Carte du déconfinement. Le Cantal en orange : "C'est la douche froide"

Jeudi 30 avril, le ministre de la Santé a dévoilé la carte de France du déconfinement. L’ensemble de la région Auvergne-Rhône-Alpes est placé en orange. Le Cantal n’échappe pas à la règle, au grand dam de certains élus. Le coronavirus y a pourtant moins circulé.
 
Après la publication de la carte du déconfinement en France, les élus du Cantal ne comprennent pas pourquoi le département apparaît en orange.
Après la publication de la carte du déconfinement en France, les élus du Cantal ne comprennent pas pourquoi le département apparaît en orange. © Alexandre MARCHI/MAXPP
Elle était attendue. Jeudi 30 avril, Olivier Véran, ministre de la Santé, a rendu publique une première carte dévoilant les fameux départements verts, où le coronavirus circule moins, et les rouges, où l'épidémie est la plus répandue, ainsi que des départements en orange, à mi-chemin entre les deux autres catégories. 

 C’est la douche froide

Parmi ces départements en orange, figure le Cantal. Bruno Faure, président LR du Conseil départemental, « C’est la douche froide, l’incompréhension ou encore l’illustration de la technocratie et de la bureaucratie à la française. Sur la carte des mobilisations de services de santé, la disponibilité des lits de réanimation apparaît. Pour être en vert, il faut 40 à 60 % des lits de réa disponibles. Dans le Cantal, on est à 75 à 80 % de disponibles. Mais ils ont pris ces critères-là au niveau régional. On nous applique la moyenne régionale ce qui nous fait basculer dans le orange ». 

La France est donc schématiquement départagée en trois parts à peu près équivalentes, entre rouge, vert et orange. Le 7 mai, ne resteront que deux catégories -vert et rouge- qui détermineront le niveau de relâchement des restrictions décrétées le 17 mars. Dans les départements en vert, une moindre présence du virus permettra d'organiser un déconfinement plus large. Ceux en orange (une catégorie provisoire) ne présentent qu'un seul des deux critères, la circulation active du virus ou les capacités en réanimation. Selon l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes, "C'est bel et bien le critère régional qui a été pris en compte pour établir la carte. Quand une épidémie frappe un territoire, la montée en charge se fait sur le plan régional. Mais d'ici le 11 mai les choses ont vocation à bouger. Si la tendance continue en Auvergne-Rhône-Alpes, que le nombre de patients en réanimation baisse et que nous sommes toujours vigilants, il y a de fortes chances que plusieurs départements passent au vert". 

J’espère que cela sera rectifié 

La sénatrice (Radicaux) du Cantal Josiane Costes partage la même incompréhension que d'autres élus. Elle qui a été touchée par le coronavirus COVID 19 explique : « Bien sûr je suis très surprise. Je ne comprends pas cette classification. Nous avons enregistré 5 décès. C’est peut-être le cluster de Saint-Flour qui a été pris en compte, mais de là à passer en orange… La Loire a la même couleur alors que la situation n’est pas du tout la même. J’espère que cela sera rectifié ».

On sera au vert, j’ai bon espoir 

Pierre Mathonier, maire PS d’Aurillac, appelle à la modération : « Personnellement, j’avais été prudent et n’avais pas trop voulu m’avancer. Il s’agit là d’un classement provisoire. C’est peut-être une appréciation régionale qui domine. Car quand on parle de la capacité en lits de réanimation, on est passé de 8 lits initialement à 45 au total. On sera au vert, j’ai bon espoir ».

Un sentiment d’approximation et de gestion chaotique

Quant au député LR Vincent Descoeur, il ne décolère pas : « Il y a une faille dans les critères. De toute évidence, l’appréciation a été faite à la mauvaise échelle. Par exemple, l’ARS d’Occitanie rétropédale à cause de notre voisin limitrophe du Lot. Le vrai souci, s’il y en a un, une nouvelle fois, est qu’il vient nourrir un sentiment d’approximation et de gestion chaotique. Dans la période, l’Etat aurait pu faire l’économie de la publication de ce document provisoire ».

Une carte synthétique

Cette carte présentée jeudi 30 avril est la synthèse de deux autres, présentées au début de la conférence de presse. La première répertorie les consultations aux urgences pour des suspicions de coronavirus. Elle indique la circulation du virus département par département en s'appuyant sur la part des patients qui s'adressent aux urgences de leur hôpital pour une suspicion d'infection à coronavirus (inférieur à 6% en vert, entre 6 et 10% en orange et supérieur à 10% en rouge). La seconde carte fait le point sur la tension hospitalière en matière de capacité de réanimation en pourcentage de la capacité initiale. Les départements inférieurs à 60% d'occupation de leur capacité initiale en lits de réanimation sont en vert, ceux qui sont de 60 à 80% en orange et entre 80 et 161% en rouge.
Le ministère de la Santé a publié jeudi 30 avril une carte de la tension hospitalière sur les capacités de réanimation.
Le ministère de la Santé a publié jeudi 30 avril une carte de la tension hospitalière sur les capacités de réanimation. © Ministère de la Santé
 

Peu importe la couleur retenue

Selon le bilan quotidien présenté le jeudi 30 avril par l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes, le Cantal connaît 27 patients pris en charge à l’hôpital, 5 décès depuis le début de l’épidémie et 28 patients positifs retournés à domicile. Quatre patients étaient en réanimation au 30 avril dans le département.
  Jean-François Collin, président de l’Ordre des médecins du Cantal, a également été surpris par le classement en orange de son département. Il souligne : « Sincèrement je m’attendais à une coloration verte. Je ne sais pas sur quels critères ils se sont basés pour définir cette couleur. La faible circulation du virus est avérée dans le Cantal. On est passé d’une capacité de lits en réa de 8 à plus de 40. Mais cela n’a pas d’importance. Ce qui compte, c’est d’être solidaire, de travailler tous ensemble pour éviter la circulation du virus. Peu importe la couleur retenue, ce qui prévaut est d’empêcher la circulation du virus, avec les masques, les gestes barrière et l’hygiène des mains ». Il ajoute : « La géographie du Cantal a sans doute joué. Mais surtout, nous avons eu le temps de nous préparer, à la fois à l’hôpital et en médecine libérale. On n’a jamais été débordés. On avait dimensionné très large. Nous ne sommes jamais allés au-delà de 8 lits de réanimation ». Dès vendredi 1er mai, une nouvelle carte des départements devrait être publiée par le ministère de la Santé. De nombreux élus espèrent unanimement que le Cantal passera au vert d’ici le 7 mai.
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
covid-19 santé société polémique politique