Champignons : les conseils d'un mycologue pour les débusquer

Le retour de l’automne est synonyme de cueillette de champignons pour de nombreux amateurs. Où les trouver en Auvergne, comment les ramasser, voici les conseils d’un spécialiste en mycologie installé en Haute-Loire.

Depuis le 22 septembre, l'automne est de retour et, avec lui, la saison des champignons en Auvergne.
Depuis le 22 septembre, l'automne est de retour et, avec lui, la saison des champignons en Auvergne. © PHILIPPE HUGUEN / AFP
L’automne est de retour depuis le 22 septembre et pour de nombreux amateurs de champignons, cette saison est synonyme de balades en forêt à la recherche de « bons coins ». Pour les débutants en la matière, le mycologue Hervé Cochini, habitant aux confins de la Haute-Loire et de l'Ardèche, nous livre ses astuces pour une cueillette réussie. Et les secrets des bons ramasseurs de champignons ne sont pas forcément ceux que l’on croit : « Bizarrement, pour trouver des champignons, il faut commencer par regarder en l’air. Chaque espèce est liée à un arbre, par exemple, les cèpes et les feuillus ou les épicéas. Parfois, c’est une combinaison d’arbres qu’il faut chercher, par exemple un hêtre à côté d’un sapin. Sous les feuillus, on trouve plutôt des girolles. Tout dépend de quel champignon vous cherchez », s’amuse le mycologue. Pour trouver un coin à champignons, guettez donc sapins, chênes, châtaigniers, hêtres ou encore épicéas. Le champignon étant un grand amateur d’eau, en début de saison, surveillez également les zones humides : bordures de ruisseaux ou bas-côtés des chemins et des prés. Le champignon apprécie aussi particulièrement les sols granitiques, imperméables, plutôt que les sols calcaires où l’eau ne reste pas.

Regardez la météo

Une fois votre coin à champignons trouvé, il vous faudra encore choisir la bonne date pour vous y rendre. Hervé Cochini recommande de ne pas se fier à la lune. « Il y a plusieurs écoles ce concernant, mais pour ma part je suis un peu sceptique. Je recommande plutôt de regarder la météo. Par exemple, il y a eu une pousse intéressante en juin, qui a été un mois assez pluvieux. Je conseille d’attendre environ une dizaine de jours après une journée très pluvieuse », conseille Hervé Cochini. Il précise que la durée peut varier en fonction des espèces : 7, 12 voire 14 jours peuvent parfois être nécessaires à la pousse des champignons. Certains cèpes aiment également les chocs thermiques : « Ils attendent le coup de froid pour pousser », plaisante Hervé Cochini. Selon lui, les champignons aiment également particulièrement l’eau des orages qui a des propriétés stimulantes sur de nombreux êtres vivants, grâce à la magnétisation de l’eau, liée aux éclairs. Si vous entendez le tonnerre gronder, attendez quelques jours et lancez-vous dans une chasse aux champignons qui a des chances d’être fructueuse. Pour ce qui est de l’heure de votre cueillette, le mycologue est formel : « La bonne heure, c’est quand on arrive en premier. »

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Prenez soin des champignons ramassés

Votre coin à champignon a été identifié, la pluie est tombée et vous vous apprêtez à aller récolter le précieux sésame. Il faut tout d’abord bien vous équiper : « Il vous faut un panier, ou un sac qui n’est pas étanche, pas de sac plastique par exemple. Si vous mettez les champignons dans un sac plastique, les spores (particules reproductrices du champignon NDLR) ne pourront pas se disperser et vous mettrez en danger votre coin à champignons. Si vous avez un panier avec des trous, vous participerez à la survie du champignon. Sur le même principe, il vaut mieux ne pas ramasser tous les champignons d’un même endroit », explique Hervé Cochini. Contrairement aux idées reçues, il ne faut pas couper les champignons, mais les arracher : « Si on coupe le champignon, ce qui reste du pied sous terre va pourrir et c’est une porte d’entrée pour des bactéries qui risquent d’infecter tout le réseau de mycélium du champignon », alerte Hervé Cochini. Le réseau de mycélium, « racine » du champignon, peut s’étendre sur toutes la surface d’une forêt, et le champignon en est le fruit. Si ce mycélium est infecté, adieu tous les champignons du réseau.

Le champignon menacé par le réchauffement climatique

Hervé Cochini est assez pessimiste sur l’avenir des ramasseurs de champignons : « L’année 2020 n’est pas une bonne année pour les champignons, d’ailleurs on risque de ne pas avoir de très bonne année avant un moment. Le temps est de plus en plus sec et la nature peine à s’adapter à ce réchauffement climatique. Moins il y a d’eau, moins il y a de champignons », regrette le mycologue. Avec l’année de sécheresse vécue par les 4 départements auvergnats, la saison 2020 ne s’annonce pas fructueuse pour les amateurs d’omelette aux cèpes. En effet, si certains champignons poussent puis se retrouvent sans humidité, ils se retrouvent alors bloqués dans leur croissance. Malgré ce constat alarmant, Hervé Cochini garde espoir que le roi des forêts s’adapte au temps sec. Il nous livre un dernier secret pour débusquer les champignons comme personne : « En lisière de forêt, il faut regarder là où les voitures sont garées. Souvent, les gens reviennent de leur cueillette, déposent leur panier, regardent leur récolte et donc ils dispersent les spores autour d’eux. Les parkings sont de bons spots à champignons ! »
 
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