Dans les coulisses d'un parc animalier, l'hiver, en Auvergne

Publié le
Écrit par Aurélie Albert .

Le parc animalier et d’attractions Le Pal, dans l’Allier, a fermé ses portes au public au mois d’octobre pour la période hivernale. Et pourtant l’activité continue. Soins, entraînements, nettoyage... Suivez-nous dans les coulisses d'un parc en hiver.

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Il est presque 10 heures ce jour de février. La météo est pluvieuse sur le département de l’Allier. Tout est désert aux abords du parc le Pal, près de Moulins. Les portes sont fermées et les parkings sont vides. Mais passé la porte, tout le monde est déjà au travail depuis 8 heures du matin. C’est le cas de Sébastien Bouret et d’Olivier Serand que nous retrouvons près des antilopes et des rhinocéros. C’est l’heure de la sortie quotidienne des trois rhinocéros. Malabar ouvre le bal même si la météo du jour ne semble pas trop lui convenir. Il préférerait rester à l’intérieur, mais Sébastien et Olivier ne lui laissent pas trop le choix. 

« On en sort toujours deux en premier et on en garde un pour faire les soins, explique Sébastien Bouret, soigneur animalier. Chaque jour, on change de rhino et on les désensibilise à des soins comme à la prise de sang ». Aujourd’hui, c’est au tour d’Alan qui est plutôt coopératif. 

Finalement, les trois rhinocéros vont sortir et se dégourdir les pattes dans leur enclos d’hiver. Ils retourneront sur la plaine de l’hôtel lorsque le parc sera de nouveau ouvert.

On a moins de pression et de contraintes horaires.

Sébastien Bouret, soigneur animalier

Dans l’équipe herbivore, ils sont neuf soigneurs à tourner dans les petits secteurs toute l’année. « C’est complètement différent quand le parc est fermé, évoque Sébastien. On a moins de pression et de contraintes horaires. En période d’ouverture, il faut que tous les animaux soient visibles à 10 heures »« C’est une relation privilégiée que l’on a, même si on garde cette distance avec l’animal, il ne faut pas que ce soit des animaux domestiques, ajoute Olivier. Par rapport aux périodes d’ouverture, c’est plus calme, on peut se permettre de prendre plus de temps pour travailler avec eux sur les entraînements médicaux ».
Pendant que certains se baladent, pas question de se reposer, il y a d’autres choses à faire comme le nettoyage. Aujourd’hui, c’est Olivier qui s’y colle. Avec sa brouette et sa pelle, il s’occupe d’abord de la loge de Malabar : et il y a du boulot. « Il faut nettoyer les loges pour qu’elles soient propres quand ils rentrent le soir, on leur remet du foin. C’est la plus grosse partie de la journée surtout en hiver parce qu’ils passent plus de temps dans les bâtiments ».

Le soin des animaux

Il faut aussi s’occuper des soins quotidiens des animaux. Elanor est une antilope. « Depuis quelques mois, elle a beaucoup maigri donc on lui a passé différents examens, raconte Sébastien Bouret. On essaye de l’hydrater par différents moyens. On lui injecte une grosse seringue d’eau, matin et soir dans l’estomac directement. On la pèse régulièrement, elle a repris un peu du poids, mais ce n’est pas encore ça »Les girafes aussi sont régulièrement pesées dans le bâtiment d’à côté. C’est ce que les soigneurs appellent le « bodyscoring » : l’objectif est de surveiller notamment le poids des girafes et d’adapter leur ration. En arrivant dans le bâtiment, les trois girafes de Rothschild sont justement en plein petit-déjeuner. « Plus que d’autres animaux, les girafes sont très fragiles, très sensibles notamment à la température et à l’humidité, explique Nicolas Géli, responsable zoologique au parc. On est très vigilants. Le froid peut engendrer des problèmes de digestion et métaboliques. Avec le gel, les girafes peuvent aussi glisser. Si elle chute, c’est la fracture assurée et c’est souvent mortel vu que c’est très difficile de soigner une girafe. Du coup, il vaut mieux prévenir que guérir. Elles vont passer un peu plus de temps en intérieur. Il fallait donc que le bâtiment soit adapté, chauffé, lumineux ».

