Auvergne : vers une reconnaissance de la transhumance par l’Unesco

Pratiquée dans les monts d’Auvergne comme sur les hautes chaumes du Forez, la transhumance pourrait être reconnue dès 2021 par l’Unesco au titre du patrimoine culturel immatériel mondial. Une démarche est en cours associant l’ensemble des massifs de montagne français.

La transhumance se pratique régulièrement sur les hautes chaumes du Forez.
La transhumance se pratique régulièrement sur les hautes chaumes du Forez. © PNR Livradois-Forez
Après les volcans d’Auvergne, il y a deux ans, ou les chemins de Compostelle et leur patrimoine religieux, dont la cathédrale du Puy-en-Velay, l’Unesco pourrait attribuer son label prochainement à la pratique de la transhumance. La France devrait présenter sa candidature en 2021 (sans doute conjointement avec l’Espagne) pour l’ensemble de ses massifs, du Jura aux Pyrénées en passant par la Corse et le Massif Central. Le 2 juin prochain, une première étape devrait être franchie avec l’inscription de la transhumance sur l’inventaire du Patrimoine culturel immatériel français.

Une question d’image avant tout


Tout est parti d’une démarche lancée par l’Italie, la Grèce et l’Autriche pour faire reconnaitre la transhumance (déplacement saisonnier des troupeaux) par l’Unesco. Cette pratique ancestrale a donc été inscrite sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2019. A son tour, la France voudrait obtenir cette reconnaissance. En Auvergne, le Parc Naturel Régional du Livradois-Forez, en lien avec le milieu agricole, a participé à un travail en amont.
« Dans un premier temps, il s’agit de recenser toutes les formes de transhumance, les itinéraires, les pratiques associées comme les fêtes, les chants, les costumes, explique Elodie Perret, chargée de mission au Parc, cela nous permettra ensuite d’élaborer un plan de sauvegarde ». Selon la technicienne, la reconnaissance par l’Unesco n’apportera pas de ressource financière supplémentaire mais la démarche permet de faire travailler ensemble différents acteurs, comme les éleveurs et les propriétaires des « jasseries » (les fermes d’altitude) et de sensibiliser les élus du territoire sur l’attachement à cette pratique. « Pour les fromages produits dans nos montagnes, les fourmes AOP d’Ambert et de Montbrison, ce label sera un argument marketing supplémentaire », estime Elodie Perret. C’est donc une question d’image avant tout.

« La montagne est occupée, les terrains sont convoités »


Voilà déjà 10 ans qu’Olivier Stachowicz est berger de juin à octobre sur les hautes chaumes du Forez. Il va bientôt prendre ses quartiers d’été à 1400 mètres d’altitude, à quelques encablures de Pierre-sur-Haute dans le Puy-de-Dôme. Ce projet d’inscription à l’Unesco, il en a vaguement entendu parler. Pour lui, la transhumance, c’est du concret : 15 kilomètres de marche à pied pour « monter » une partie du troupeau depuis Vertolaye dans la vallée du Livradois jusqu’à la jasserie de la Jacine.
Pendant cinq mois, Olivier va se retrouver seul avec ses trois borders collies à la tête d’une grande famille recomposée de 1650 brebis. Il est salarié d’un groupement pastoral de 9 éleveurs (qui emploie un autre berger et regroupe en tout près de 2200 bêtes). « Quand Charles, mon prédécesseur, est arrivé à la Jacine, la montagne était abandonnée, alors qu’aujourd’hui il y a un regain d’intérêt pour cette pratique de l’estive. La montagne est occupée, les terrains sont convoités », observe le berger. La transhumance n’a donc rien d’une tradition d’un autre temps vouée à disparaitre. Elle se pratique différemment. Individuellement ou sous forme collective par le biais de groupements pastoraux. La plupart des troupeaux de moutons et de bovins (allaitants et laitiers) arrivent dans des bétaillères. La famille ne s'installe plus comme autrefois avec toute la ferme. Et surtout, cette pratique saisonnière rencontre aujourd’hui de nouveaux problèmes.

Partager l’espace


Pour Olivier, la première crainte, c’est le développement du tourisme. « Il y a de plus en plus de monde sur la montagne. Moi j’aimerais que les règles qui existent soient respectées, par exemple concernant l’interdiction des engins motorisés sur une partie des hautes chaumes. Il ne faudrait pas que la reconnaissance de l’Unesco soit juste un truc touristique de plus, un gadget. Il faudrait en profiter pour informer le public, l’éduquer ». Il pense notamment à la cohabitation entre les troupeaux et les randonneurs, qui seront sans doute nombreux à fréquenter cet espace de liberté cet été avec les restrictions de déplacement. « La montagne est considérée comme un terrain de récréation, ça complexifie notre travail. Dans le Sancy, les éleveurs ont du mal à trouver des bergers à cause de la fréquentation ». Olivier pense notamment aux touristes qui se baladent avec leurs chiens en liberté.
« Ce dossier pour l’Unesco va nous permettre d’identifier des problèmes : le partage de l’espace entre les activités touristiques et les activités agricoles ; la bonne gestion pour maintenir un équilibre entre la fermeture des paysages et le risque de sur pâturage ; l’accès à l’eau qui commence à poser problème même à cette altitude ou encore la question de la prédation, même s'il n'y a eu aucune attaque de loup avérée sur ce territoire », se félicite Elodie Perret pour le Parc Naturel Régional du Livradois-Forez. Les hautes chaumes du Forez s’étendent sur près de 10 000 hectares, de Noirétable (Loire) au nord à Saint-Anthème (Puy-de-Dôme) au sud. Le classement de la transhumance au titre du patrimoine culturel immatériel pourrait aboutir à la fin de l’année prochaine.
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