Coronavirus et confinement : le périple d'un groupe de retraités pour revenir de Thaïlande et des Philippines

Ce 31 mars, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian a indiqué que 10 000 Français sont encore bloqués à l'étranger. / © JAVIER SORIANO / AFP
Ce 31 mars, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian a indiqué que 10 000 Français sont encore bloqués à l'étranger. / © JAVIER SORIANO / AFP

Après deux mois en Thaïlande, un groupe de retraités de Haute-Savoie décide de visiter les îles des Philippines. En pleine épidémie de coronavirus, l'aventure se transforme en cauchemar. Récit d'un voyage particulièrement rocambolesque.

Par Mérième Stiti

Le voyage de Dany, Gil, Paola, Alain, Jean-Pierre et Charlette restera gravé dans leur mémoire. De la Thaïlande aux Philippines, ce groupe de retraités originaires de Haute-Savoie, a été rattrapé par la crise sanitaire mondiale du coronavirus.

Au départ, tout était paisible dans les eaux cristallines de Thaïlande. Le 8 mars, la petite troupe décide de s'offrir une parenthèse de trois semaines sur les îles des Philippines. Au programme : balades dans les rues ensoleillées de Manille et baignades dans la rivière souterraine de Sabang. "Nous avions eu vent à Sabang des restrictions de circulation imposées à Manille par le président Duterte, mais Internet étaient de si mauvaise qualité, que nous n’avions aucune nouvelle et on ne nous disait rien." 

"Quitter les Philippines au plus vite"

Le voyage paradisiaque bascule le 15 mars, sur l'île de Palawan. En pleine excursion, ils apprennent la fermeture complète des Philippines et la consigne pour les touristes : quitter le pays sous 72 heures. "Nous avons donc décidé d’écourter notre voyage et de quitter les Philippines au plus vite." Seule possibilité pour le groupe de Français, rejoindre l'aéroport de Clark, à 50 kilomètres de Manille. Le compte à rebours est lancé. 

Un appel au secours à l'ambassade de France

Il a fallu au groupe six heures de bus et quatre arrêts, pour une prise de la température des passagers par la police et les militaires, pour atteindre l'aéroport. À l'intérieur, 150 étrangers étaient entassés, sans possibilité de partir de Palawan. Par courriel, ils adressent un appel au secours à l'ambassade de France. "Nous attendons encore aujourd’hui une réponse !" Les vols sont tour à tour annulés. L'annonce de la fermeture le soir même de l'aéroport, crée la panique dans le groupe des six retraités. Ils se précipitent, bagages à bout de bras, pour camper sur-place. "Dans l’après-midi, AirAsia a affrété un vol spécial pour exfiltrer tous ceux qui attendaient. L’aéroport fermait complètement après ce vol."

"On était bien loin du mètre d’espacement demandé à l’entrée ! "

Nouveau campement, mais cette fois-ci pour la nuit, dans le terminal 3 de l'aéroport de Manille. "Nous nous sommes installés, tant bien que mal, avons improvisé des lits sur des chaises ou des tables d’un bar fermé." Vers 5 heures du matin, réveil en panique par Charlette. Le groupe s'est trompé de terminal, et doit absolument monter dans la dernière navette, pour ne pas rater son vol en direction de Bangkok. "Une fois entrés dans l’aérogare, près d’un millier de personnes tentaient de se diriger vers l’enregistrement dans une cohue et un bordel indescriptible. On était bien loin du mètre d’espacement demandé à l’entrée !"

À Bangkok, ils découvrent avec stupeur la ville de Pattawa presque déserte. Les rues, d'habitude éclairées par l'activité incessante des bars et des restaurants, étaient dépeuplées. "On entendait parler d’état d’urgence…"  Ce constat morose pousse alors les retraités à poursuivre leur périlleux parcours vers la France. 

"Enfin à la maison, fin de la galère !"

Le 23 mars, ils arrivent enfin sur le tarmac de l'aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle. Le groupe s'interroge sur la façon de contourner les restrictions de déplacement, liées à l'instauration du confinement dans l'Hexagone depuis le 17 mars dernier. "L’attestation dérogatoire ne comprenait pas le cas des Français à l’étranger, rentrant chez eux." 
 



Dans la gare, seuls circulent des militaires en patrouille et de rares voyageurs. Les bornes SNCF annoncent un unique train complet pour Lyon, que le groupe décide de prendre, sans billet." Il n’y avait que neuf voyageurs plus nous sur 48 places disponibles ! Quand le contrôleur est arrivé, il nous a fait payer l’amende, la réservation et le billet pour 20 euros chacun." 

"Depuis le début, nous avons toujours eu une chance extraordinaire et insolente, c’était toujours le dernier moyen de transport disponible que nous avons pris, le couperet nous tombant à chaque fois au ras-des-fesses !" L'aventure s'achève sur les quais de la gare de Lyon-Part-Dieu, où la troupe se sépare. De Chambéry ou de Grenoble, des proches viennent en voiture à leur rencontre. Quelques kilomètres, à peine, les séparent de chez eux. "Enfin à la maison, fin de la galère " soupire Charlette. 

 

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