En Ardèche, Greenpeace jugé pour une intrusion sur un site nucléaire

Au pied du tribunal de Privas (Ardèche), un rassemblement de soutien réclamait "le procès des centrales EDF", ce jeudi 17 mai, avant l'entrée des prévenus. / © France 3 / Sophie Valsecchi
Au pied du tribunal de Privas (Ardèche), un rassemblement de soutien réclamait "le procès des centrales EDF", ce jeudi 17 mai, avant l'entrée des prévenus. / © France 3 / Sophie Valsecchi

22 membres de Greenpeace sont jugés ce jeudi 17 mai au tribunal correctionnel de Privas en Ardèche. Ils s'étaient introduits dans la centrale nucléaire de Cruas-Meysse en novembre 2017, pour dénoncer des failles de sécurité.

Par Mathieu Boudet

Le procès de 22 membres de Greenpeace a débuté ce jeudi 17 mai, à 9h15 du matin, au tribunal correctionnel de Privas. Les militants sont poursuivis pour leur intrusion dans la centrale nucléaire de Cruas-Meysse (Ardèche), survenue le 28 novembre 2017.



300 personnes en soutien


Avant l'ouverture du procès, près de 300 personnes se sont rassemblées au pied du palais de justice de Privas, pour soutenir les 22 militants de Greenpeace, qui comparaissent devant le tribunal. Sur leurs vêtements, certains portaient des slogans : "dénoncer le risque nucléaire, ils l'ont fait pour moi". Aux côtés des militants Greenpeace se trouvaient des membres d'Attac, de la Confédération paysanne ou de La France Insoumise. Juste avant l'entrée des prévenus, ils ont chacun brandi une lettre pour écrire: "A quand le procès des centrales EDF ?".



Le procès du militantisme ?


En s'introduisant dans cette centrale, les 22 militants dénonçaient des failles dans la sécurité des piscines d'entreposage du combustible usé. Ils avaient notamment laissé des empreintes peintes de mains sur un de ces bâtiments pour démontrer leur "accessibilité". Poursuivis pour "intrusion en réunion et avec dégradation dans l'enceinte d'une installation civile abritant des matières nucléaires", ils encourent cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende. EDF demande par ailleurs 700 000 € en réparation et 500 000 € pour "atteinte à sa crédibilité".



EDF intraitable


Le procès s'est ouvert à 9h15, devant le tribunal correctionnel, sous haute surveillance policière. Avant le début du procès, l'avocat d'EDF a rappelé que "la zone vitale (de la centrale) n'avait pas été atteinte". C'est un point de désaccord qui sera sans doute âprement discuté à l'audience, le producteur d'électricité affirmant qu'à aucun moment la sûreté de leurs installations n'avait été compromise. "EDF attend un jugement qui, dans sa globalité et ses motivations, souligne la gravité du comportement de Greenpeace", a déclaré Maître Thibault de Montbrial, du barreau de Paris.



Greenpeace : un lanceur d'alerte ?


De son côté, Greenpeace espère une peine moins sévère qu'en Moselle fin février où, pour la première fois, des militants avaient été condamnés à de la prison ferme pour une intrusion sur le même thème à la centrale de Cattenom. Greenpeace France est également poursuivie comme personne morale, représentée par son directeur général, Jean-François Julliard. Yannick Rousselet, responsable
de la campagne nucléaire de l'ONG, comparaîtra lui pour complicité.

Greenpeace défend ses membres en leur attribuant un statut de lanceurs d'alerte. Pour eux, c'était la seule façon de démontrer "l’extrême vulnérabilité face aux risques d’attaques extérieures des bâtiments les plus chargés en radioactivité". « On va demander la relaxe, il n’y a aucune raison qu’ils soient condamnés », indiquait Jean-François Julliard, le directeur général de Greenpeace France, également poursuivi comme personne morale. 


Reportage de Sophie Valsecchi et Emilie Rosso :

 

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