TEMOIGNAGE. Guéri du coronavirus, un prêtre de l'Allier salue le travail des soignants

Jean-Pierre Millet, curé à Montluçon, dans l’Allier a été hospitalisé après avoir contracté le coronavirus COVID 19. En convalescence, il exprime sa grande reconnaissance pour le personnel soignant. Aujourd’hui il se repose tout en se préparant pour Pâques.
 
A Montluçon dans l'Allier, Jean-Pierre Millet se remet du coronavirus COVID 19 qu'il a contracté. C’est un prêtre encore en convalescence qui nous répond au téléphone. De grands sourires chaleureux plein la voix. « Je n’ai toujours aucun contact avec qui que soit par sécurité car mon médecin ne sait pas combien de temps on reste contagieux avec le COVID 19 » raconte le père Jean-Pierre Millet, curé des paroisses de la Trinité et Sainte-Marie à Montluçon. « Je tousse encore un peu, je risque de rester confiné quelque temps. »

A l'hôpital pendant une semaine

Le père Millet a été hospitalisé une semaine. Au départ une simple fièvre détectée le 17 mars qui le maintient chez lui. « Je me sentais fébrile mais pour moi, cela n’avait aucun lien avec le coronavirus. C’est une période où je ne bougeais pas de Montluçon. Un petit déni intérieur…» confesse doucement le prêtre de 67 ans. Le curé n’a pas de souci respiratoire mais la fièvre s’accentue, il est envoyé aux urgences. Les examens confirmeront qu’il est bien atteint du COVID 19. Le prêtre garde un souvenir « émerveillé » du dévouement des infirmières à son égard. La peur de contaminer le personnel soignant fut l’épreuve la plus difficile à vivre pour cet homme de Dieu. « Elles venaient avec leur joie, leur dynamisme, cela faisait du bien de sentir cette vie autour de moi car avec cette maladie, on est complètement épuisé. »

Des prières pour les soignants et les malades

A l’hôpital, Jean-Pierre Millet prie. Pour les autres malades, souvent. Pour les soignants, beaucoup. « J’ai dit et redit : par pitié, Seigneur, fais que je ne leur redonne pas ma « peste » ! »  Une telle reconnaissance pour les infirmières qu’il s’en oublie presque : « Je n’ai pas prié pour ma guérison, je n’aime pas faire pression sur Dieu ! » lance-t-il avec un brin d’humour. « Je me suis remis entre ses mains et je lui ai dit : Si je dois te rencontrer bientôt, eh bien, accueille-moi. » Quand on ose lui poser la question délicate de la mort, il répond : « Pour être honnête, au tout début de la maladie, j’ai refait mon testament que j’avais perdu et je l’ai laissé en évidence chez moi. Ca doit bien vouloir dire quelque chose ! » A l’autre bout du fil, il se met à rire, lucide sur lui-même. Sorti de l’hôpital depuis le 2 avril, le père Millet se repose dans son presbytère. « Je dooors ! » dit-il en éclatant de rire à nouveau. « Je dooors ! » répète-t-il un ton amusé, citant l’humoriste Fernand Reynaud dans l’un de ses sketchs. Et il prie.

On n’est pas ordonné prêtre pour être seul

Dimanche, ce sera Pâques, le jour où les chrétiens célèbrent la résurrection du Christ. Le père Millet vit la semaine sainte, isolé mais pas coupé de la communauté des croyants grâce à la technologie : « Les messes que célèbre notre évêque à la cathédrale de Moulins sans public sont diffusées en direct à la radio et c’est joli » explique t-il. « Je me branche sur RCF Allier et je vis vraiment toute la première partie de la messe en communion avec ce qui se passe à la cathédrale. » Et lorsqu’arrive l’offertoire, le moment où l’hostie est présentée à l’autel, il coupe la radio : « Je communie seul. J’ai aménagé chez moi un autel avec une bougie, une croix et une branche de laurier sur une petite table dans mon bureau et je consacre le pain et le vin. » Puis de faire cet aveu: « Mais il me manque mes paroissiens…On n’est pas ordonné prêtre pour être seul… » Des paroissiens qui le lui rendent bien: « Le téléphone chauffe ! La messagerie est pleine ! Les SMS s’empilent ! Comme les mails ! Ils s’occupent de moi pour que je ne meure pas de faim ! » A travers le téléphone, un sourire amusé. « Je suis obligé de freiner les ardeurs car ils me fournissent vraiment de quoi faire face ! » Cette fois, un rire franc éclate à l’autre bout du fil.

Célébrer avec joie la possibilité de revivre normalement

Le prêtre espère vraiment que le monde tirera les leçons de cette crise : «  Notre rythme de vie est fou, ce non-respect que nous avons de la planète est fou ! Et il y avait tellement de clignotants qui s’étaient allumés pour nous alerter ! Il faudra revoir notre façon de faire. » Et du fond de sa quarantaine depuis son presbytère, le père Millet n’attend plus qu’une chose: « Célébrer avec joie la possibilité de revivre normalement. »
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