Aurillac. Avec une centaine d’autres maires, Pierre Mathonier signe "un appel au secours" pour les quartiers populaires

Dans une lettre au Président de la République, le maire d’Aurillac Pierre Mathonier se joint à une centaine d’autres élus pour alerter sur la situation dans les quartiers populaires. Alimentées par la crise du COVID, les difficultés s'y aggravent plus rapidement qu'ailleurs.

Avec une centaine d'autres maires, Pierre Mathonier demande une mobilisation urgente pour les quartiers les plus en difficulté.
Avec une centaine d'autres maires, Pierre Mathonier demande une mobilisation urgente pour les quartiers les plus en difficulté. © MaxPPP/Jérémie FULLERINGER
“Tous les dispositifs d'aide sociale sont en train d'exploser.” Pierre Mathonier, le maire d’Aurillac, ne peut que constater la progression de la précarité chez ses concitoyens, en particulier les plus fragiles. Pour cette raison, il a co-signé avec une centaine d’autres maires un appel au secours en direction du président de la République dans lequel il demande des mesures d'urgence pour aider les quartiers les plus en difficulté. 

“On voit que la situation du Covid accroît les inégalités et les quartiers NPNRU (Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain NDLR) sont plus impactés que les autres par la crise.” explique-t-il. A Aurillac, un seul quartier est concerné par ce programme : celui de Marmiers, habité par environ 1000 personnes. La dégradation de la situation sociale s’y ressent plus fort qu’ailleurs, et l’important programme de rénovation programmé tarde à se concrétiser à cause de la crise. “Certaines opérations ont pris du retard, notamment la réhabilitation de logements. Les crédits de l'Etat sont débloqués plus lentement. Sur la partie investissement portée par la ville qui concerne la réfection du centre social et des équipements du quartier, ça fait six mois qu'on repousse la commission permanente qui doit permettre de débloquer les crédits de la région”. D’où cet effort demandé au gouvernement et cette lettre commune qui demande l’affectation d’1% des 100 milliards du plan de relance vers ces "territoires en décrochage".

Il ne faut pas baisser la garde.

Pierre Mathonier

“Il ne faut pas ralentir, ne pas baisser la garde ou on risque d'avoir un retour façon boomerang” estime Pierre Mathonier. “Il y a un lien mécanique entre les situations de pauvreté et la dégradation de la délinquance ultérieure. Chaque fois que la population s'appauvrit, l'économie parallèle se développe. Des gens qui n'auraient pas cédé à certaines sirènes vont rentrer dans une spirale dont il sera difficile de sortir ...”

L'aide alimentaire en hausse, les associations en crise

D’autant qu’à l’échelle de la ville d’Aurillac, plusieurs signaux inquiètent le maire. “On a une augmentation sensible des demandes auprès des associations qui distribuent les repas. Le Secours Populaire, Saint-Vincent-de-Paul, le Secours Catholique, les Restos du Coeur n’ont jamais eu autant de monde. Au niveau associatif, en temps normal, on a 10.000 licenciés sportifs, 18.000 personnes investies et là, c'est l'effondrement. Il n'y a plus de réunions, les adhésions en clubs de sport ne se font pas, les bénévoles se démobilisent … Tout ça, ce sont des indicateurs des fragilités sociales."

Face à cela, les élus signataires de l’appel demandent des actes rapides, par exemple la création d'un fond d’urgence pour les associations oeuvrant pour la jeunesse et les publics en difficulté, la création de comités locaux de solidarité consacrés à l’aide d’urgence, un fond de soutien à la création de maisons médicales ou de centres de santé et 120 millions d’euros pour mobiliser les acteurs de l’emploi.
 

On sent un niveau de désespoir jamais atteint.

Pierre Mathonier

Pour les auteurs du texte, il y a urgence. “Le deuxième confinement est plus dur que le premier car il y a un désespoir, une lassitude.” juge Pierre Mathonier. ”Le premier, on pensait que ce serait le seul. Là, les gens ne savent pas si ce sera le dernier, s'il y aura une troisième vague ... Les forces de l’ordre me décrivent des commerçants en pleurs, nos aînés ont peur. On sent un découragement là, un niveau de désespoir jamais atteint.”
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