215 élu(e)s de la Drôme se mobilisent pour garantir "l'accès universel au téléphone fixe"

Garantir un "accès universel au téléphone fixe", c'est la demande formulée par 215 élu(e)s de la Drôme. "Des territoires ruraux, représentant "peu de lignes" sont négligés, abandonnés", écrivent-ils dans une tribune parue dans le Journal du Dimanche. 

© CLAUDE PRIGENT/MaxPPP

"Ils nous font rire avec la 5G ! Nous on veut juste la 4G et des lignes de téléphone fixe qui fonctionnent". Fabienne Simian est plutôt "remontée" quand il s'agit de téléphonie... La maire du petit village drômois d'Eyzahut, perché sur les hauteurs de Dieulefit, dont elle préside aussi la Communauté de communes, n'en peut plus. C'est pour cela qu'elle ne s'est pas faite prier quand la député de la Drôme Célia de Lavergne (LREM) lui a proposé de co-signer sa tribune dans le Journal du Dimanche du 13 décembre.

215 élu(e)s de la Drôme en colère

A travers ce "coup de gueule", 215 élu(e)s se sont mobilisé(e)s massivement pour que les opérateurs téléphoniques, au premier rang desquels Orange, permettent l'accès au service "universel" de téléphonie fixe, regrettant que "des services de base comme le simple accès à une ligne fixe ne soient pas garantis", en particulier dans les communes rurales.

Un accès égal au téléphone fixe pour chaque citoyen

"La loi prévoit que l'accès à la téléphonie fixe doit être fourni à chaque citoyen. L'Etat a signé en 2017 une convention de trois ans avec l'opérateur Orange pour en assurer l'effectivité (...) La réalité derrière ces indicateurs est tout autre : des territoires ruraux, représentant -peu de lignes-, sont négligés, abandonnés", écrivent les signataires de cette tribune.

Célia de Lavergne (LREM) et les co-signataires fustigent le manque d'entretien du réseau, le fait "que l'ouverture d'une ligne prenne plus de six mois et la réparation des semaines" alors que l'opérateur est "censé intervenir sous 48 heures".

Des lignes fixes HS, une réalité quotidienne pour les territoires ruraux

Des anecdotes, Fabienne Simian en a à la pelle : la mairie d'Eyzahut restée 4 mois sans ligne fixe l'an dernier, des lignes à terre qui le restent pendant des semaines, des prestataires envoyés par Orange qui n'ont pas les bons équipements, un poteau cassé depuis 3 mois toujours pas redressé... Elle veut bien admettre que la période Covid est "compliquée pour tout le monde", mais quand même.

"C'est désolant, explique-t-elle. Quand on a un problème, il faut appeler une machine qui met du temps à vous orienter. Et quand vous arrivez à avoir quelqu'un ... on vous dit "on vient demain" et personne ne vient.(...) Alors, au bout d'un moment, je craque, j'envoie un mail à la personne référente chez Orange, et j'attends".

Des communes hors-jeu pour les télé-travailleurs et les entreprises

Pas facile dans ces conditions d'attirer les entreprises ou les éventuels néo-télétravailleurs post-Covid. La tribune l'exprime clairement : "Alors que nous, élus engagés, nous battons pour le dynamisme et l'attractivité de nos campagnes, nous constatons que des services de base comme le simple accès à une ligne fixe ne sont pas garantis".

A Eyzahut, où le téléphone mobile ne passe qu'en certains points, un mât de téléphonie 4G est annoncé pour ... dans deux ans "En gros, ça aura pris 10 ans". La solution, ca serait la fibre... mais le calendrier s'étire. "2025... 2026 peut-être." 

Nécessité d'un "effort inédit et immédiat"

Dans son plan stratégique 2025, le groupe Orange prévoit que le réseau "cuivre" pour la téléphonie fixe sera complètement remplacé par un réseau fibre optique en 2030. Or, la convention signée entre l'Etat et Orange en 2017 est arrivée à échéance.

Elle doit laisser sa place à une nouvelle "qui prévoit un accès au haut débit internet en plus de la téléphonie fixe". Mais pour cela, il faudra "un effort inédit et immédiat de l'opérateur", ainsi "qu'un "contrôle vigilant, renforcé et territorialisé des pouvoirs publics", selon les signataires.

Peine perdue ?

Fabienne Simian n'y croit qu'à moitié. "Les députés de toute la France se sont "grillés" avec Orange à force de râler. Madame de Lavergne doit en être à sa deuxième ou troisième intervention. Si eux n'arrivent pas à faire bouger les choses ... qui y arrivera ?

Orange, l'ARCEP, et le service du téléphone fixe universel

Orange estime pour sa part qu'il continue d'investir "de manière importante pour son réseau cuivre", avec 500 millions d'euros annuels consacrés à son entretien, et évoque l'impact des intempéries et des travaux publics post-confinement pour
expliquer une recrudescence de dommages, ainsi que les difficultés d'intervention liées aux contraintes sanitaires.

"Orange a lancé il y a plusieurs mois un plan d'actions pour améliorer la qualité du service universel: notamment hausse du budget maintenance à la ligne en hausse de 20% entre 2017 et 2020, et recrutement (en direct et indirect) de 550 experts",
a indiqué dimanche un porte-parole, relevant que "la qualité de service s'est améliorée" et que "la procédure de mise en demeure est d'ailleurs close".

Orange a été en effet mis en demeure à plusieurs reprises par l'Arcep, l'Autorité de régulation des télécoms, depuis octobre 2018, notamment pour avoir failli à ses obligations de service universel sur le téléphone fixe.

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