Confinement : les seniors encore plus seuls

Comment les personnes âgées de notre région ont-elles vécu le confinement ? Globalement pas trop mal, même si le sentiment de solitude et d’isolement s’est accru au fil des semaines. C’est ce que révèle un rapport des Petits Frères des Pauvres.
Les séniors auvergnorhonalpins ont mieux vécu le confinement que ceux des autres régions selon une étude des Petits frères des pauvres (juin 2020)
Les séniors auvergnorhonalpins ont mieux vécu le confinement que ceux des autres régions selon une étude des Petits frères des pauvres (juin 2020) © Lionel VADAM - MaxPPP

« J’ai trouvé le temps très long et c’était moralement pesant. Pourtant, mes enfants ont été très présents par téléphone. On a eu régulièrement des conversations par Skype. Ma fille me livrait mes courses lorsqu’elles étaient lourdes à porter mais malgré tout, j’avais l’impression d’être isolée. »
A 86 ans, Anna est soulagée que le confinement appartienne désormais au passé. Cette octogénaire lyonnaise pourtant très alerte a souffert d’être privée de la plupart de ses relations sociales. «Le téléphone ne fait pas tout». Sentiment partagé par la plupart des seniors durant ce confinement.

C’est bien ce que souligne le rapport que publie ce jour, l’association Les Petits Frères des Pauvres : ces deux mois de confinement ont exacerbé le sentiment de solitude des seniors, en particulier en Auvergne-Rhône-Alpes.
 

Un lourd sentiment d’isolement même pour les seniors bien entourés

Pour 38% des plus de 60 ans, cette période a cruellement renforcé leur sensation d’isolement. Même si, paradoxalement, les contacts avec les proches se sont plutôt bien maintenus, puisqu’un tiers des habitants âgés de la région (31% contre 28% en moyenne nationale) ont bénéficié de l’aide de leur famille.

En règle générale, ceux dont les contacts avec les proches étaient fréquents avant le confinement ont continué à recevoir de l’aide et du soutien. En revanche au plan national, 720 000 personnes âgées n’ont eu aucun contact avec leur famille durant le confinement.

Les contacts hebdomadaires avec les amis, les voisins, les commerçants, les aides à domicile et les professionnels de santé se sont maintenus à un haut niveau. 23% des seniors rhônalpins ont aussi maintenu des contacts réguliers avec des associations, contre 19% au plan national.
 

Dès le début du confinement, nous avons élargi les plages horaires de notre ligne d’écoute téléphonique Solitud’Ecoute. Et le nombre d’appels a plus que doublé, avec beaucoup de nouveaux appelants. Nous avons dû faire face à de profonds sentiments de détresse morale. Ceux qui ont le plus pâti du confinement, ces sont les résidents des Ehpad. Pour eux, ça a été extrêmement cruel. - Dominique Viallon, adjointe de direction Rhône-Alpes des Petits Frères des Pauvres

 

Des sorties quotidiennes maintenues

Contrairement à ce qu’on pouvait imaginer, les Rhônalpins de plus de 60 ans ont aussi gardé une fréquence de sortie relativement élevée. 33% d’entre eux ont continué à sortir de chez eux tous les jours, essentiellement pour aller faire leurs courses. Seuls 9% des personnes âgées ne sont pas sorties du tout, une proportion relativement faible.

Néanmoins, la sensation d’isolement a été plus prégnante pour près de la moitié des seniors interrogés et surtout, le confinement a eu des répercussions sur leur état de santé pour 39% d’entre eux, qu’il s’agisse de santé physique ou psychique.
 

Des seniors globalement connectés

Autre surprise révélée par ce rapport : en Auvergne-Rhône-Alpes, les 60 ans et plus sont numériquement plus connectés que la moyenne française. 79% d’entre eux ont eu recours à un moyen de communication web (mails, envoi de photos, appels en visio ou groupes de conversation type Skype ou Messenger).

Mais tous les seniors ne sont pas logés à la même enseigne numérique : plus de 4 millions de Français de 60 ans et plus n’utilisent jamais Internet, surtout les plus âgés et les plus modestes.

Enfin, 64% des habitants âgés de la région ont été rassurés par le fait de ne finalement pas être confinés plus longtemps que le reste de la population. Depuis le déconfinement, 86% d’entre eux affirment sortir de chez eux sans angoisse particulière tout en limitant malgré tout le nombre de sorties et les contacts humains non essentiels.

Quant à la solidarité vis-à-vis des personnes âgées, les deux tiers des plus de 60 ans estiment qu’elle a été marquante pendant le confinement mais ils ne sont que 31% à penser que les Français seront plus solidaires du grand âge après la crise.

«L’accompagnement téléphonique que nous avons mis en place ces derniers mois va être pérennisé. C’est un outil très important. Mais la distanciation sociale des seniors n’a pas commencé avec le confinement. C’est un problème crucial de société sur lequel nous ne cessons d’attirer l’attention» conclut Dominique Viallon.


Etude CSA pour les Petits Frères des Pauvres en juin 2020, sur un échantillon de 1500 personnes de 60 ans et plus

 

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