On rattrape un peu le temps perdu

Amaelle Rubio

Nous quittons les girafes direction le secteur des oiseaux. Nicolas Géli, qui est aussi responsable (passionné) de ces animaux à plumes, doit aller vérifier l’état de santé d’une petite perruche calopsitte, qui s’appelle Ioda. Nous rejoignons Amaelle Rubio, soigneuse dans ce secteur. Elle connaît chaque individu sur le bout des doigts. Après avoir examiné la petite perruche, les deux soigneurs décident qu’il faudra faire des analyses supplémentaires. Amaelle ramène Cawa, un magnifique perroquet. Elle voudrait lui faire faire un petit entraînement, mais le perroquet ne semble pas être du même avis. « C'est un peu les vacances pendant l’hiver, explique la soigneuse. On les laisse tranquilles. On joue avec eux, on fait plus d’enrichissements. Le matin, si on a un oiseau avec nous, on écoute de la musique, on rigole avec lui. On rattrape un peu le temps perdu ». Pauline, un cacaotés, sera plus enclin à l’entraînement du lundi matin.

A cette période de l’année, les soigneurs réalisent ce qu’ils appellent des « enrichissements ». « Ça consiste à casser la routine de l’animal, continue Nicolas Géli. Ça peut être un enrichissement alimentaire par exemple : on va cacher de la nourriture, leur donner une autre forme de nourriture. Ça peut être un enrichissement olfactif, comme cacher de la laine de mouton dans un enclos de carnivore. Ça peut être des enrichissements visuels ou sonores. On se casse la tête pour trouver de nouvelles idées qui collent avec les besoins de l’espèce et les sens qu’elles exploitent. C'est pour éviter qu'ils s'ennuient ».

Les premières naissances

À cette période de l’année, c’est l’hibernation pour certains, mais d’autres n’ont pas attendu le printemps pour s’activer. Il y a un an, le parc a réuni un couple de vautour à capuchon, une espèce très menacée en Afrique. « Depuis quelques semaines, on a eu la chance d’avoir notre premier œuf. On l’a retiré du nid parce que ces oiseaux sont réputés pour être un peu maladroits au nid, explique Nicolas Géli. On va donc réaliser une incubation artificielle. Naturellement, l’oiseau va pondre à nouveau, d’ailleurs ça doit être déjà fait. Il fait une ponte de remplacement, un œuf qu’on va lui laisser au nid pour qu'il ait une chance de le couver. Il faut reproduire l’incubation des parents. Pour ce vautour, c’est 50 jours, il faut être très vigilant sur la température et le taux d’humidité. On va donc peser régulièrement l’œuf ».

Cela fait une quinzaine de jours que l’œuf est en incubation. Pour se rendre compte, Nicolas Géli va tenter de « mirer » l’œuf, dans le noir, il va mettre une lumière sous l’œuf et normalement, nous pouvons commencer à voir la ramification de tissus sanguins. Mais pas de chance pour aujourd’hui, il est encore trop tôt. La période des naissances chez les oiseaux commencera pendant l'hiver mais un peu plus tard, lorsque les températures seront un peu remontées.

