Confidences de chefs confinés : Serge Vieira "pense à ceux qui travaillent sans avoir le choix, aux équipes soignantes"

Serge Vieira, chef 2 étoiles, Bocuse d’or 2005, est confiné avec sa famille au Chateau du Couffour à Chaudes-Aigues dans le Cantal. Il a fait le choix de se détourner des chaines info, trop anxiogènes dans un période assez angoissante, "même nos jeunes enfants connaissent le mot Coronavirus".

Priorité au bonheur familial sous le ciel bleu et le soleil cantalien pour le chef 2 étoiles Serge Vieira.
Priorité au bonheur familial sous le ciel bleu et le soleil cantalien pour le chef 2 étoiles Serge Vieira. © Maire-Aude Vieira
Le château du Couffour et Soledad, les deux établissements de Marie-Aude et Serge Vieira à Chaudes-Aigues, dans le Cantal, étaient en fermeture annuelle le 14 mars dernier. Les valises bouclées pour 10 jours de repos au soleil n’ont pas pris l’avion ! Depuis le début du confinement, la famille Vieira profite pleinement de la beauté des grands espaces cantaliens et de la chance d’être tous les jours ensemble.

Sur les hauteurs du village de Chaudes-Aigues, au détour de quelques lacets, apparaît le Château médiéval du Couffour. Aux portes du parc naturel régional de l’Aubrac, c’est ici que Serge Vieira, d’origine auvergnate et portugaise, s’est installé avec son épouse en 2009. Le chef doublement étoilé souhaitait fêter ce printemps les 15 ans de son prestigieux titre “Bocuse d’or”. Partie remise ! Pour garder le moral, Serge et Marie-Aude sélectionnent les sources d’informations, ne regardent plus les chaînes d’info qui deviennent vite anxiogènes. ”C’est une période très angoissante émotionnellement, même nos jeunes enfants connaissent le mot Coronavirus !”

Le confinement imposé au Château du Couffour permet au chef d’appréhender le temps différemment, “quand je travaille je suis à 100%”. Aujourd’hui, avec son nouveau rythme de vie, il partage des moments forts avec sa femme et leurs deux enfants. Faute d’employés, ils ont entrepris le nettoyage du site. ”J’ai le plaisir de vivre de ma passion, la cuisine, et là je découvre les joies du jardinage, moi qui ne suis pas jardinier du tout !”

C’est une période très angoissante émotionnellement, même nos jeunes enfants connaissent le mot Coronavirus !

Il faut dire qu’il bénéficie d’une aide précieuse, celle de ses jeunes enfants. Le printemps précoce cette année, leur permet de profiter pleinement du parc du château, au grand air vivifiant du Cantal. Coupe de branches d’arbres plus que centenaires, désherbage, préparation des semences, cueillette de bouquets de jonquilles, apprentissage du vélo pour la petite et en prime l’organisation des pique-niques dans ce cadre naturel exceptionnel. Leurs seuls voisins, les animaux sauvages, les biches, les sangliers, les renards, les mésanges, les rossignols... “Je pense à tous ceux qui travaillent sans avoir le choix, aux équipes soignantes, à ceux qui sont confinés en appartement, aux personnes seules…”

La date d’ouverture de leurs restaurants repoussée, Marie-Aude et Serge poursuivent le recrutement du personnel. Mais quand sera-t’elle possible? En attendant, ils réfléchissent à des projets, à de nouvelles recettes toujours en lien avec les produits sains, de proximité de préférence comme la viande d’Aubrac, les légumes et plantes aromatiques du coin… “Les saisons dicteront toujours mes cartes”.

Très proche de sa famille confinée à Clermont-Ferrand et au Portugal, Serge Vieira prend de leurs nouvelles tous les jours. Il communique  aussi avec des amis français et étrangers... ”Il faut entretenir le lien, surtout dans le climat actuel”. Président de la Team France Bocuse d’Or, il est régulièrement en contact avec le chef Davy Tissot “Bocuse d’Or France” qui s’entraîne pour l’épreuve européenne reportée en septembre.

Les saisons dicteront toujours mes cartes.

En revanche, Serge Vieira a coupé le lien avec les réseaux sociaux. “Pour moi, ils ne sont que des outils de travail. On m’a demandé d’arrêter de travailler, donc je me suis déconnecté de ce moyen de communication”. Cloisonner sa vie personnelle et professionnelle contribue à son équilibre familial. Ancré dans ce territoire aux horizons lointains où l’esprit des lieux souffle plus fort qu’ailleurs, le chef me confie : “quel privilège de vivre ici, j’en conviens ! Ce pays me ramène à l’essentiel. Après cette période de confinement venez visiter et respirer le Cantal”.
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