à manifester ce vendredi 3 septembre. La firme fait l’objet de plusieurs rassemblements de protestation au Royaume-Uni : « C’est une réponse à un appel à l’action international qu’ont lancé les activiste britanniques qui sont, eux, devant 2 sites de Marshall Bio Ressources en Angleterre depuis début juillet. Eux sont dans un contexte particulier, un rapport américain qui pointe une vingtaine de violations sur le traitement des animaux par MBR et le Brexit, qui fait que l’Angleterre sort des accords européens sur le traitement des animaux. On veut internationaliser le mouvement et cibler cette multinationale qui est l’une de celles qui vend le plus de chiens à travers le monde », affirme Vincent Aubry, porte-parole et fondateur du collectif Animal1st.

Une demande d'extension

A Gannat, c’est une demande d’extension de 3 600 m² qui a mis le feu aux poudres pour Vincent Aubry : « Ils ne sont pas du tout dans une perspective d’arrêter leur activité. Ça fait même 2 ans qu’ils cherchent à moderniser et agrandir. On demande l’arrêt de leur activité et la libération immédiate de toutes les chiennes reproductrices et de tous les chiots, qu’ils les donnent à des associations. » Contactée, la société Marshall Bio Ressources répond dans un communiqué: « La demande de permis de construire qui a été déposée et acceptée par les autorités n’a aucunement pour objectif d’agrandir la capacité du site mais uniquement de le réorganiser afin de continuer à améliorer le bien-être animal, l’impact environnemental et les conditions de travail. » 

Un recours en justice déposé

L’association de défense des animaux One Voice a déposé un recours en justice contre cette extension : « C’est par rapport à l’environnement. Nous avons déjà gagné sur ce critère-là dans un autre élevage de Marshall, les rejets posaient souci », indique Muriel Arnal, présidente de One Voice. Cette association a déjà, par le passé, mené des actions contre cet élevage ainsi que d’autres élevages de la firme : « Nous avions réussi à leur faire échec il y a plus de 20 ans lorsqu’ils souhaitaient s’installer à Montbeugny. Au niveau de l’Europe, il y a des engagements qui visent à diminuer le nombre d’animaux expérimentés. Or, avec ces élevages, on voit qu’on prend le chemin inverse, c’est cela qui nous préoccupe. Nous avions sauvé en 1999 quatre chiennes de Gannat pour montrer que ce sont des chiens comme les autres », déclare Muriel Arnal.

"Ils ne voient jamais le soleil, jamais un brin d’herbe"

Elle soutient cette  manifestation, qui vise également selon elle à « rappeler aux gens que dans leur région, il y a des chiens, les employés ont interdiction de les caresser et ils sont voués à être expérimentés. Ca nous paraît important de rappeler ça, de rappeler cette souffrance et ce commerce aussi, car tout ça est très lucratif ». Pour Muriel Arnal, en termes de bien-être animal, le compte n’y est pas : « Ce sont de très grands élevages. Même les élevages de chiens pour la compagnie, ne sont pas aussi importants alors qu’ils ont parfois 300 reproducteurs. C’est industriel, il y a des normes d’hygiène donc ce sont des chiens qui vivent dans des courettes sur du béton. Ils ne voient jamais le soleil, jamais un brin d’herbe. Les femelles mettent bas de jour comme de nuit, souvent sans surveillance ».

"Toutes les interactions entre l'homme et l'animal sont favorisées"

MBR conteste ce point : « Nos animaux ont un accès permanent à l'extérieur, ainsi qu'à la nourriture, et le personnel ne fait l'objet d'aucune interdiction de les caresser. Bien au contraire toutes les interactions entre l'homme et l'animal sont favorisées au travers d'un programme de socialisation […] Nos installations sont inspectées tous les ans au minimum par les autorités vétérinaires qui veillent aux normes d’hébergement et au respect du bien-être animal ». MBR Farms n’a, en revanche, pas communiqué le nombre d’animaux élevés à Gannat mais il y aurait quelques 250 mères reproductrices selon Animal1st.

A partir d’un certain âge, les chiens sont acheminés vers les laboratoires : « Nous ne réalisons pas d’études nous-mêmes mais nous fournissons des chiens à des établissements de recherche pré-cliniques de façon à ce que des candidats médicaments humains puissent être testés en toute sécurité avant d’être utilisés sur des volontaires sains et malades dans le cadre d’essais cliniques, comme la loi l’exige. Nous fournissons également des établissements de recherche vétérinaire qui développent des médicaments destinés à l’espèce canine », écrit MBR Farms dans son communiqué.

"On va leur faire mal toute leur vie"

La présidente de One Voice Muriel Arnal pointe du doigt ces essais cliniques : « Les chiens, ce sont des Beagles, parce que ce sont des chiens très doux et ils se laissent martyriser sans se défendre. Ils n’ont pas d’agressivité, ils ne vont pas se rebiffer quand on leur fait mal, or, on va leur faire mal toute leur vie. Il y a des expérimentations de toxicologie, on va leur donner un produit et voir s’ils vomissent, s’ils meurent, combien meurent… A la fin de l’expérience ils sont tués et leurs organes sont analysés. » Selon le porte-parole d’Animal1st Vincent Aubry, ces chiens seraient même génétiquement prévus pour les essais cliniques : « Le Beagle Marshall est une marque déposée par ce groupe. Ils sont sélectionnés génétiquement pour en faire des animaux dociles et préparés pour recevoir toutes les manipulations et les tests en laboratoire ».

"Notre activité est légale et vitale"

Une inquiétude comprise mais contestée par la société : « MBR Farms comprend tout à fait l’intérêt public permanent suscité par ses activités professionnelles. La mission quotidienne du personnel qui s’occupe des animaux chez MBR est d’élever des beagles en bonne santé et dans un environnement adapté à leurs besoins en plaçant constamment au cœur de nos élevages le bien-être animal. Notre activité est légale et vitale, et nous sommes très fiers de contribuer au progrès de la médecine et au développement de médicaments qui sauvent chaque année des millions de vies humaines et animales. »

Remplacer l'expérimentation animale par d'autres techniques

Le fondateur d’Animal1st Vincent Aubry précise que, selon lui, l’expérimentation animale n’est ni « utile » ni « nécessaire » car « tout existe déjà » pour éviter d’expérimenter sur des animaux. Pour la présidente de One Voice Muriel Arnal aussi, des solutions préférables existent : « L’année dernière, j’ai rencontré une startup qui fait des organes surplus c’est-à-dire qui prend les cellules humaines et qui peut tester la réaction des cellules de chaque organe, c’est beaucoup plus efficace. Il y a possibilité de remplacer par des nouvelles technologies. Il y a de vieux dinosaures qui ne veulent rien changer et donc on en est encore à utiliser des chiens ». Grâce à cette manifestation, Animal1st espère « mettre la pression » sur le groupe et « gêner au maximum » le fonctionnement de l’élevage.

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