“C'est de l'abus de pouvoir”, les canoéistes montent au créneau contre l'interdiction de naviguer sur l' Ardèche

Du côté de Vallon-Pont d'Arc, la rivière Ardèche est vide de canoës / © Claude Peschier
Du côté de Vallon-Pont d'Arc, la rivière Ardèche est vide de canoës / © Claude Peschier

Un arrêté préfectoral qui passe mal. Vendredi 15 mai, la préfecture de l'Ardèche interdit toutes les activités nautiques sur l'ensemble des rivières de l'Ardèche jusqu'au 29 mai. Spécialistes et amateurs de canoë sont vent debout contre cette décision.

 

Par Nicolas Ferro

"C'est inadmissible... On est un des rares départements de France à ne toujours pas pouvoir naviguer sur notre rivière... C'est clairement de l'abus de pouvoir... Nous sommes souvent des moutons, mais là, il va bien falloir qu'il y ait des moutons noirs" Marc Chailan ne mâche pas ses mots.

Le président du club Vallon Plein Air et organisateur du Marthon des Gorges de l'Ardèche considère que cette mesure n'a pas de sens. L'Ardèche possède bon nombre d'amateurs de canoë-kayak et la pratique y est régulière. Tous, de manière unanime, ne comprennent pas le fondement de cet arrêté préfectoral. Ils espèrent vivement que cette décision soit revue afin de pouvoir reprendre leurs activités tout en respectant les consignes de sécurité contre la propagation du virus. 


Une lettre ouverte à Madame le Préfet

De ce fait, les différents clubs de canoë en Ardèche, tels Vallon-Pont-d'Arc, Saint-Martin, Aubenas, Les Ollières s'associent pour écrire une lettre ouverte au préfet de l'Ardèche. Ils aimeraient que le Préfet, Françoise Souliman, modifie son arrêté et qu'il permette au moins la pratique du canoë en club et pour les entraînements sportifs. 

Ce week-end, des photos ont été prises d'embarcations en tout genre naviguant sur la rivière afin de protester contre cet arrêté et ce malgré la volonté affichée par les services de l'Etat de mettre en place des contrôles de gendarmerie le long de la rivière.
Ce weekend du 16/17 mai au niveau du Pont d'Arc
Ce weekend du 16/17 mai au niveau du Pont d'Arc


Une rivière actuellement magnifique 

Claude Peschier ne comprend pas non plus cette décision. Conseiller technique départementale (CTD) de canoë-kayak pendant près de 30 ans, il a participé à plusieurs reprises à l'élaboration d'arrêtés préfectoraux concernant la rivière Ardèche. Il est à l'origine de la mise en place des codes couleurs permettant sa navigabilité en fonction de sa hauteur d'eau. Il estime aussi que cette décision n'est pas adaptée à la situation actuelle.

"La rivière est magnifique, nous avons des conditions exceptionnelles actuellement... La rivière n'attend plus que ses navigateurs..." raconte Claude Peschier. La peur "d'une autoroute aquatique" ou "de passages trop étroits pour passer les rapides" comme l'a formulée le préfet vendredi 15 mai lors d'une conférence de presse n'est pas fondée pour Claude Peschier.

"Nous ne sommes pas en juillet ni en Août où le niveau d'eau est bas et où il y a beaucoup de touristes. Comme souvent au printemps, le niveau d'eau est haut et la largueur de la rivière est importante pour éviter les contacts dans les rapides... Cette promiscuité que l'on peut connaître, ce n'est pas la situation actuelle de la rivière" explique Claude Peschier

Claude Peschier rappelle qu'un guide du déconfinement élaboré par le Ministère des Sports en collaboration avec le Fédération Française de Canoë-kayak s'applique un peu partout en France depuis le 11 mai dernier.  Selon lui, c'est un guide très clair pour avoir les bons comportements sur l'eau et se protéger du virus. Il permet une reprise du canoë de manière raisonnée et qui s'échelonne dans le temps, en premier avec les sportifs et les clubs en second pour une navigation encadrée par des moniteurs et enfin avec les loueurs.
Dans d'autres départements de France, la pratique des activités nautiques a redémarré comme sur le lac de Monteynard en Isère.


C'est bon pour le moral

Champion du monde de kayak en 1969, Claude Peschier pratique toujours le kayak. Il habite à deux pas de la rivière Ardèche et s'entraîne régulièrement. Comme pour beaucoup d'amateurs de kayak, il a hâte d'y retourner.

"Le kayak, c'est notre footing à nous... C'est notre quotidien... Puis l'eau, c'est notre culture aussi. Si on nous l'enlève trop longtemps, ce n'est pas bon pour le moral à la longue... Je préfère être sur l'eau en ce moment qu'aller faire mes courses dans une grande surface, je vous assure" poursuit Claude Peschier.


La réaction de Françoise Souliman, préfet de l'Ardèche

Joint par téléphone ce mardi 19 mai, Françoise Souliman entend cette contestation monter mais précise "ce n'est pas ce qui me fera changer d'avis". Pour le préfet de l'Ardèche, le Coronavirus circule toujours dans le département de manière encore trop présente pour pouvoir baisser la garde. Le préfet de l'Ardèche redoute une concentration de gens au même endroit, au bord des rivières et sur ses plages comme par exemple au Pont d'Arc.

"En temps normal, le week-end de l'Ascension c'est 80 000 nuitées, c'est un afflux de population considérable et même si nous en aurons moins cette année avec les 100 km, nous allons accueillir beaucoup de monde ce week-end. Je ne veux pas pour quelques menus plaisirs que ce soit ne pas réussir notre déconfinement et gâcher une saison estivale. " rajoute Françoise Souliman.


Le préfet considère aussi que l'arrêté qui s'applique à tous (sportifs, clubs et loueurs) correspond à une question d'équité, "Tout le monde est à égalité de traitement et tout le monde contribue par ses efforts à repousser le Coronavirus" . Et pour conclure l'entretien, "La polémique doit maintenant cesser, c'est une question de quelques jours encore, il faut être responsable, on va s'en remettre...".




 

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