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Trois questions à Salomé Berlioux, auteure de “ Les invisibles de la République ”

Salomé Berlioux et Erkki Maillard livrent un portrait inédit de la jeunesse hors des métropoles. / © Daniel Fouray / MaxPPP
Salomé Berlioux et Erkki Maillard livrent un portrait inédit de la jeunesse hors des métropoles. / © Daniel Fouray / MaxPPP

La Bourbonnaise Salomé Berlioux publie son premier essai, " Les invisibles de la République ", co-écrit avec Erkki Maillard. Cette enfant de la campagne, originaire de Neure dans l'Allier, y expose les obstacles que rencontrent les jeunes de « la France périphérique » dont elle est elle-même issue.

Par MVO

C’est un constat d’échec pour la France rurale et éloignée des métropoles. Le livre " Les invisibles de la République " (aux éditions Robert Laffont) de la Bourbonnaise Salomé Berlioux et du Parisien Erkki Maillard dépeint une jeunesse oubliée. Loin de l’information, loin des grandes écoles, loin des opportunités. Les deux auteurs ont réunis des dizaines de témoignages de ces jeunes et dressent le portrait d’une France pour qui suivre ses rêves et ses envies professionnelles est souvent impensable. Parfois pour des raisons matérielles, parfois simplement par manque d’information sur le parcours à emprunter, parfois aussi, par autocensure quand certains se résignent en se disant " ce n’est pas pour moi ".

Je n'avais pas les codes


Question : Qui sont ces invisibles auxquels vous faîtes référence ?

Salomé Berlioux : " Ce sont les collégiens, les lycéens, les étudiants qui ne grandissent pas à Paris, à Lyon, ou Bordeaux, qui ne vont pas grandir dans les 25 métropoles et leurs banlieues, en gros. Ces jeunes français là, ils sont extrêmement nombreux, c’est plus d’un jeune français sur deux. Ils sont des millions et on ne les voit pas. Ou en tout cas on les voit moins parce qu’ils sont loin, parce qu’ils sont isolés, parce qu’ils sont silencieux. Ces jeunes qui ont souvent énormément de potentiel, ils vont cumuler les obstacles au cours de leur parcours (scolaire et professionnel NDLR). C’est ce qu’on décrit dans le livre avec Erkki Maillard et c’est la raison pour laquelle on parle, nous, dans le titre volontairement un peu provocateur « d’invisibles ». On dit : « c’est très étonnant, ils sont nombreux, ils sont là et pour l’instant ils sont dans l’angle mort des politiques publiques » ".


Question : Dans votre ouvrage, vous racontez votre passage difficile du collège de Lurcy Lévis (Allier) au Lycée à Nevers (Nièvre). Une ville plus grande. Vous écrivez à ce propos « je n’avais pas les codes ». Qu’est-ce que cela signifie ?

Salomé Berlioux : " C’est ce sentiment qu’on a parfois quand on arrive dans une grande métropole, par exemple pour faire des études, d’être un peu à côté. On a l’impression d’être un peu déconnecté et de ne pas avoir eu autant d’opportunités que les jeunes qui sont à côté de nous et qui ont grandi dans le cœur de Lyon ou de Toulouse. Ils ont eu des stages, ils ont eu un engagement associatif, qui sont partis à l’étranger, et du coup, quand on est jeune, qu’on manque un peu de confiance en soi, qu’on est très attaché à son territoire, qu’on aimerait y faire des choses, il n’empêche qu’on peut se dire un peu « et alors, et moi ? Est-ce que j’ai droit à ces opportunités là aussi et est-ce que je vais faire aussi bien ? » et ça peut être très compliqué. "


Question : A travers les témoignages du livre, on ressent une forme de complexe d’infériorité en cascade. Pour imager, je viens d’un village donc je suis moins bien que quelqu'un de Vichy. Si je viens de Vichy j’ai un complexe par rapport à Clermont-Ferrand. Et les Clermontois par rapport aux Lyonnais. Ce complexe est répandu ?

Salomé Berlioux : " Il peut exister et ça peut être très douloureux. Ça peut ralentir le parcours d’un jeune. Ce qu’on essaie de faire avec chemin d’avenir (association créée par Salomé Berlioux en 2016) en allant voir les jeunes en quatrième et en première, en les accompagnant au long cours, en leur donnant des opportunités en plus et en leur donnant confiance en eux-mêmes grâce à un système de parrainage individuel, c’est de leur dire mais vous avez énormément de potentiel, vous êtes évidemment autant capables que les jeunes des grandes villes, et vous allez pouvoir faire des choses, que vous ayez envie de devenir cuisinier, de travailler dans l’hôtellerie ou d’être journaliste ou diplomate. Mais pour ça, il faut le dire à ces jeunes. Il faut aller les chercher et il faut aussi les mettre en valeur. C’est aussi ce qu’on essaie de faire avec Erkki Maillard dans le livre à travers tous les témoignages qu’on a pu recueillir ".
 

Des solutions concrètes

" Les invisibles de la République " n’est pas qu’un simple état des lieux. Il présente aussi des axes de travail pour sortir les jeunes ruraux de l’ombre. Des axes mis en pratique par l’association Chemins d’avenirs créée par Salomé Berlioux en 2016. Elle met en place des mentorats à travers toute la France pour accompagner cette " France périphérique " à surmonter les obstacles.  Près de 300 jeunes ont bénéficié de cet accompagnement entre 2017 et 2018 et l’association vise les 1000 parrainages à la fin 2020.
 

Bio express de Salomé Berlioux

Elle passe son enfance dans l’Allier. Originaire de Neure, elle va au collège à Lurcy Lévis
Elle quitte ensuite l’Auvergne pour aller au lycée dans la Nièvre, à Nevers, où elle passe son bac.
Elle est diplômée de SciencesPo Paris et de l’Ecole normale supérieure.
Ancienne consultante dans un cabinet de conseil stratégique en communication, elle fut conseillère discours et prospective auprès du cabinet du ministre des Affaires étrangères. Elle est aujourd’hui conseillère de l’ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault et présidente de l’association Chemins d’avenirs.

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