Viaduc de Garabit (Cantal) : ce que vous ne savez peut-être pas sur l'oeuvre de Gustave Eiffel

Le viaduc ferroviaire de Garabit, l'autre chef-d'oeuvre de Gustave Eiffel. / © J.l Gorce/Maxppp
Le viaduc ferroviaire de Garabit, l'autre chef-d'oeuvre de Gustave Eiffel. / © J.l Gorce/Maxppp

Alors que le viaduc de Garabit, dans le Cantal, célèbre son classement au titre des monuments historiques et espère bientôt être reconnu au patrimoine mondial de l’UNESCO, retour sur les événements plus ou moins insolites qui ont marqué son histoire.
 

Par Alexandre Malesson

Il était prévu pour durer 50 ans, voilà 138 ans que le viaduc de Garabit tient debout. Il faut admettre qu’aujourd’hui, ce pont est une des figures du Cantal. Œuvre fondatrice pour la société Eiffel, plusieurs techniques utilisées lors de sa construction vont être reprises pour bâtir la cultissime tour Eiffel.
A l’issue des travaux en 1888, le viaduc est une gigantesque performance architecturale. Il devient le pont le plus haut du monde, se payant même le luxe de battre le record détenu par les Américains. En pleine révolution industrielle, l’ouvrage est très important. Il permettra aux chemins de fer de surmonter un obstacle alors colossal : le Massif central.

Une œuvre d’exception à l’époque. En avril 1888, le pont est presque achevé. Il faut maintenant le tester. « Ces essais ont été très concluants ! », affirme Gilles Albaret, directeur de la médiathèque et des archives municipales de Saint-Flour. « Des trains spéciaux ont été amenés pour vérifier la solidité. Le plus lourd était de 405 tonnes. Après le passage de ces très gros convois, le viaduc s’est abaissé de 1,2 cm. C’est une très belle performance pour la fin du 19e siècle ! »
 

Une des plus belles œuvres de la société Eiffel

Pour les locaux, le viaduc se fond très vite dans le décor. Si bien qu’ils l’oublient un peu. En 1996, les nouveaux billets de 200 francs rendent hommage à Gustave Eiffel. Ils permettent alors de rappeler le chef d’œuvre qu’est ce pont. « C’est à ce moment-là que j’ai pris conscience de l’importance de ce viaduc », se souvient Patricia Rochès maire de Coren et Co-présidente de l’association Les amis du Viaduc. « On était tous surpris de voir la tour Eiffel d’un côté du billet puis le viaduc de Garabit de l’autre. C’était une grande fierté ! »
Depuis, le monument n’a jamais cessé de plaire. Comme en juillet dernier, lorsque les coureurs du tour de France passent à proximité du viaduc.
Si l’imposante structure fascine, sa couleur n’en reste pas moins une forte identité. Lors de sa rénovation dans les années 90, la couleur rouge gauguin est choisie. Peu de hasard dans cette décision, c’est en réalité la couleur originelle de la tour Eiffel !
Pendant cette mise en peinture entre 1992 et 1998, la plaque explicative de l’œuvre n’a pas tenu, il a donc fallu la remplacer. « Sauf que la nouvelle plaque était fausse », affirme Patricia Rochès. « Déjà, elle était très froide, comme une plaque de cimetière. Et les dates de construction n’étaient pas exactes. Il aura fallu presque 20 ans pour qu’une nouvelle plaque vienne corriger ces erreurs. »

Un monument du cinéma


Bien plus qu’un simple pont, le viaduc de Garabit s’est même permis de jouer à la vedette de cinéma ! D’abord en 1964 dans « L’Enfer » d’Henri-Georges Clouzot avec Romy Schneider et Serge Reggiani. Certains habitants de Saint-Flour font même partie des figurants du film. Une première tentative pour briller ratée, le film ne voit jamais le jour. Trois ans plus tard, on peut le voir dans « Un homme de trop » réalisé par Costa-Gavras puis en 1976 dans le film catastrophe « Le pont de Cassandra » de Georges Pan Cosmatos.        
Plus récemment, le viaduc de Garabit est utilisé dans « Camping 2 », dans la scène d’ouverture du film. « Il me semble d’ailleurs qu’il y a une erreur », s’amuse Gilles Albaret. « La voiture ne se dirige pas du tout dans le bon sens pour atteindre le camping des Flots Bleus ! »

Une part de malheur


Mais la réussite du viaduc de Garabit n’a pas porté chance à tout le monde. Selon les témoignages recueillis sur des journaux d’époque, 4 ouvriers sont morts lors de la construction de l’œuvre.
« Il faut aussi évoquer le cas de Léon Boyer », insiste Gilles Albaret. « C’est lui qui est à l’origine du viaduc, il l’a pensé avant que la société Eiffel reprenne les plans. Il était jeune, c’était un élève brillant. Garabit l’a révélé. Il a été appelé pour devenir le directeur de travaux du canal de Panama. Mais c’est cette incroyable promotion qui causa sa perte. Trois mois après son arrivée sur place en 1886, il meurt de la fièvre jaune, laissant une veuve enceinte et une petite fille. Il avait 35 ans. »
Plus anecdotique, la construction du viaduc fut le théâtre de nombreuses batailles sentimentales entre Français et Italiens. Ces derniers ont été plus de 200 à être appelés sur le vaste chantier, causant alors quelques jalousies chez les locaux…




 

Le viaduc en quelques chiffres

  • 3169 tonnes de fer
  • 41 tonnes d’acier
  • 23 tonnes de fontes
  • 15 tonnes de plomb
  • 678 768 rivets
  • 38 tonnes de peinture pour recouvrir le tout

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