Maisons fissurées : l'Ardèche en tête des départements reconnus victime de "catastrophe naturelle" suite à des mouvements de terrain

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L'arrêté sur l'état de "catastrophe naturelle" pour les conséquences matérielles de la sécheresse de l'été 2022 a été publié au Journal Officiel ce mercredi 3 mai 2023. Il concerne tous les propriétaires de maisons touchées par des fissures provoquées par des mouvements de terrain consécutifs au manque d'eau. 73 communes ardéchoises sont concernées par cette reconnaissance qui ouvre le droit à indemnisation.

D'Alba La Romaine à Vogüé,  l'arrêté des ministères de l'Economie et de l'Intérieur qui reconnait l'état de catastrophe naturelle et plus précisément les "mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols" était très attendu par les propriétaires des habitations touchées par de grosses fissures.

Pour savoir si votre commune est concernée, consultez notre :

"C'est une bonne nouvelle ! On ne l'attendait pas si tôt cet arrêté, mais on ne va pas s'en plaindre", commente Alain Charasse, président de l'Association de Défense Ardéchoise des Sinistrés de la Sécheresse. Cet habitant de Soyons a lui-même été victime de la sécheresse de 2017 et les travaux de restauration de sa maison "sont toujours en cours". Alors il consacre une bonne partie de sa journée à prévenir la centaine d'adhérents de son association et leur donne les bons conseils.

Le principal risque, c'est d'avoir à faire à des entreprises qui ne sont pas spécialisées. Et il y a beaucoup de maisons à réparer. Je conseille aussi de demander à leurs frais une contre-expertise. Car les assurances envoient parfois des experts qui ne sont pas connaisseurs de ce type de dommages. Si j'avais eu connaissance de tous ces éléments à l'époque, la restauration aurait été plus rapide et mieux faite

Alain Charasse

Président de l'Association de Défense Ardéchoise des Sinistrés de la Sécheresse

Des fissures qui s'allongent

Même satisfaction pour André Barcet, un habitant de Bourg St Andéol. Ce propriétaire d'une maison, "sur les pentes descendantes de la commune", a vu apparaitre des fissures dès l'été 2022. "La maison a bougé, car une partie repose sur de la rocaille. Il y a beaucoup de fissures à l'extérieur sur lesquelles j'ai mis des témoins. Et j'ai aussi une fissure à l'intérieur qui traverse le séjour et qui s'allonge. Je vais pouvoir contacter mon assurance qui attendait la déclaration et la reconnaissance de catastrophe naturelle." 

A Ruoms, Muriel Fournier que nous avions rencontrée il y a quelques mois, se dit à la fois soulagée que la commune soit reconnue en catastrophe naturelle. Comme quelqu'un qui va maintenant engager le combat. "Un combat compliqué", selon elle. Car "il faut envisager la pose de micro-pieux tout autour de la maison. Et d'autres travaux de sécurisation du bâtiment. "

Pour Catherine Blache, dont la maison à Aubenas comporte désormais de grosses fissures au sol, ce n'est qu'un commencement.

"Je pense que ça va être un combat. Le problème, c'est que ces travaux sont apparemment très couteux. J'attends qu'on me remette en état de façon à ce que la maison soit solide, qu'on puisse y habiter sans avoir de craintes".

Nous vous avions parlé de ces propriétaires du sud de l'Ardèche dont les maisons gravement touchées par de grosses fissures craignaient qu'elles ne s'écroulent, victimes d'un déficit hydrologique et d'un sous-sol qui bouge.

L'Arrêté publié ce mercredi 3 mai précise que "l'intensité anormale du phénomène est analysée au regard des données géotechniques et météorologiques."



"Entre 7 et 10 ans pour remettre en état"

Les propriétaires ont désormais 30 jours à partir de la date de publication au Journal Officiel pour déclarer le sinistre à leur assureur, s'il ne l'avait pas déjà fait. L'Arrêté permet également à d'autres communes de finaliser leur dossier. Car comme le précise la Préfecture de l'Ardèche, les communes ont 24 mois après l'observation du phénomène, pour déclarer l'état de catastrophe naturelle. Soit jusqu'au 31 décembre 2024.

Pour les assureurs, la déclaration de catastrophe naturelle est une garantie. Mais comme l'explique Denis Besset, assureur Axa à Ruoms, c'est l'expert qui va dire si le sinistre est bien dû à la sécheresse. Mais il prévient : "l'inconvénient, de cette garantie c'est que cela prend du temps pour déterminer quel est le processus qui doit être appliqué. Les assurés doivent donc s'attendre à ce que ce soit long. Ce ne sont pas des sinistres qui sont gérés dans la minute, en claquant les doigts."

Une constatation partagée par Alain Charasse, le président de l'Association de Défense Ardèchoise :

"En tout, il faut bien compter plusieurs années, entre 7 et 10 ans pour totalement restaurer et consolider une maison " atteinte par ce phénomène.

Et avec la hausse des températures et la multiplication des épisodes de canicules, Alain Charasse espère que le gouvernement renforcera prochainement les normes de construction afin que les maisons résistent mieux aux sécheresses à répétition et aux mouvements géologiques qui s'ensuivent.

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