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A Aurillac, le festival se réveille avec la gueule de bois

Au lendemain des affrontements qui ont opposé une centaine de casseurs et les forces de l'ordre, organisateurs et participants du festival d'Aurillac se sont réveillés dans un mélange de tristesse et d'interrogations.
Tôt ce samedi matin, sur la place des Carmes, le dispositif de filtrage des piétons avait disparu. [màj] Des barrières ont été réinstallées depuis.
Tôt ce samedi matin, sur la place des Carmes, le dispositif de filtrage des piétons avait disparu. [màj] Des barrières ont été réinstallées depuis. © France 3 Auvergne
Un réveil sous une pluie battante ... Ce samedi 19 août à l'aube, le ciel aurillacois a décidé de doucher un peu plus le moral des festivaliers. 

La veille au soir, une centaine de personnes ont affronté les CRS pendant plus d'une heure sur la place des Carmes. Mobilier urbain brûlé, incendie devant une mutuelle, jets de projectiles ... la plupart des traces ont été effacées par les services techniques pendant la nuit, mais on repère encore quelques éléments cassés dans le décor. Surtout, en début de matinée, le dispositif de sécurité et de filtrage des piétons contre lequel s'élevait la manifestation avait disparu. Plus de barrières, plus de fouilles à l'entrée. Seuls les véhicules étaient encore empéchés d'entrer et soumis à contrôle. [màj : en fin de matinée, les services municipaux réinstallaient des barrières et le dispositif]

"Pour nous, le festival a été gâché hier ..."

Jo tient un bar-restaurant à deux rues de la place des Carmes. Elle raconte sa soirée : "une vingtaine de personnes au visage masqué sont arrivées dans ma rue, les lacrymogènes ont été lancées, les clients en terrasse se sont levés et sont partis en courant sans payer, des enfants se sont réfugiés dans le restaurant... La police nous a dit de tout rentrer, les gens nous ont aidé à rentrer le matériel. Pour nous, le festival a été gâché hier ..." Au delà de la perte économique ("30 couverts alors qu'on en fait 220 d'habitude ...), la déception est plus large : "Je regrette surtout pour l'image du festival ! Ce n'est pas ça, le théâtre de rue, nous on adore ce festival, c'est une manifestation tellement sympa !"

Dans la nuit, les services de l'Etat ont donné leur version des faits : "on a eu une petite centaine de jeunes casseurs qui avaient envie de mettre à mal le dispositif de sécurité qui avait été mis en place au profit des festivaliers et des artistes dans le cadre de la menace terroriste et du plan vigipirate" a expliqué Jean-François Bauvois, directeur de cabinet du préfet du Cantal au micro de nos équipes. "Ces casseurs s'en sont violemment pris aux forces de l'ordre, aux agents privés de sécurité et au mobilier urbain. Ce qui s'est passé est vraiment très dommageable. On ne peut que regretter les exactions que nous avons vues cet après-midi."

Au départ, un rassemblement pacifique contre "la mise en cage du festival"

Selon des témoignages de festivaliers, tout est parti d'un rassemblement de protestation contre la fermeture du centre-ville par des grillages et la fouille obligatoire pour y entrer. Rencontrés sur place, une partie de ses organisateurs nous assure que le mot d'ordre de départ était pacifique. Un tract titre : "Aurillac ne tient pas en cage". Les raisons de la colère : "des grilles non pas protectrices mais menaçantes", "l'illusion sécuritaire", "l'hypocrisie médiatique" et la "militarisation des rues."  Pour les manifestants, "la présence policière a généré des tensions, changé le ton de la fête".

La suite est connue : une partie des manifestants a décidé de joindre le geste à la parole en tentant de forcer le dispositif de sécurité. 

Les festivaliers partagés entre condamnation et questionnement

Dans la nuit, l'information a circulé parmi les festivaliers. Selon les passants rencontrés, la déception cotoie des interrogations sur la question sécuritaire ...

Olivier regrette ces violences : "ça me laisse un peu dans l'expectative. Je peux comprendre que la question des libertés interroge, mais je suis pas sûr que cette façon de faire soit la plus pertinente pour déboucher sur des réponses sereines qui permettent le vivre ensemble et la cohésion. Et je pense à toutes les équipes qui ont travaillé sur le festival, c'est beaucoup de gâchis."

C'est l'avis majoritaire : "C'est dommage, ça gâche un peu l'évènement ..." nous dit un spectateur.  "C'est un peu le désastre pour Aurillac. C'est dommage parce qu'il y a des beaux trucs à voir !" raconte un autre. "C'est dommage car ils tuent leur espace de liberté en faisant cela ... d'habitude, tout le monde se cotoie et se supporte !" Un couple de retraités venus voir un spectacle se désole : "On est restés commerçants pendant 27 ans à Aurillac, on n'a jamais eu de problème pendant le festival, c'est bien la première fois !"

Trop de sécurité ou pas assez ?

Surtout, les affrontements ont rouvert le débat sur le lourd dispositif de sécurité qui a mis le feu aux poudres.

Il y a ceux, nombreux, qui approuvent : "s'ils ne veulent pas de sécurité, ils n'ont qu'à pas venir !" lance un festivalier. "Il fallait que les autorités fassent quelque chose pour la sécurité sans quoi on leur aurait reproché de ne rien faire ..."

D'autres ont des doutes sur l'utilité de ces contrôles : "ils sécurisent le centre-ville mais pas des sites excentrés où il y a aussi du monde ... Et puis un centre-ville ... comment vous voulez que ça soit étanche ?" Un autre festivalier remarque : "on sent quand même que ce n'est pas le même climat ... ça crée une tension, une inquiétude, ce dispositif". Un troisième est encore plus tranché : "c'est bien que les gens décident de ne pas être soumis et dociles et qu'ils protestent de manière spontanée et autonome. Leurs contrôles, c'était du vent, on ouvre à peine le sac, on met ce qu'on veut dedans !" 

On laissera le mot de la fin à G. (qui ne veut pas donner son prénom) : "il faut faire attention à ne pas réduire le festival à ça !" Dans la matinée, plusieurs compagnies lui donnaient raison en jouant leurs spectacles malgré la pluie. Certaines envisagent un happening artistique pour répondre à leur manière à ce qu'il s'est passé.
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