Les transferts dans d'autres parcs

L’hiver, c’est aussi l’occasion de faire des transferts. En saison d’ouverture, les températures ne permettent pas de réaliser les transports d’animaux dans de bonnes conditions. Nicolas Géli, en tant que responsable zoologique, passe beaucoup de temps à gérer les arrivées et les départs. « C’est un bon moment pour nous parce qu’avant d’introduire un animal dans son nouvel enclos, il faut qu’il rencontre ses congénères. Cette mise en contact ne peut pas avoir lieu lorsque le public est là, il faut qu’on le fasse en amont ». D’ici quelques semaines, donc, deux wallabies vont arriver. « C’est pour brasser la génétique du groupe et ne pas tomber sur des individus qui sont tous affiliés », ajoute Nicolas Géli. Deux zèbres, deux femelles cervicapres, un panda roux et des Flamands roses rejoindront la famille du parc Le Pal. Il y a aussi des individus qui partent, c’est le cas de suricates, d’un chien des buissons qui part pour le Brésil, d’oiseaux, ou encore d’un phoque qui va rejoindre l’Angleterre. « Les échanges sont importants pour ne pas avoir un surnombre d’individus à un endroit donné. On a des jeunes qui naissent ici et qui risquent de rentrer en conflit avec leur père », termine Nicolas Géli.

Un enclos d'hiver et un enclos d'été

Après une pause déjeuner bien méritée, la journée n’est pas terminée. C’est justement l’heure du goûter pour les primates : d’abord les lémuriens à collier blanc, les makis catta, mais aussi les Géladas. Avec notamment Gaspard, un Gélada à l’histoire particulière. « On a été obligé de lui donner le biberon lorsqu'il est né et du coup il a été imprégné par nous, aujourd’hui on ne sait pas s’il se sent plus Gélada ou plus proche de nous. On a fait venir Malik, un autre mâle qui lui est là pour la reproduction », explique Magali Gallegos, une des responsables du secteur primate.

« Ils ont un enclos d’hiver et une île pour l’été. Comme ils sont herbivores, ils mangent notamment des racines, du coup, ils se nourrissent en creusant et en déterrant des petites choses. Pour permettre à la terre de l’île de se reposer, ils ont donc un enclos d’hiver. Il y a aussi un bâtiment qui fait la jonction entre les deux enclos où ils peuvent aller. En hiver, ils y vont davantage, ils ont compris qu’il faisait plus chaud à l’intérieur ».
Dans les activités hivernales sur le secteur primate, il faut casser la glace qui s’est formée autour de certaines îles sinon les primates pourraient prendre la poudre d’escampette.

L'entraînement des éléphants

À chaque fin de journée, il faut rentrer les animaux. C’est le cas des éléphants Acra, Kavery, Tom, Upali. Nina et le petit dernier Jack sont déjà à l’intérieur. Avant de rentrer, il faut montrer patte blanche : à commencer par Upali, le mâle dominant, qui a sa suite personnelle. Jérémy et Céline lui nettoient les pattes. Pour s'adresser à lui, il vaut mieux lui parler en anglais : les mâles sont amenés à partir dans d'autres parcs pour la reproduction, il est préférable qu'il puisse comprendre les soigneurs de tous les pays. 
C’est maintenant au tour du jeune Tom. Âgé de 8 ans, il est régulièrement examiné. « D’ici un an ou deux, il partira du parc, commence Céline Karger, soigneuse dans le secteur des éléphants. On devra alors lui faire un test pour la tuberculose par le souffle. On est donc en train de lui apprendre à souffler pour pouvoir lui injecter un produit dans la trompe et qu’il le recrache. Ce crachat sera analysé. Je lui apprends une position où il pose la trompe sur l’abreuvoir. On va contrôler aussi la bouche et la langue, où il peut y avoir des signes d’herpès. On fait très attention à ça chez les jeunes éléphants, en deux jours on peut le perdre. C’est ce qui est arrivé à la sœur de Tom ».
Heureusement, le jeune éléphant semble en pleine forme et réalise ses exercices, haut la patte !

Pour les 90 personnes qui travaillent sur le parc, la journée doit se terminer vers 17 heures, mais tout dépendra des animaux. « Nous sommes contents de profiter de ces périodes de calme avec les animaux, mais nous avons hâte aussi de retrouver notre public », évoque Nicolas Géli. Et pour ça, il faudra attendre le 16 avril. 

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