Zone blanche en Ardèche. Un couple remporte son bras de fer contre Orange

Pendant deux ans, les propriétaires d'un centre d'hébergement situé à Saint-Julien Labrousse, près de Lamastre, ont enregistré déboires sur déconvenues avec leur opérateur téléphonique Orange. Il y a deux semaines, ils ont gagné leur procès en référé contre l'opérateur. Explications.

Les raccordements Orange en Ardèche rafistolés avec des bouts de ficelle et d'adhésifs
Les raccordements Orange en Ardèche rafistolés avec des bouts de ficelle et d'adhésifs

Il n'y a pas que les zones blanches dans les territoires escarpés, éloignés des centres urbains. Il y a aussi les zones abandonnées... par Orange. C'est ce dur constat qu’ont pu faire les deux propriétaires du campement de cabanes "Les cabanes de Labrousse", à une poignée de kilomètres du Cheylard. "Une véritable galère," soupire Aline Spéranza, qui a repris le site, avec son compagnon, il y a trois ans maintenant.

A cette époque, ils ne se doutent pas de ce qui les attend. Une situation kafakaïenne avec l'opérateur qui est sensé leur assurer un lien constant grâce au téléphone fixe et à une liaison internet indispensable pour leur activité professionnelle. Car les plannings de réservation sont gérés en ligne, leur site étant répertorié par une vingtaine de centrales de réservation. Là, rien ne fonctionne normalement. Les pannes sont fréquentes. Leur premier opérateur, Bouygues, qui passe par les tuyaux d'Orange, jette l'éponge rapidement. "Ils nous ont dit qu'ils ne pouvaient rien faire si le gestionnaire des câbles ne trouvait pas de solution. Ils nous ont même conseillé de faire appel à Orange directement et de prendre notre abonnement chez eux. Ce que nous avons fait". Sans succès ! Le problème reste entier et le couple se désespère d'un maelstrom qui se poursuit tandis qu'ils n'entrevoient aucun mieux.

"Les lignes au sol, rafistolées avec des bouts de ficelle", Aline

"Nous étions dans un désarroi total, après avoir tenté une médiation avec Orange qui n'a finalement rien donné", explique Aline qui avoue avoir eu le sentiment d'être "baladée". Face à ce statu quo, le couple joint un avocat qui leur conseille de déposer une plainte en référé, le seul moyen selon lui de faire avancer les choses et de mettre Orange face à ses responsabilités.
Les mois passent et les pannes succèdent aux interventions qui ne changent rien. Les liaisons sont toujours aussi déplorables. Leurs affaires s'en ressentent. De son côté, le jour du procès, début mai, l'avocat rappelle que dans cette zone, l'entretien du réseau est mauvais depuis 10 ans. "Les lignes traînent au sol, sont vulgairement attachées à des barrières dans les champs. On a droit à des raccordements avec des bouts de ficelle", détaillent Aline et Nicolas.
Ce sont les multiples avoirs promis par Orange qui vont servir de détonateur fatal contre l'opérateur. Pour Me Cédric Mendel, l'avocat du couple, ils sont la preuve des défaillances récurrentes qui constitue l'argument principal retenu par le tribunal.
Résultat : Orange est tenu de verser 200 euros par jour ouvré si une panne n'est pas réparée dans les délais impartis : entre 8 et 48 heures selon le type de pannée dans le cadre du forfait Open Pro du couple.

Vers une jurisprudence ?

"Nous sommes soulagés que la justice nous aie entendus et aie tranché en notre faveur, déclare le couple. D'autant que les mois de printemps comptent autant que l'été, dans une activité par essence saisonnière. Et qui plus est chamboulée par la crise du Covid.
Après avoir dû abandonner l'utilisation des règlements par carte bancaire pendant deux ans, un sourire s'esquisse à nouveau sur les visages des deux copropriétaires amoureux des cabanes dans les arbres. Ils espèrent pouvoir pleinement compter sur leurs outils numériques pour faire prospérer leurs hébergements perchés.
Une décision de justice que prend très au sérieux également le collectif ardéchois "Orange j'enrage". Ce dernier, qui regroupe bon nombre de mécontents des prestations d'Orange dans le secteur, un client sur deux dans certains cantons, pourrait s'engouffrer dans la brèche ouverte par le jugement. Après le "déconfinement", le "désabandon" dans les territoires ruraux ?

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