Foire aux chevaux de Maurs (Cantal) : ce qui a changé après les soupçons de maltraitance

Les choses ont changé à la foire aux chevaux de Maurs (Cantal), qui avait lieu ce jeudi 4 mai. Si l’enquête autour de maltraitances dénoncées par la Fondation Brigitte Bardot a été classée sans suite, la polémique a conduit les organisateurs à revoir leur copie.

Pas moins de 487 chevaux, principalement destinés à la boucherie, étaient présents ce jeudi 4 mai à la Foire de Maurs. C'est la 2ème foire chevaline qui se tient depuis la diffusion d'une vidéo montrant des chevaux maltraités, tournée par la Fondation Brigitte Bardot, qui avait déclenché une vague d'indignation. Une plainte avait été déposée par les défenseurs du bien-être animal, classée sans suite vendredi 28 avril. Malgré l’absence de poursuites judiciaires, l’organisation de la foire a mis en place quelques changements à son fonctionnement. Au niveau de l'organisation, des améliorations ont été apportées, notamment pour limiter les flux de circulation, le stress des animaux et renforcer les contrôles vétérinaires, des choix difficiles selon le président de la foire Roger Condamine : “On a fait des efforts. Ce n’est pas facile. On n’est pas nombreux en bénévolat, on est de moins en moins. On avait des personnes qui ne sont pas restées après certaines décisions. On n’est que 10 personnes. On a fait passer l'information que le jour de la foire, il n’y avait pas de bâton. On ne passe plus les poulains dans les couloirs, on les fait passer dans les parcs avant. Il y a moins de pagaille, il y a moins d'énervement des animaux.”  

Une situation "moins dramatique"

Christophe Marie, le directeur adjoint de la Fondation Brigitte Bardot, était présent en observateur. “Il y a moins de chevaux déjà, donc ça limite la violence à leur égard, pour les charger notamment. Donc ça c'est plutôt une bonne chose. Le vétérinaire sanitaire nous a dit qu'il y avait aussi plus de chevaux qu'avant qui étaient refoulés à l'entrée de la foire. Objectivement, c'est vrai que la situation est probablement moins dramatique qu’elle ne l'était en octobre”. Mais selon lui, tout n’est pas encore parfait et des points pourraient encore être améliorés : “Maintenant, on a encore des chevaux qui sont maigres et qui sont dans l’enclos sans eau. Ce sont des chevaux qui ont voyagé quand même de nombreuses heures, des animaux qui sont stressés, fatigués. Ils arrivent ici, ils sont entassés et n’ont même pas un seau d'eau. C'est quand même un peu limite, d'autant qu'ils vont être chargés pour la plupart pour l'Italie, donc encore un long transport avant l'abattoir.” 

"Cette polémique a fait beaucoup de mal, surtout aux éleveurs"

Si elle a apporté des changements, la vidéo de la Fondation Brigitte Bardot a également laissé des traces très profondes, regrette le président Roger Condamine : “Cette polémique a fait beaucoup de mal, surtout aux éleveurs, il y en a qui n’apprécient pas du tout. On a modifié beaucoup de choses et il y a des éleveurs âgés. Je pense qu'on est en train de détruire petit à petit nos foires. Cette année, il manque des animaux par rapport à l'an dernier.” Mais pour Christophe Marie, le scandale était un mal nécessaire : “Le fait qu’il y ait eu un événement aussi médiatique par rapport à cette foire, et puis un scandale aussi général, amène quand même plus de prudence et, peut-être aussi, participe à une évolution de notre regard vis-à-vis de l'animal. Les choses qu'on considère comme normales parce que ça se passe comme ça depuis 50 ans ou plus, aujourd'hui, peuvent interroger.” 

Un nouveau combat judiciaire

La plainte déposée en fin d'année dernière par la Fondation Brigitte Bardot a été classée sans suite en fin de semaine dernière, “une victoire" avec un gout amer, pour l’organisation de la foire : “Je me méfie de tout. Dans quelques jours, c’est possible qu’ils sortent encore quelques vidéos qui ne correspondent pas à la foire à Maurs, c’est ce qui me fait peur. On va dégouter les gens. Les marchands achèteront en ferme. Je n'ai jamais vu de maltraitance sur le foirail à Maurs. Ça peut arriver un coup de bâton, sans vouloir faire de mal. Je l’ai en travers de la gorge, aussi les insultes à mon égard ont été violentes. On marche un peu sur la tête”, dénonce Roger Condamine. Pour la Fondation Brigitte Bardot, malgré la déception, la satisfaction de voir les choses évoluer prend le dessus. “Même si la plainte a été classée sans suite, ça amène quand même de la prudence. Les services vétérinaires ont renforcé leurs équipes. Le vétérinaire sanitaire n'est plus tout seul. Pour autant, ça reste insuffisant en termes de contrôle à effectuer pour chaque individu parce qu'il y a quand même beaucoup de chevaux, il y a une grosse marge de progression encore”, précise Christophe Marie. Il indique que la fondation continue le combat judiciaire.